Terriennes

Clitoris : tout ce que vous voulez savoir sans oser le demander

En 1559, un Italien découvre officiellement le clitoris.
En 1559, un Italien découvre officiellement le clitoris.
©"Le clitoris" de Lori Malépart-Traversy.

Méconnu, voire décrié et même tabou, le clitoris retrouve son lustre. Une jeune Québécoise raconte cette histoire dans un court-métrage d’animation, pédagogique et plein d’humour, intégralement disponible sur Internet en ce début d'été 2017.

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« Les femmes sont chanceuses. Elles possèdent le seul organe du corps humain qui sert uniquement au plaisir : le clitoris. » Le ton est donné. Lori Malépart-Traversy, réalisatrice québécoise de film d'animation, raconte avec humour, précision, justesse, et sans détours, l’essentiel de l’histoire de cet organe méconnu et tabou. D’un projet de fin d’étude, son court métrage a  couru les festivals. 

« Je voulais parler de la sexualité des femmes dans mon film, raconte-t-elle, mais sans savoir sous quel angle l'aborder. En faisant quelques recherches, je suis tombée sur la page Wikipédia du clitoris où j’ai découvert plein d’informations que je n’avais jamais apprises sur l’anatomie féminine. Cela a attisé ma curiosité. »
 

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Le clitoris, épicentre du plaisir féminin

Discret dans l’anatomie féminine, cet organe cache, en effet, bien son jeu. Sa seule partie visible « le gland » est en fait « relié à deux racines de 10 centimètres » cachées à l’intérieur du corps, raconte Lori Malépart-Traversy dans son documentaire court animé. « Ce serait grâce à elles que des femmes auraient un orgasme vaginal ». Fonctionnant comme le pénis « mais encore plus chatouilleux », il se gorge de sang et s’allonge, une fois excité. 

Cette connaissance précise du clitoris reste très récente. Il a fallu attendre 1998 (!) pour qu’une urologue australienne Helen O’Connell établisse un schéma anatomique aussi détaillé du clitoris. 

Pourtant, dès 1559, le chirurgien italien Mateo Realdo Colombo l’identifie officiellement et le décrit tout de suite comme un organe de plaisir. Découverte que lui dispute d'ailleurs rapidement un autre scientifique...

Image extraite du court métrage "Le clitoris" de Lori Malépart-Traversy
Image extraite du court métrage "Le clitoris" de Lori Malépart-Traversy
©"Le clitoris" de Lori Malépart-Traversy

Le clitoris est certes représenté mais le corps médical se méprend et se désintéresse ensuite des siècles durant de son rôle dans la sexualité des femmes. Méconnu, mal représenté, il sera même oublié de l’histoire médicale. Ainsi, il ne sera presque jamais cité dans les études de la première moitié du XXème siècle. 

Cet organe était pourtant salué dès l'antiquité. En Grèce ancienne et au Moyen Âge et aussi au XVIIe siècle, « l'orgasme est recommandé pour tomber enceinte » !

Freud « ennemi numéro 1 du clitoris »

Mais au XIXe siècle, certains médecins considèrent que l’orgasme féminin clitoridien, est à l’origine de maladies telles que l’hystérie (un mot inventé pour qualifier une maladie que les psychiatres jugent alors exclusivement féminine, issu de "utérus"). Ils considèrent alors que cet organe ne sert à rien dans le système reproductif. Et certains spécialistes conseillent même de recourir à son ablation pour guérir ces maladies (ce qui s'appelle ailleurs excision...).

Puis Sigmond Freud « l’ennemi numéro 1 du clitoris », invente le concept de l’orgasme vaginal. « Il décrète qu’une femme mature doit trouver son plaisir seulement dans la pénétration. » C’est le début d'une période « d’obscurantisme clitoridien ». Exit la masturbation féminine, le plaisir solitaire, l'orgasme clitoridien ! 

Extrait du film de Lori Malépart-Traversy qui explique que le gland du clitoris est "plus chatouilleux" que le pénis. 
Extrait du film de Lori Malépart-Traversy qui explique que le gland du clitoris est "plus chatouilleux" que le pénis. 
©"Le clitoris" de Lori Malépart-Traversy

Aujourd’hui « les caresses sont encore vues comme de simples préliminaires », nous précise Lori Malépart-Traversy, 25 ans, qui déplore toujours le manque d’informations sur cette partie de l'anatomie féminine. « Dans mon film, l’idée était d’apprendre aux autres ce que j’avais appris moi-même parce que les cours de sexualité à l’école au Québec ne sont pas très élaborés. Ils sont mêlés au cours de biologie. On aborde les maladies transmises sexuellement, la contraception mais jamais le plaisir, l’orgasme ou encore : comment on fait l’amour de manière consentante et amusante. » 

Par son court métrage, Lori Malépart-Traversy essaye, à sa mesure, d’y remédier sur un ton teinté d’humour : « Le fait que cela soit drôle, cela permet à beaucoup plus de gens de l’écouter, sans être gênés ». Parce que le sujet reste encore tabou.   

Regain d'intérêt pour le clitoris

Ce film est révélateur d’un regain d’intérêt ces cinq dernières années, d'une nouvelle curiosité, et même d''une fierté pour cet organe si discret.

Un rapport sur l’éducation sexuelle, réalisé en juin 2016 par le Haut Conseil à l’Egalité révélait que le quart des jeunes Françaises de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris. Et 83% des collégiennes de classe de 4ème et de 3ème ignorent son fonctionnement, rapportait notre journaliste Margot Cherrid dans son article > "Qui a encore peur des vulves?"

Aujourd’hui, artistes, médias, spécialistes s’y intéressent de plus près. 

L’année dernière, une chercheuse indépendante française ​Odile Fillod a conçu un clitoris en 3D. A visée pédagogique, cet objet doit aider les enseignants notamment  à faire découvrir aux adolescents cet organe du plaisir féminin. 
 

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Récemment dans Terriennes, nous vous parlions également d’une bande dessinée très documentée sur > l’histoire de la représentation du sexe de la femme. Son auteure, Liv Strömquist, une Suédoise féministe y aborde aussi le clitoris grand oublié de l’anatomie féminine. 

Le court métrage de Lori Malépart-Traversy fait également écho à un ouvrage du sexologue clinicien français Jean-Claude Piquard, publié en 2012 et intitulé La fabuleuse histoire du clitoris.  Il a permis à la jeune réalisatrice de se documenter : « Je n’ai pas trouvé beaucoup de livres vulgarisateurs à ce sujet car il y avait surtout des livres plus scientifiques.»

T'as du clito !

L’année dernière le « clito » s’est aussi invité au cinéma, jusqu'au festival de Cannes. La réalisatrice Houda Bneyamina, venait y recevoir le prix de la Caméra d'or pour son film Divines. Une récompense qu'elle a accueillie magistralement.

> Lire notre article Houda Benyamina : réjouissante Caméra d'or
 

Elle s'exclame alors sur scène : "Que ce soit une femme qui nous ai remis le prix, c'est juste une tuerie ! Pour que les choses changent, il faut beaucoup plus de femmes décisionnaires, parmi les sélectionneurs aujourd'hui. Des femmes, des femmes ! Je voudrais dire merci à Edouard Waintrop (délégué général de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes qui décerne la Caméra d'Or, ndlr). Edouard, je vais te le dire : t'as du clito !"

Référence directe à une réplique de son film adressée par une dealeuse à l’une de ses jeunes recrues volontaire et hargneuse. Par cette expression, elle voulait dire "t'as du courage" ! le "t'as des couilles" au féminin.

Le "clito", prend ici une dimension symbolique comme le pénis des hommes avant lui, et sort aujourd'hui un peu plus de l'ombre. Ce regain de notoriété ne doit pas occulter l'essentiel souligné par la Québécoise Lori Malépart-Traversy : « Puisque le clitoris ne sert qu’au plaisir, alors pourquoi ne pas s’en servir ? » Tout simplement.