Terriennes

Une séparation, cinéma iranien résistant

Il avait déjà obtenu six nominations et l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur à la Berlinale de 2009 pour A propos d'Elly..., chronique d'un weekend à la mer qui tournait au cauchemar... Cette année, le cinéaste iranien Asghar Farhadi est revenu à Berlin avec un superbe long-métrage "Une séparation", pour repartir cette fois avec la récompense suprême, l'Ours d'Or, sans compter deux Ours d'Argent collectifs pour ses acteurs et actrices.

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Nader (Peyman Moadi) et Simin (Leila Hatami) sont devant le juge des divorces. Ils sont mal à l'aise, gênés. Il n'y a quasiment qu'elle qui parle. Elle veut se séparer de son mari, divorcer, quitter le foyer familial. On pense trahison, adultère, violence domestique, crime, maladie psychiatrique. Pas du tout. Quand le juge lui demande ce qui ne va pas, Simin n'a rien à dire. Nader est un mari parfait. Ils sont en couple depuis une dizaine d'années. On dirait même qu'ils sont encore amoureux. Et pourtant, elle veut le quitter, c'est décidé. Motif de cette demande de séparation: la famille a obtenu des visas. Simin veut partir vivre à l'étranger. Nader refuse de quitter Téhéran. Son père est atteint d'Alzheimer...

Lorsque sa femme le quitte, Nader reste avec leur fille Termeh (Sarina Farhadi), une adolescente d'une douzaine d'années, et son père malade. Il décide d'engager une aide-soignante, Razieh (Sareh Bayat), pour s'occuper de lui. Il ignore alors que cette jeune femme très croyante est enceinte et qu'elle a accepté ce travail sans l'accord de son mari, Hodjat (Shahab Hosseini)...






Drame social et psychologique, Une séparation plonge le spectateur dans un univers ultra-urbain, et place sous sa loupe deux familles, l'une issue de la classe moyenne téhéranaise, moderne et éduquée, l'autre originaire des couches populaires, plus traditionnelle et religieuse. Une séparation à l'amiable, un parent malade, un incident domestique va placer ces deux familles dans un engrenage judiciaire inextricable, où chacun devra interroger sa propre éthique, à la lumière de ses traditions, de sa religion ou de ses principes.

Pour raconter cette descente aux enfers, Asghar Farhadi soigne au millimètre près sa mise en scène et son rythme de narration. Réalisé en séquences courtes et elliptiques, à la manière d'un véritable thriller, son film témoigne d'une maîtrise absolue, des dialogues à la direction d'acteurs, en passant par une dimension documentaire très travaillée et proche de la réalité iranienne.

Dans un pays où la réalisation d'un film d'auteur, crédible et engagé, tient souvent de la mission impossible, où la plupart des cinéastes sont soit en exil, soit en prison, soit sous le coup d'une interdiction de tourner, "Une séparation" représente bien plus qu'un film. Il est le symbole puissant d'un septième art iranien qui survit en dictature, malgré la censure, la propagande et les brimades du régime...


Deux autres films de Asghar Farhadi sont ressortis sur grand écran cet été : A propos d'Elly, et La fête du feu :