Terriennes

Viols et manifestations en Inde, l'éternel recommencement

Les parents de la jeune victime devant la dépouille de leur fille, quelques heures avant une manifestation dans les rues de Kolkata, le 2 janvier 2013 - Hindustan Times
Les parents de la jeune victime devant la dépouille de leur fille, quelques heures avant une manifestation dans les rues de Kolkata, le 2 janvier 2013 - Hindustan Times

Cette fois, au lendemain du nouvel an 2014, c'est une autre grande métropole indienne qui crie sa rage après la mort d'une adolescente victime de viol. Tout juste un an après le décès d'une étudiante à New Delhi, les manifestants ont investi en grand nombre les rues de Calcutta-Kolkata, la mégalopole de l'Est du pays. La jeune fille de 16 ans s'était immolée, le 23 décembre 2013, deux mois après avoir été violée "en réunion". Elle a succombé à ses brulures le dernier jour de l'année 2013.

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C'est une histoire triste à pleurer, de celle qui ne devrait pas accompagner une nouvelle année. L'histoire d'une famille indienne pauvre, dont le "chef" de famille est chauffeur de taxi, et qui décide, en juillet 2013, pour améliorer la condition de vie des siens de s'exiler de sa ville natale de Bihar, pour gagner Kolkata (on disait Calcutta du temps de la colonisation britannique), 500 kms plus à l'Est. Et se fondre parmi les 16 millions d'habitants de la mégalopole.

Fin octobre, tout bascule, avec le viol de leur fille de 16 ans, par un gang, à quelques mètres de leur nouveau domicile. Au crime s'ajoute la honte inversée, le harcèlement des criminels et de leurs alliés qui persécutent à coup de menaces et d'injures leur victime et sa famille.

La famille déménage. Mais la jeune fille ne peut surmonter l'opprobre, et le 23 décembre 2013, elle se transforme en torche, alors que l'Inde s'apprête à commémorer le premier "anniversaire" de la mort et du viol collectif d'une étudiante de New Delhi, le 28 décembre 2012, dans un autobus de la capitale. Des manifestations monstres (jusqu'aux émeutes) avaient suivi, les associations féministes s'étaient mobilisées, des lois avaient été votées pour renforcer protection des femmes et sanctions des coupables, des moyens de lutte citoyens organisés y compris par l'humour.

En vain, semble-t-il dans ce qu'il convient d'appeler toujours la plus grande démocratie du monde. Une femme y est violée toutes les vingt minutes... En toute impunité et avec la complicité passive de la police.
Deux Une indiennes du 3 janvier 2013 : The Hindu titre “Une année après New Delhi, un viol au Bengale attise de plus belle la colère“, tandis que le Telegraph, le plus grand quotidien de Kolkata, remarque que la victime est “brutalisée jusque dans la mort“ et que “les langues ne cessent d'être blessantes“, en raison des bagarres qui ont émaillé la marche funèbre.
Deux Une indiennes du 3 janvier 2013 : The Hindu titre “Une année après New Delhi, un viol au Bengale attise de plus belle la colère“, tandis que le Telegraph, le plus grand quotidien de Kolkata, remarque que la victime est “brutalisée jusque dans la mort“ et que “les langues ne cessent d'être blessantes“, en raison des bagarres qui ont émaillé la marche funèbre.

Indignation et accusations contre les autorités et la police

03.01.2014récit Sandrine Gomes
La population, des élus et les associations s'élèvent contre la complicité de la police avec les violeurs de l'adolescente qui a fini par se suicider. Malgré la loi qui renforce la protection et l'attention aux crimes sexuels depuis le printemps dernier, l'impunité des criminels reste de rigueur.
Viols et manifestations en Inde, l'éternel recommencement

Notre dossier sur l'Inde face à la recrudescence de viols