Terriennes

Un viol peut-il être acceptable ? 27% des Européens, et 20% des Européennes l'admettent

Le 21 novembre 2016, quatre jours avant que le rapport de la Commmisiion européenne sur les violences de genre soit dévoilé, les Espagnoles protestaient une fois encore contre les violences faites aux femmes, comme ici avec ces escarpins rouges qui jonchent la place Saint Jaume à Barcelone. 
Le 21 novembre 2016, quatre jours avant que le rapport de la Commmisiion européenne sur les violences de genre soit dévoilé, les Espagnoles protestaient une fois encore contre les violences faites aux femmes, comme ici avec ces escarpins rouges qui jonchent la place Saint Jaume à Barcelone. 
AP Photo/Manu Fernandez

Les résultats d'une enquête d'opinion diligentée par la Commission européenne à l'été 2016 sur "La violence de genre, ses réalités et sa perception", ont été rendus publics à la fin du mois de novembre. Avec des conclusions froides et plutôt effrayantes sur le degré, élevé, de tolérance vis-à-vis des agressions sexuelles.

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C'est la conclusion proposée dans le résumé, et elle fait froid dans le dos : "De façon générale, 27% déclarent que les rapports sexuels sans consentement peuvent se justifier dans au moins une des situations proposées. Les personnes interrogées sont le plus susceptibles d'affirmer cela dans des situations telles qu'être ivre ou sous l'effet d'une drogue (12%), se rendre volontairement chez quelqu'un (11%), porter une tenue légère, provocante ou sexy, ou ne pas dire clairement non ou ne pas riposter physiquement (10% pour chacune de ces situations)."

"Rapport sexuel sans consentement", la terminologie des sondeurs n'a pas mis les points sur le i de viol. Est-ce pour cela que plus du quart des personnes interrogées (dont 20% tout de même chez les femmes) se sont laissées aller à cette tolérance là : oui, parfois le viol pourrait être admis, et ce n'est pas la peine d'en faire toute une histoire... On se frotte les yeux mais les chiffres énoncés dans le rapport élaboré à la demande de la Commission européenne sur la "Violence de genre" dans le "vieux continent", prenant en compte les données fournies par les Etats membres de l'Union et par une enquête d'opinion transcontinentale ne semblent pas fantaisistes.

Bien sûr on pourrait se rassurer : les 3/4 des hommes de l'Union européenne et les 4/5ème des femmes affirment haut et fort que toute violence sexuelle, toute agression, tout harcèlement est intolérable et doit être puni par la loi. Et ils sont peu nombreux à ne pas reconnaître la haute prévalence de ce fléau.

Disparité Est/Ouest

Mais le diable se cache dans les nuances, dans les chiffres pays par pays et une tendance se dégage : dans les pays de l'Est, de l'Europe, les citoyen-nes semblent plus enclins à passer l'éponge sur les violences faites aux épouses, mères ou filles, à penser que les femmes sont responsables de ce qui leur arrive, à dire que ces choses là devraient se régler en famille et pas devant un tribunal, et à ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas, pour de bonnes raisons (la peur d'envenimer les choses) ou de mauvaises (la peur de recevoir un mauvais coup au passage).

Le rapport est construit autour de plusieurs questions, et s'intéresse à la violence exercées à l'encontre des deux sexes : "Bien que les hommes et les femmes soient tous deux victimes de violence de genre, la majorité des victimes sont des femmes. Une femme sur trois au sein de l'UE a été victime de violence physique et/ou sexuelle depuis l'âge de 15 ans et une sur dix a été victime de harcèlement sexuel direct ou par l'intermédiaire des nouvelles technologies." L'étude à donc porté sur les points suivants :

  • Perceptions du caractère répandu de la violence domestique ;
  • Connaissance personnelle d'une victime de violence domestique, si la personne interrogée en a parlé à quelqu'un, et les raisons pour lesquelles les gens se taisent ;
  • Opinions au sujet du lieu dans lequel la violence à l'égard des femmes est le plus susceptible de se produire ;
  • Opinions sur la violence de genre et attitudes à son égard, notamment quant à l’existence de circonstances qui justifient des rapports sexuels sans consentement ;
  • Perceptions du caractère répandu du harcèlement sexuel ;
  • Si certains actes de violence de genre sont répréhensibles et sont illégaux ou devraient l’être.

Le 4ème point "Opinions sur la violence de genre et attitudes à son égard, notamment quant à l’existence de circonstances qui justifient des rapports sexuels sans consentement" est celui dont les conclusions ont le plus suscité de commentaires :

Plus d’une personne sondée sur cinq au sein de l'UE convient que les femmes inventent ou exagèrent souvent les accusations de mauvais traitement ou de viol

"Plus d’une personne sondée sur cinq (22%) au sein de l'UE convient que les femmes inventent ou exagèrent souvent les accusations de mauvais traitement ou de viol, bien que, là encore, ce chiffre masque d’importants écarts entre les pays. Les personnes sondées à Malte (47%), à Chypre (44%) et en Lituanie (42%) sont les plus susceptibles d'être d'accord avec cette affirmation, contre seulement 8% en Suède et 13% en France et en Italie.
Près d’un tiers (31%) convient que les femmes sont plus susceptibles d'être violées par un inconnu que par une connaissance, 22% estiment que les femmes inventent ou exagèrent souvent les accusations de mauvais traitement ou de viol et 17% sont d’avis que la violence à l'égard des femmes est souvent provoquée par la victime.
Presque une personne interrogée sur cinq dans l'UE (17%) convient que la violence à l'égard des femmes est souvent provoquée par la victime, mais on constate de nouveau d’importantes variations entre les États membres. La Lettonie est le seul pays où plus de la moitié des personnes interrogées sont d'accord avec cette proposition (57%), devant la Lituanie (45%) et Malte (40%). A l'opposé, seules 6% des personnes interrogées aux Pays-Bas et 9% en Suède conviennent également que la violence à l'égard des femmes est souvent provoquée par la victime.
Au moins un sondé sur dix pense que des rapports sans consentement sont justifiés si la personne est ivre ou sous l'effet d'une drogue (12%), si elle se rend volontairement chez quelqu'un (11%), si elle porte une tenue légère, provocante ou sexy ou si elle ne dit pas clairement non ou ne s’y oppose pas physiquement (10% pour chacune de ces propositions).
"

Carte, édifiante, de la perception du viol Europe
Carte, édifiante, de la perception du viol Europe
(c) Martine Bruneau, TV5MONDE/Terriennes

Sur la carte ci-dessus, les pays marqués en bleu sont ceux où les personnes interrogées sont les moins susceptibles de convenir qu’avoir des relations sexuelles sans consentement peut se justifier pour l'une des raisons données. Les pays colorés en rouge foncé sont ceux où les personnes interrogées sont les plus susceptibles d'être d'accord (autour de 4 sur 10 ou plus).

Une culture du viol sans frontières, la Francophonie comprise

Et l'on voit donc qu'une constance émerge : les personnes interrogées en Roumanie (55 %) ou en Hongrie (47 %) sont parmi les plus susceptibles de déclarer que chacune des situations citées ci-dessus peut potentiellement justifier un viol. A l'Est donc, encore et toujours.
Mais voici que l'on découvre qu'en Belgique, ils sont 40 % à le croire également, et même 31 % en France…

Au delà des océans, notre correspondante Catherine François nous rappelait, en octobre 2016 qu'"une récente étude menée par un chercheur sur les effets de l’alcool et de l’excitation sexuelle sur la perception du consentement révèle que 30% des participants se disent prêts à commettre un viol s’ils sont certains qu’il sera sans conséquence pour eux (pas de plainte déposée, pas de poursuites judiciaires )." Tandis qu'une autre enquête, toujours dans le même pays, menée par la Fondation canadienne des femmes, en 2015, mettait au jour qu'"un seul Canadien sur trois sait ce qu’est le consentement sexuel".

Les auteurs du rapport européen commandé pour la journée internationale 2016 en vue l'élimination des violences faites aux femmes, chaque 25 novembre , appellent à renforcer l'éducation, grâce à "des campagnes d'information et de sensibilisation, ou promotion de l'utilisation des services d'assistance juridique et professionnelle". Peut-être pourrait-on commencer, en France, par diffuser cette excellente vidéo de la campagne 2016 menée par le Collectif Féministe Contre le Viol depuis le 15 novembre 2016 pour faire connaître le dispositif d’aide aux victimes, Viols-Femmes-Informations – 0800 05 95 95 :
 

 #yaduboulot, comme nous disons toujours...

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