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Vatican : "pardon" accordé aux repenti(e)s de l’avortement

Le pape François lors d'une messe dans la Basilique Saint Pierre de Rome le 1er septembre 2015.
Le pape François lors d'une messe dans la Basilique Saint Pierre de Rome le 1er septembre 2015.
©AP Photo/Riccardo De Luca

Dans le cadre du Jubilé 2016, le pape François accorde aux prêtres « la faculté d’absoudre du péché d’avortement » aussi bien ceux qui le pratiquent que celles qui le subissent…si ces personnes se repentent. Une fois de plus, la parole vaticane relève plus du symbole que d’un véritable « tournant » de la papauté sur ces questions de société.

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Le pape François ne semble pas vouloir fermer les portes de l’Eglise à certains pêcheurs…à condition qu’ils se repentissent.

Dans une lettre adressée le 1er septembre 2015 au prélat italien Rino Fisichella, chargé d’organiser l’Année sainte ou Jubilé 2016, le pape annonce qu’il a « décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’Année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué et qui, le cœur repenti, en demandent pardon. » (Lire l’extrait complet en encadré)

Extrait de la lettre du pape François à Mgr Rino Fisichella.

"Le drame de l’avortement est vécu par certains avec une conscience superficielle, qui semble ne pas se rendre compte du mal très grave qu’un tel acte comporte. Beaucoup d’autres, en revanche, bien que vivant ce moment comme un échec, considèrent ne pas avoir d’autres voies à parcourir. Je pense, en particulier, à toutes les femmes qui ont eu recours à l’avortement. Je connais bien les conditionnements qui les ont conduites à cette décision. Je sais qu’il s’agit d’un drame existentiel et moral. J’ai rencontré de nombreuses femmes qui portaient dans leur cœur la cicatrice de ce choix difficile et douloureux. Ce qui a eu lieu est profondément injuste ; pourtant, seule sa compréhension dans sa vérité peut permettre de ne pas perdre l’espérance. Le pardon de Dieu à quiconque s’est repenti ne peut être nié, en particulier lorsqu’avec un cœur sincère, cette personne s’approche du Sacrement de la Confession pour obtenir la réconciliation avec le Père. C’est également pour cette raison que j’ai décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’Année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué et qui, le cœur repenti, en demandent pardon."
> La lettre entière en français.

Par ces mots, le pape désigne les médecins ou les proches qui pousseraient les femmes à subir ce « drame existentiel et moral » ainsi qu'il le qualifie. 

Quant à celles qui se font avorter, elles pourront obtenir le pardon de Dieu, si elles se repentissent aussi (« Le pardon de Dieu à quiconque s’est repenti ne peut être nié ») et si (encore mieux) elles demandent à recevoir le « Sacrement de la Confession ».

Jusqu’à présent, seuls les évêques pouvaient autoriser des prêtres de leur diocèse à pardonner un avortement lors d’événements religieux particuliers. L’année prochaine, pour le Jubilé, tous pourront donc faire preuve de miséricorde envers les pêcheurs.

Ce geste papal à l'égard de ces pécheurs et pécheresses là, révèle surtout la volonté de François de ne pas les exclure de l’Eglise. Une fois de plus, c’est davantage la forme que le fond des propos du pape qui change.

> lire notre article sur le pape « normal »

La forme même de la lettre adressée au prélat Fisichella ne revêt pas vraiment un caractère officiel note le journal italien Corriere della Sera :  “Ce n’est pas une bulle papale, ni un motu proprio, ni une ‘lettre apostolique’. Il ne correspond à aucune forme traditionnelle de décrets pontificaux : il s’agit d’une lettre à l’archevêque Fisichella, responsable de l’organisation du jubilé. Une communication de service, en somme”, rapporte Courrier international sur son site.

L'avortement reste un péché

Certes, François évoque l’avortement sans détours, mais sans changer de ligne sur le sujet. Les mots employés - « pardon », « repenti » - soulignent bien que l’avortement reste considéré par l’Eglise comme une faute grave, un « péché » toujours condamnable d’excommunication automatique sauf s’il est subi sous la contrainte.

Des manifestants anti-avortement se sont réunis ce 22 mai 1998 sur la place Saint Piere de Rome.
Des manifestants anti-avortement se sont réunis ce 22 mai 1998 sur la place Saint Piere de Rome.
©AP Photo/Andrew Medichini

Le pape n’a ainsi pas changé d’avis soudainement sur l’avortement. Le quotidien français La Croix rapportait en fin d’année dernière, les propos qu'il tenait le 20 septembre 2014, lors d’une rencontre avec des gynécologues catholiques : « La mentalité répandue de l’utile, la culture du rejet, qui aujourd’hui rend esclave les cœurs et l’intelligence de beaucoup, possède un coût très élevé : elle appelle à éliminer des êtres humains, surtout s’ils sont physiquement ou socialement plus faibles. Notre réponse à cette mentalité, un Oui résolu et sans hésitation à la vie. Il n’existe pas une vie humaine plus sacrée qu’une autre. (…) Chaque enfant non né, mais injustement condamné à être avorté possède le visage du Seigneur qui, avant même de naître puis à peine né, a fait l’expérience du refus du monde. (…) On ne peut les éliminer ! » Des propos qui recèlent presque un reproche d’eugénisme perpétré par celles qui recourent à l’avortement.

Formules culpabilisatrices

Dans sa lettre du 1er septembre, le pape François considère que celles et ceux qui n’ont pas eu d’autre choix, vivent l'avortement comme un « échec », puis comme une faute en se repentant. Quand d'autres vivent l’avortement avec « une conscience superficielle », ne prenant pas bien en compte la gravité d'un tel acte. Des formules culpabilisatrices pour ceux et celles qui pratiquent ou subissent cette interruption de grossesse. Et pourtant, l'IVG reste un passage à l'acte difficile et parfois, encore très dangereux pour nombre de femmes dans le monde.

Des avortements risqués pour des millions de femmes

Un rapport publié le 19 août 2015 par l’Institut d’étude américain Guttmacher, dévolu aux statistiques sur le contrôle des naissances et l'avortement, révèle qu’en 2012 près de 7 millions de femmes dans le monde, vivant dans des pays en voie de développement, ont reçu des soins après des complications médicales liées à un avortement risqué.

Les femmes sont parfois seules ou mal accompagnées et n’ont pas facilement accès à des services de santé. L’IVG devient d’autant plus périlleuse dans les pays où son illégalité favorise des avortements clandestins. Dans les 26 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ciblés par cette étude, c’est donc une femme sur 1000, entre 15 et 44 ans, qui a dû suivre des traitements après un avortement. Des IVG qui se soldent encore trop souvent par le décès d'une femme.