Viols en France : le Haut Conseil à l'Egalité appelle à lutter contre "la tolérance sociale"

Le viol de Lucrèce, femme de l’antiquité romaine, de haute condition, qui s’est suicidée après avoir été abusée par un fils du roi Tarquin le superbe vu par Le Titien
Le viol de Lucrèce, femme de l’antiquité romaine, de haute condition, qui s’est suicidée après avoir été abusée par un fils du roi Tarquin le superbe vu par Le Titien
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Le viol est encore entouré de "trop nombreux stéréotypes sexistes" et trop peu de victimes déposent plainte, s'est alarmé, en France, mercredi 5 octobre 2016, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un avis proposant 12 recommandations pour une plus "juste condamnation sociétale et judiciaire" de ce crime.

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En préambule de son "avis pour une juste condamnation sociétale et judiciaire du viol et autres agressions sexuelles", le Haut conseil à l'Egalité rappelle quelques vérités : "Le viol – agression sexuelle avec pénétration – est un phénomène massif, et pourtant encore peu dénoncé et peu condamné : parmi les dizaines de milliers de victimes, environ 1 sur 10 porte plainte, et seule 1 plainte sur 10 aboutira à une condamnation. Le viol est un crime sexiste : la quasi-totalité des agresseurs sont des hommes quand l’immense majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Enfin, le viol est une arme de destruction des femmes comme en témoignent les conséquences nombreuses qu’il génère chez ses victimes, tant physiques que psychiques."
 
HCE

Selon le HCE, en France, 84.000 femmes âgées de 18 à 75 ans et 14.000 hommes déclarent avoir été victimes de viol ou tentative de viol en un an. Or, seules 10.461 plaintes de femmes et 1.655 plaintes d'hommes ont été déposées. Sur ces faits, moins de 1.100 ont été condamnés judiciairement (765 hommes de plus de 15 ans, 304 hommes de moins de 15 ans et six femmes).

Ces chiffres "alarmants" indiquent une trop "grande tolérance sociale" du viol, s'inquiète le HCE. Ainsi qu'une écoute très insuffisante, voire parfois inexistante, des femmes victimes d'agressions sexuelles. Donner à voir surtout. les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux.
 

Les membres du HCE ne mâchent pas leurs mots en pointant toutes les défaillances d'un système qui ronronne : "les professionnel.le.s ne sont pas assez formé.e.s pour accueillir les plaignantes (ou plaignants), les protéger et les accompagner de manière adaptée ; nombreuses défaillances dans le recueil et la préservation des preuves conduisant à ce que de nombreuses affaires soient classées sans suite ; des délais de prescription inadaptés aux violences sexuelles et aux conséquences du choc post-traumatique qui peuvent souvent retarder longuement la révélation des faits ; la minimisation du viol du fait de sa fréquente « correctionnalisation » (le viol, un crime, est déqualifié en délit). "
 
HCE

Dans un avis rendu public mercredi  octobre 2016 et remis à la ministre des Droits des Femmes Laurence Rossignol, l'institution dégage cinq axes de travail et énonce douze recommandations - "sensibilisation de la société", "formations des professionnels", "accueil, protection et accompagnement des victimes", "traitement judiciaire" et "éducation et protection des jeunes" - pour mieux prendre en compte ce type de violence et ses victimes. Et préconnise "à l’instar de ce qui existe dans nombre de pays voisins, l’instauration d’un seuil d’âge - 13 ans - en dessous duquel les mineur.e.s sont présumé.e.s ne pas avoir consenti à un acte sexuel avec une personne majeure".

Comment faire face à l'hyper sexualisation commerciale des filles et des femmes ?

"La tolérance de la société commence à diminuer grâce aux actions conjuguées des associations féministes et à l'amélioration des lois : reconnaissance du viol conjugal, loi sur le harcèlement sexuel, loi sur la prostitution… Cependant, l'hyper sexualisation et l'hyper commercialisation continuent à poser problème", souligne le HCE, qui préconise le lancement d'une "première campagne nationale contre le viol".

Il en appelle aussi à la responsabilité des médias, regrettant la classification de ces violences "dans la rubrique faits divers, pas replacées dans le contexte global de la domination masculine", et le fait que soient invoquées des "justifications" (soirée alcoolisée, détresse sentimentale ou rupture récente par exemple).

Au total, 20,4% des femmes déclarent avoir été victimes d'au moins une forme de violence sexuelle, pour 6,8% un viol et 9,1% une tentative de viol. Plus d'une fois sur deux, la victime a moins de 18 ans.

Dans le cas des viols et des tentatives de viols, neuf femmes sur dix connaissent leur agresseur.

Si le Haut conseil à l'égalité salue "des progrès en matière de formation des professionnels", il regrette néanmoins que trop peu de victimes osent déposer plainte et pointe les manques dans leur prise en charge. Une campagne est lancée sur les réseaux sociaux avec le mot dièse #ViolDénoncéEtAprès
 

On a l'impression de tomber dans un énorme vide
Une victime de viol

viol femmes france
L'avocate Martine Moscovici explique dans ce reportage de France 3 que "très souvent, les victimes de viol ne sont pas crues". AC Roth, JM Mier, O Dumont, V Christophe