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Tunisie : Kalthoum Kannou, la juge qui voulait devenir présidente

Kalthoum Kannou, candidate indépendante, seule parmi tant d'hommes - montage repris de la page Facebook de ????? ??? - Kalthoum Kannou
Kalthoum Kannou, candidate indépendante, seule parmi tant d'hommes - montage repris de la page Facebook de ????? ??? - Kalthoum Kannou

Seule femme candidate à la présidentielle, qui se tient du 21 au 23 novembre 2014 dans son pays, la juge tunisienne Kalthoum Kannou mène avant tout une campagne de principes, au premier rang desquels l'égalité entre les femmes et les hommes face aux fonctions politiques jusqu'à la magistrature suprême.

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Un mois après les élections législatives à l'issue desquelles le parti Ennahda des islamistes au pouvoir a subi un sérieux revers, les citoyens de la Tunisie "nouvelle" sont à nouveau appelés aux urnes, cette fois pour la présidentielle. La fonction présidentielle revêt encore une charge symbolique forte dans la conscience collective de ce pays, en raison de la forte personnalité de celui qui l'incarna le premier, Habib Bourguiba. Et dans l'inconscient collectif, cette charge ne peut revenir à une femme. Rien que pour ça, la candidature de Kalthoum Kannou est donc remarquable.

"Redonner de l’espoir aux Tunisiens, aux jeunes qui ont fait la révolution, aux personnes qui ont peur du retour de la tyrannie et de la corruption, à ceux qui ont peur du retour de la violence, du chaos et du terrorisme, aux régions qui ressentent l’injustice et la marginalisation", déclarait Kalthoum Kannou (prononcer Kennou) sur la chaîne el Wataniya 1, le lundi 10 novembre 2014. Ainsi la juge et ancienne présidente de l'Association des magistrats tunisiens (AMT) exprime-t-elle les fondements de son engagement face au peuple tunisien.

Forte de 15 000 parrainages, elle déposait sa candidature à la présidentielle dès le 20 septembre 1014. Ses chances d'être élue restent assez lointaines... Dans une interview donnée à Mosaïque Fm, elle déclare pourtant : "Au vu des circonstances actuelles, je ne pense pas qu’il y ait un candidat ayant plus de chances que les autres."

Avec un programme axé sur les régions défavorisées et les personnes les plus démunies, la lutte contre la corruption, Kalthoum Kennou annonce qu’elle veillera à l’indépendance de la justice, à la régularité, à la transparence et au respect des lois dans un pays démocratique. Sa candidature est également un message, ajoute-t-elle, à tous ceux qui cherchent à tirer le pays vers le bas et à le pousser dans l’obscurantisme - une allusion claire aux mouvements islamistes.

Indépendante, surtout indépendante

De fait, Kalthoum Kennou a longtemps milité pour l’indépendance de la justice sous le règne de Ben Ali. Réputée pour sa droiture, elle avait été mutée dans le Sud pour avoir refusé l'ingérence du politique dans la justice. Depuis la révolution de Jasmin, à la tête de l'Association des magistrats tunisiens, elle continue à dénoncer la prévarication au sein de la justice et à contester les compétences de la commission de lutte contre la corruption.
 
Pour les Tunisiennes, et au delà

Sa candidature est aussi un "message fort pour l’ensemble des Tunisiens, qui signifie que la femme tunisienne peut entrer en concurrence avec les hommes dans les postes de décisions politiques". C'est beaucoup dire, puisque le 1er novembre, la campagne débutait avec 27 candidats, connus ou anonymes, dont 26 hommes et une seule femme !

Elle sait à quel point il est difficile de combiner engagement professionnel, public et privé. Dans un portrait qui lui est consacré, elle confie : « J'ai eu beaucoup de problèmes par rapport à mes enfants », admet la magistrate, mère d'une fille de 23 ans et de deux garçons de 19 et 16 ans qu'elle a élevés seule pendant plusieurs années. « J'étais divorcée, et quand on a quitté Tunis à cause des mutations, ça les a éloigné de leur père, et ça les a beaucoup touché parce qu'ils étaient encore jeunes. Ils sentaient aussi que j'avais peur, que j'étais ''punie'' par le régime, et ils se sentaient un peu étouffés par ce cadre-là. »

A la question posée de laquelle de ces femmes cheffes d'Etat - la britannique ultra-libérale Margaret Tatcher, la chrétienne démocrate allemande Angela Merckel, la pakistanaise issue d'une grande lignée Benazir Bhutto, ou l'indienne Indira Ghandi (une autre fille de...) - elle se sentait le plus proche,  Kalthoum Kennou a répondu avec hésitation "qu'elle a des points communs avec les quatre dames mais peut-être un peu plus avec Indira". On espère qu'elle ne finira pas assassinée comme la Première ministre de la "plus grande démocratie du monde"... Cette juge pour laquelle le mot indépendance n'est pas vain, avait reçu des menaces de mort en mai 2013, alors qu'elle présidait l'Association des magistrats tunisiens.

Même si son score reste aussi faible que le prédisent les sondages, au soir du scrutin, elle pourra se dire que ses convictions auront fait bouger les lignes...
Affiche en forme de parodie du “Yes we can“ de Barack Obama, la candidate ne manque pas d'humour...
Affiche en forme de parodie du “Yes we can“ de Barack Obama, la candidate ne manque pas d'humour...
 

“Le meilleur message au reste du monde : une femme arabo-musulmane à la tête de la République“

17.11.2014
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