Un ancien ministre togolais veut “redonner le pouvoir aux femmes“

Ce dimanche 29 juillet 2012 se tenait à Paris la dédicace d'un ouvrage de Comlangan Mawutoè d'Almeida, (ancien Ministre des Relations avec les institutions de la République) : "Redonnons le pouvoir aux femmes". Marie-Madeleine Mborantsuo, la présidente du conseil constitutionnel du Gabon était présente afin de parler des "valeurs de la femme africaine aujourd'hui et demain".

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Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente du conseil constitutionnel du Gabon (Photo : M. Le Boiteux)
Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente du conseil constitutionnel du Gabon (Photo : M. Le Boiteux)
L'auditorium du 54 rue Pierre Laffite à Paris a réuni une grande partie de la diaspora africaine ce dimanche 29 juillet. Mais pas n'importe quelle partie de la diaspora : celle des femmes d'Afrique de l'ouest et d'Afrique centrale, réunies autour de la sortie d'un livre qui veut "leur redonner le pouvoir". 
L'association Caritative pour le Développement Humanitaire (ACDH) avait organisé l'événement, et sa présidente, sa trésorière, ont rendu à cette occasion un hommage appuyée à leur invitée d'honneur, une femme, ayant su accéder aux plus hautes fonctions dans son pays : Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente du conseil constitutionnel du Gabon. 
Ce fut l'occasion de présenter un nouveau collège et lycée privé scientifique "d'excellence" à Libreville, des actions de l'ACDH au Togo, du parcours personnel de Madame la présidente du conseil constitutionnel, et  bien entendu de la dédicace de l'ouvrage de Monsieur Comlangan Mawutoè d'Almeida, fil conducteur de cet événement.

Entretien avec Comlangan Mawutoè d'Almeida, auteur de “redonner le pouvoir aux femmes“

31.07.2012Propos recueillis par Pascal Hérard
Comlangan Mawutoè d'Almeida (Photo : M. Le Boiteux)
Comlangan Mawutoè d'Almeida (Photo : M. Le Boiteux)
Le titre de votre ouvrage incite à penser que le pouvoir a été retiré aux femmes et qu'il faut donc leur donner de nouveau, pouvez-nous mieux nous expliquer cela ?

Nous savons que le femme est au cœur de tout développement. La femme a un pouvoir inné, ce que je stipule dans le livre, c'est celui de pouvoir supporter 9 mois dans ses entrailles ce fœtus. Avec la capacité de décider de la vie ou de la mort de ce fœtus. Ce pouvoir qu'elle a, aucun homme ne l'a. L'autre pouvoir qui est une acquisition par l'expérience, par les études, c'est celui des femmes intellectuelles, des grandes femmes qui savent faire des choses aussi importantes ici-bas. Je crois que ces femmes dépassent tous les atouts que les hommes ont eu.

C'est à dire ?

Je vous donne des exemples : hier il y avait des fonctions qui étaient uniquement dévolues aux hommes, comme pilote d'avion, chef d'Etat major des armées. Aujourd'hui, avec cette acquisition du savoir, la femme est à l'aise dans ces fonctions là. Les textes que nous rédigeons sont influencés par ces acquisitions, ces changements. On ne le sait pas assez, mais lors de la rédaction de la déclaration de la charte universelle des droits de l'homme, il n'y avait pas une seule femme dans la salle ! Il y était écrit : "tous les être humains naissent libres, égaux en droit et en dignité". Ca n'a jamais été respecté. Nous avons toujours trouvé que le femme devait jouer un second rôle. 

Mais comment redonner concrètement ce rôle, ce pouvoir qui existent ?

C'est un acquis, mais il faut tout simplement respecter les textes que nous avons. La conclusion dans mon livre dit la chose suivante : "si une centaine de pays dans le monde étaient dirigés par des femmes, il y aurait moins de bruits de bottes, moins de misère, moins de paupérisation.

Est-ce que cette vision n'est pas naïve ou illusoire ? Il y a des femmes à la tête d'entreprises, d'Etats qui peuvent être très dures. Il y a des femmes despotes, tyranniques…

Bien sûr, mais aucune femme ayant porté un enfant n'acceptera que celui-ci aille se faire tuer. L'armée ne sera plus là pour aller combattre, mais pour le développement. La paix mondiale viendra par les femmes.

Quels sont vos modèles de femmes politiques ?

Je prends le cas du Liberia, qui sort d'une guerre terrible : c'est une femme ( Ellen Johnson-Sirleaf, co-récipiendaire du Prix nobel de la paix 2011) qui est à la tête de l'Etat, et l'on n'a jamais cru qu'une femme pouvait arriver à maîtriser, apaiser une situation comme celle-là. Prenons l'exemple de l'Argentine, avec Cristina Fernández de Kirchner : la guerre des Malouines aurait pu recommencer, cela n'a pas été le cas, et jamais cette présidente ne déclarera cette guerre. Prenons le Brésil, avec Dilma Rousseff, qui a eu le courage de casser les Favelas qui sont des fiefs d'une certaine mafia qui ne dit pas son nom : aucun chef d'Etat brésilien n'a réussi à le faire. Elle l'a fait ! Mais ces femmes là ne sont pas au pouvoir par hasard : ce sont des femmes d'influence.

En Afrique, culturellement, ne pensez-vous pas qu'il soit plus difficile qu'en Europe, par exemple, que des hommes acceptent de recevoir des ordres de la part de femmes ? Est-ce qu'il n'y aurait quand même pas des difficultés à ce niveau là ?

Il y a aujourd'hui une nette amélioration en Afrique : regardez Madame Mborantsuo au Gabon, qui a la présidence l'une des plus hautes fonctions institutionnelle de la nation, le conseil constitutionnel, qui aurait cru que ce serait possible, en Afrique, que l'on puisse mettre une femme sur la chaise d'un homme ? Personne ! Jamais on n'aurait pu penser ça. Mais l'évolution a fait que c'est devenu possible. Moi je dis qu'une troisième et une dernière bombe arrive : la bombe F. La bombe Femme. Après la bombe H et la bombe A. Et cela va changer beaucoup de choses…

L'auteur : Comlangan Mawutoè d'Almeida

Ministre de deux présidents de la république du Togo, plusieurs fois parlementaire, diplômé de 3ème cycle en communication à l'Université de Sorbonne Paris I et en animation socio-culturelle à l'université Paris VIII, est depuis 2008 Consul Honorairede la Corée du Sud au Togo et auteur. Grand défenseur des droits de la femme, il organise les structures féminines de sa région.

Redonnons le pouvoir aux femmes - Tome 1

Premier ouvrage d'une série en 5 tomes, sous-titré "Femme à la Magistrature Suprême et Femmes d'Exception", "redonnons le pouvoir aux femmes" est une analyse de l'influence en politique des femmes, suivi d'une sélection de portraits :  de Pratibha Patil, présidente de l'Inde, à Laura Chinchilla, présidente du Costa Rica, en passant par Agatha Christie ou Ségolène Royal.
Auteur : Comlangan Mawutoè d'Almeida. Publié aux Editions Saint-Augustin Afrique.

Marie-Madeleine Mborantsuo

Juriste de formation et de profession, elle est présidente de la Cour Constitutionnelle du Gabon depuis 1991. Fondatrice du Lycée privé scientifique Berthe et Jean de Libreville.