Un décret "anti-maigreur" pour protéger les mannequins

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Par nos partenaires de France 2, 1'48"

La mode en France va devoir tourner la page - en papier glacé - des mannequins aux membres décharnés et aux os saillants : les modèles devront désormais fournir un certificat médical pour prouver qu'elles ne sont pas trop maigres et les photos retouchées devront le mentionner.

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Ces mesures avaient été votées dans une loi de janvier 2016, mais les textes d'application tardaient... C'est désormais officiel et obligatoire : les mannequins devront présenter un certificat médical, délivré par un médecin du travail. Il attestera que l'état de santé global de la personne, évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle (IMC, qui correspond au rapport entre poids et taille, ndlr), lui permet d'exercer le mannequinat. 

Protéger les aspirantes modèles

Pour le ministère de la santé français, ces dispositions visent à "éviter la promotion d'idéaux de beauté inacessibles et prévenir l'anorexie chez les jeunes", ainsi qu'à "protéger la santé d'une catégorie de la population particulièrement touchée par ce risque : les mannequins". 

Mais pour certains, comme pour Clio Pajczer, ancienne mannequin interviewée par France 2, cette mesure reste insuffisante. 
 


"Ce certificat médical dure deux ans. J'ai perdu 17 kilos en 4 mois à l'époque, quand j'ai fait de l'anorexie, à un moment ça peut être super rapide et je pense qu'il va y avoir des dérives."
Clio Pajczer, ancienne mannequin

Un décret oblige également, à partir du 1er octobre 2017, à mentionner "photographie retouchée" sur les images de mannequins dont la silhouette a été modifiée par un logiciel informatique, dans des publicités, dans la presse ou sur Internet.

Les employeurs qui ne respecteront pas la loi risqueront jusqu'à six mois d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

L'ex-député PS Olivier Véran (PS), rapporteur du projet de loi Santé se félicite de l'application de cette loi. Il avait présenté l'amendement visant à interdire de recourir à des mannequins en état de dénutrition manifeste et est aujourd'hui référent santé d'En Marche! auprès d'Emmanuel Macron, le président de la République française, élu le 7 mai 2017.


Initialement, le projet de loi prévoyait un IMC minimal pour pouvoir exercer la profession de mannequin, mais il avait ensuite été modifié pour redonner sa place au médecin du travail et élargir l'examen à d'autres paramètres.

Les troubles du comportement alimentaire touchent environ 600 000 jeunes en France (dont 40.000 anorexiques) et sont la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, après les accidents de la route.

Un mouvement international ?

La France se rapproche ainsi d'autres pays pionniers, qui ont pris des mesures par la loi ou par des dispositions locales. L'Espagne a été la première nation européenne à prendre des mesures, interdisant en septembre 2006 les mannequins en dessous d'un IMC de 18 au Pasarela Cibeles, grand rendez-vous de la mode madrilène. Il ne s'agit toutefois pas d'une législation nationale.

En Israël, la loi "Photoshop" de 2012 interdit de présenter une publicité avec un mannequin qui semble trop maigre, d'engager comme mannequin une personne trop maigre (avec un IMC inférieur à 18,5) et d'utiliser un logiciel de retouche pour amincir sans le préciser.

L'Italie ne s'est pas dotée d'une loi, mais les grandes agences de mannequins interdisent aux mannequins de défiler si leur IMC est inférieur à 18,5.