Une « taxe rose » ? Bercy va mener l’enquête

Différence de prix constatée sur des rasoirs Monoprix. /Pétition Woman Tax
Différence de prix constatée sur des rasoirs Monoprix. /Pétition Woman Tax

Rasoir, déodorant, coupe courte, repassage d’une chemise… En France, les prix de ces produits ou services sont plus chers pour les femmes que pour les hommes.  Un constat qu’a fait le collectif « Georgette Sand » dans un récent tumblr, avec des photos prises dans les supermarchés, preuves à l’appui. Alerté sur l’existence de cette « taxe rose » et invisible si l'on n'y prend garde, le ministère de l’Economie a décidé de mener une enquête pour mesurer l’ampleur du phénomène.    

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La « woman tax » ou « taxe rose » est cet impôt quasi invisible que paient les Françaises sur des produits ou services similaires à ceux des hommes. Une différence de prix souvent injustifiée et qui se retrouve dans de nombreux produits ou services du quotidien. 
Les femmes paient ainsi 0,8 centimes de plus que les hommes un paquet de 5 rasoirs, alors que celui des hommes en contient 10. Même chose pour les brosses à dents d’une même marque. Celle destinée aux femmes coutera 16 centimes de plus. Mais la différence est encore plus importante pour les sacs à dos ou une coupe de cheveux. Chez le coiffeur, les femmes devront dépenser 14 euros de plus que les hommes pour une coupe courte.
"L'hiver dernier je suis allée faire les soldes dans un magasin de sport. Les chaussures de marche que je voulais acheter étaient moins soldées que celles des hommes juste à côté", témoigne Béatrice, une consommatrice.   

Ce sont les Etats-Unis, et notamment le magazine américain « Forbes » qui avaient mis le doigt sur ce problème en 2012, en chiffrant les différences à environ 1100 euros en moyenne, par femme et par an. 
En France, c’est le collectif Georgette Sand qui a révélé les nombreuses injustices de ce type, difficilement visibles puisque les produits d’hygiène pour les deux sexes ne sont pas dans les mêmes rayons des supermarchés. 

/Tumblr Woman Tax
/Tumblr Woman Tax
Ils ont alors lancé une pétition (plus de 20 000 signatures à ce jour), pour l’égalisation des prix chez Monoprix, cible de leur enquête. « Monoprix veille naturellement à n’introduire aucune discrimination dans les prix des produits proposés à ses client(e)s. L’écart de prix entre les références pour les femmes et les hommes s’explique par les caractéristiques intrinsèques des produits ainsi que par les volumes de vente », a répondu le magasin, tout en listant d’autres références moins chères pour les femmes que pour les hommes. 
C’est donc entre autres, « l’extrait de soie » ajouté dans les gels à raser pour femmes qui engendreraient un surcoût. Et des volumes de vente bien supérieurs pour les rasoirs jetables masculins qui permettraient un prix d’achat inférieur.

Les femmes piégées aussi par leur désir consumériste


Des différences qui ne sont pas vraiment objectives et qui s’expliquent surtout par le fait que les femmes sont prêtes à payer plus cher, et d’autant plus pour des produits de beauté, selon les lois du marketing. 
Mais les « Georgettes Sand » sont bien décidées à s’y opposer. « Nous refusons que le marketing sexiste soit une entrave à la possibilité de consommer de manière avisée », écrivent-t-elles dans leur pétition. 

« Monoprix n’est que la première de nos cibles et les grandes chaînes de coiffure peuvent d’ores et déjà trembler », ajoutent elles. 
Le 21 octobre dernier le collectif a même rencontré Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, d’accord sur le fait que « cette injustice ne doit pas perdurer ».  
Le ministère de l’économie s’est finalement lui aussi emparé du sujet en lançant une enquête visant à « faire une évaluation de relevés des prix sur les catégories de prix cités par ce collectif » et « à mesurer la réalité des écarts ». Les résultats de cette étude sont attendus « dans le semaines à venir ». 
Membres du collectif Georgette Sand à la rencontre de Pascale Boistard le 21 octobre 2014.
Membres du collectif Georgette Sand à la rencontre de Pascale Boistard le 21 octobre 2014.

Aller dans les rayons “hommes“ du supermarché pour payer moins cher

03.11.2014JT France 2, 13H.
Les femmes aujourd’hui en France gagnent toujours moins que les hommes, et ont des retraites inférieures. Pour elles c’est la double peine puisque qu’en tant que consommatrices elles vont payer plus cher que les hommes.” (Géraldine Franck, membre du collectif les Georgette Sand)
Aller dans les rayons “hommes“ du supermarché pour payer moins cher