Un cas de viol relance le débat sur l'avortement au Chili

Capture d'écran du reportage diffusé sur la télévision chilienne.
Capture d'écran du reportage diffusé sur la télévision chilienne.

Au Chili, le cas d'une fillette de 11 ans qui est tombée enceinte après avoir été violée relance le débat sur  l'avortement qui est totalement interdit dans ce pays ultra-conservateur d'Amérique latine.

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C'est un reportage diffusé, vendredi dernier, par la télévision publique qui a révélé l'affaire. Les Chiliens y ont découvert une fillette de 11 ans enceinte de 14 semaines après avoir subi pendant deux ans des viols à répétition. Le criminel ? Son beau-père âgé de 32 ans qui, arrêté par la police dans la ville reculée de Puerto Montt, a reconnu les faits, contrairement à sa mère qui a parlé de « relations consenties ». Quant aux médecins interrogés par le journalistes, ils ont déclaré que la vie de la fillette, en raison de son jeune âge, se trouvait en danger.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates. Beaucoup d'émoi et de colère. Après une nouvelle interview de la fillette sur la chaîne Canal 13, tenue en partie par l’université pontificale catholique du Chili, le président en personne, Sebastian Pinera, est intervenu dans le débat qui s'est ouvert. Cet homme de centre-droit a avoué s'être senti « touché » et a assuré que si un accouchement prématuré se produisait, la vie de la mère devait être la priorité. « Après 22 semaines de grossesse, s'il était nécessaire de provoquer une naissance prématurée, il faudra suivre cette thérapie, parce que dans notre pays la vie de la mère arrive en premier », a-t-il ajouté.

Surnommée Belén pour protéger son identité, la petite fille enceinte a affirmé vouloir gardé le bébé. « Ce sera comme une poupée que je tiendrai dans mes bras. Je vais l'aimer beaucoup même si elle est de cet homme qui m'a fait du mal, cela ne fait rien, je vais l'aimer.»

Sur les réseaux sociaux, une campagne, animée par les réseaux féministes, s'est mise en place pour demander la légalisation de l'avortement en cas de viols et de graves problème de santé. Elle bénéficie d'un soutien politique de taille. Michelle Bachelet, l'ancienne présidente du Chili, qui s'est relancée dans la campagne en vue de l'élections présidentielle de novembre après avoir été à la tête d'ONU Femmes pendant trois ans, s'est déclarée favorable à l'avortement thérapeutique. « C'est une fille qui a besoin d'être protégée. Je pense à l'avortement thérapeutique qui, dans ce cas du viol, pourrait être proposé », a t-elle affirmée à la radio locale ADN.

L'avortement thérapeutique a été autorisé au Chili puis aboli durant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Dans ce pays où l'Eglise catholique a conservé un puissant pouvoir d'influence, le sénat a rejeté, l'année dernière, trois projets de lois qui auraient pu faciliter la pratique de l'interruption volontaire de grossesse. En Amérique latine, seul Cuba, l'Uruguay et quelques gouvernements locaux autorisent sous certaines conditions l'IVG.