Un petit pas au Chili : les députés autorisent l'avortement thérapeutique

Une Chilienne, le visage peint, lors d'une manifestation pour le droit à l'avortement à Santiago du Chili, lors de la journée internationale des droits des femme, le 8 mars 2015.
Une Chilienne, le visage peint, lors d'une manifestation pour le droit à l'avortement à Santiago du Chili, lors de la journée internationale des droits des femme, le 8 mars 2015.
AP Photo / Luis Hidalgo

C'est un vote historique même si c'est un tout petit pas pour les droits des Chiliennes à disposer de leur corps. Par une courte majorité, le 17 mars 2016, les députés chiliens ont autorisé l'avortement thérapeutique.

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Tous les candidats à la présidentielle au Chili se fracassent les uns après les autres et depuis des décennies, sur ce tabou absolu : l'interdiction totale de l'interruption volontaire de grossesse, dans toutes les circonstances, même lorsqu'il y a danger vital pour la mère. Les femmes comme les hommes renonçaient, à peine venaient-elles de tenter de mettre le sujet sur la table comme les adversaires de 2013 Evelyn Matthei (centre droite) et Michelle Bachelet (centre gauche), la deuxième ayant même exercé comme médecin. Sur ce continent farouchement catholique, rares sont les pays à autoriser, même a minima les femmes à disposer de leur corps.

Jusque là, le Chili était le pays plus verrouillé. C'est dire si ce minuscule pas légal en cette fin d'été austral a eu le retentissement d'un changement constitutionnel.

Un effet Zika ?


Est-ce un effet de la menace Zika ? Depuis l'explosion de l'épidémie déclenchée par le moustique tigre, au Brésil et en Colombie surtout, et la naissance de bébés atteints de microcéphalies, sur tout le continent latino américain, les militants du droit des femmes à disposer de leurs corps pouvaient espérer des changements législatifs à l'occasion de cette catastrophe sanitaire.

La Chambre des députés du Chili a autorisé 17 mars 2017 jeudi l'avortement, totalement interdit depuis la dictature de Pinochet, en cas de viol, de foetus non-viable et de risque pour la santé de la mère, un premier feu vert qui doit désormais être validé par le Sénat.

Ce dont il est question aujourd'hui, c'est de la dignité des femmes
Maya Fernandes Allende, députée

"C'est incroyable, c'est approuvé", a annoncé le président de la Chambre des députés, Marco Antonio Nuñoz, alors que le pays sud-américain est l'un des rares au monde à appliquer une interdiction stricte de l'interruption de grossesse. Mais la correspondante de TV5MONDE à Santiago du Chili, Laurie Fachaux, raconte un vote émaillé d'insultes - "fascistes, assassins," tandis que pro et anti-avortements manifestaient dans les tribunes par pancartes interposées, les opposants à cette petite ouverture usant comme partout dans le monde d'images de foetus ensanglantés.

Maya Fernandes Allende, la petite fille du président assassiné par les troupe de Pinochet ne pensait plus voir ce jour arriver malgré un combat quotidien : "Ce dont il est question aujourd'hui, c'est de la dignité des femmes. Même si ce n'est qu'un début, c'est un jour pour être heureux."
 

Chacun des trois motifs d'avortement envisagés ont fait l'objet d'un vote séparé : en cas de risque pour la santé de la mère, 67 députés ont voté pour, 47 contre. En cas de foetus non-viable, 62 ont voté pour, 46 contre. Enfin, le cas ayant suscité le plus de polémique, celui d'une grossesse due à un viol, a recueilli 59 votes en faveur, 47 contre.

Pendant plus de 50 ans, jusqu'en 1989, l'avortement était autorisé au Chili en cas de danger de mort pour la mère ou de fœtus non-viable.

Mais juste avant de quitter le pouvoir, l'ex-dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) avait décrété une interdiction en toutes circonstances, maintenue ensuite sous la pression de l'Eglise catholique et des groupes conservateurs.