Tissage afro, le mode d'emploi de Florence Dini

L'une des techniques du tissage - photo Alain Herman
L'une des techniques du tissage - photo Alain Herman

« Tissage mode d’emploi » de Florence Dini est le premier guide pratique des soins capillaires pour femmes noires. Au-delà des aspects esthétiques, la journaliste se penche sur l’histoire de la coiffure, les problèmes de santé que le tissage entraîne et les conditions de travail des coiffeuses. Plus qu’un guide, une découverte.

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Tout commence avec une couronne. Après avoir lavé et séché soigneusement les cheveux, la coiffeuse fait une tresse entourant le cuir chevelu. Cette natte traditionnelle pratiquée dans plusieurs pays africains.  Puis, la coiffeuse prend une aiguille et coud des mèches de cheveux à cette natte pour augmenter le volume et la longueur de la coiffure originelle. Un mélange de naturel et synthétique.  Le geste se répète jusqu’à ce que la cliente se retrouve avec des cheveux souples et soyeux. Le tour est joué. C’est ainsi que Beyoncé peut être fière de sa mèche. Sauf que ce n’est pas si simple que cela.

Une fois que les femmes quittent le salon de coiffure, c’est à elles de prendre soin de leur cheveux. Sauf que beaucoup d’entre elles ne savent pas comment le faire, ce qui peut être fatal pour la peau. Un tissage doit se laver avec des produits antiseptiques pour éviter le développement de bactéries et de champignons provoquant une irritation dans le cuir chevelu. Et que dire de l’alimentation et autres pratiques qui vont bien au-delà du rituel de beauté. Des informations basiques souvent ignorées même par les coiffeuses elles-mêmes.

C’est en constatant ce manque cruel de renseignements chez les clientes et  les coiffeuses, que Florence Dini a décidé d’écrire Tissage mode d’emploi. Un livre d’une centaine de pages facile à lire, écrit sous la forme d’un guide à la portée de tous.

Editions J.LYON, 150 pages, 14,90 euros
Editions J.LYON, 150 pages, 14,90 euros
Pour trouver des réponses aux nombreuses questions qu’elle se posait comme l’origine et l’avenir du tissage ou les soins qui vont avec, la journaliste s’est rendue à l’Ecole Saint-Louis à Paris, une référence en matière de formation aux métiers de la coiffure afro. Au lieu de trouver des solutions, elle s’est confrontée à  la source des problèmes. « Même là, la formation n’est pas tout à fait au point. Dans les autres écoles, ce n’est pas mieux. Je suis allée montrer mon livre dans  ce centre et une des formatrices m’a posé des questions sur le défrisage [une autre technique pour lisser les cheveux crépus] alors que c’est elle qui devrait être au courant. Une école complètement dédiée aux cheveux des Noires n’existe pas », raconte Florence Dini. Car la plupart des coiffeuses qui exercent dans les salons afro apprennent sur le tas et son payées à la commission.

Un manque cruel de formation

« Ces filles venues d’Afrique prennent un pourcentage par coiffure. Dans ces établissements, c’est l’usine. Le cadet de leurs soucis est le bien être des clientes et l’hygiène. De plus elles sont parfois à la limite de l’illégalité, elles ne signent pas de contrats. Le maître mot est la rentabilité», explique l’auteure.

La chanteuse afro-américaine, Beyoncé, reine du tissage, ici à New York en 2011 - Wikicommons
La chanteuse afro-américaine, Beyoncé, reine du tissage, ici à New York en 2011 - Wikicommons
Ce manque cruel de formation dit la fracture qui existe entre les écoles et la réalité. «Les salons spécialisés dans les cheveux des Noirs ne se limitent plus à Strasbourg Saint-Denis à Paris depuis longtemps, observe-t-elle. Maintenant il y en a un peu partout, y compris dans les beaux quartiers.» Preuve du chemin fait par l’esthétique noire : « Il y a une dizaine d’années, environ, il n’y avait pas autant de produits faits spécialement pour nos peaux et cheveux. On utilisait les cosmétiques pour peaux et cheveux européens. Cela a changé. Même les marques les plus connues fabriquent des produits appropriés. »

Pratique et économique

Et de poursuivre : « Non seulement l’esthétique afro est largement acceptée aujourd’hui. Elle est devenue à la mode. Maintenant les filles blanches font aussi comme nous. Elles font du tissage pour éviter de faire des extensions. C’est pratique et économique. On peut se faire tisser pour une quarantaine d’euros alors que les rallonges peuvent coûter 200 euros (une perruque de cheveux naturel peut aller jusqu’à 300 euros). »

Angela Davis avec le chef d'Etat allemand de l'Est Erich Honecker en 1972 - Bundesarchiv
Angela Davis avec le chef d'Etat allemand de l'Est Erich Honecker en 1972 - Bundesarchiv
C’est justement pour cette raison que cette technique est tellement appréciée. Avec les soins appropriés, elle peut durer plus de huit semaines. « Et surtout, elle met les femmes sur un pied d’égalité, qu’on le fasse chez soi ou dans un salon, on peut toutes être coiffées comme des princesses. Il n’y a pas une différenciation sociale.»

Pour cette journaliste passée par la revue Amina et Radio France Internationale, entre autres, la guerre des cheveux est belle et bien révolue. Cette guerre dans laquelle il y avait d’un côté les cheveux lisses des blancs et de l’autre les crépus des noirs. 

Black is beautiful

Le tissage est un digne héritier du Black is beautiful des années 60. Mais au lieu de porter son afro façonAngela Davis, la cheffe de file du mouvement noir américain des Black Panthers, les femmes peuvent donner vie à toutes leurs fantaisies capillaires « sans pour autant nier le fait qu’elles sont noires. Il y a des gens qui critiquent celles qui utilisent cette méthode car ils pensent qu’elles cachent leurs vrais cheveux et veulent s’acculturer. Il n’en est rien. Il faut respecter celles qui se tissent, qui font des tresses, qui font la boule à zéro. Le tissage est une façon de s’approprier sa beauté symbolique. Pour les Africaines c’est très important », souligne-t-elle.

Ce sont les méthodes américaines importées par Mark Clément au début des années 80 – quand le tissage était déjà bien implanté aux Etats-Unis -  qui ont révolutionné le monde de la coiffure afro en France. L’Américain a remarqué que les Françaises étaient mal coiffées. Quand il a vu le potentiel de l’Hexagone, il a décidé de s’installer. Depuis, le tissage s’est imposé comme la coiffure de choix des femmes d’origine africaine en France et en Europe. « C’est un compromis entre techniques modernes et traditionnelles », souligne l’auteure.