Afrique

Accalmie à Madagascar après des affrontements entre policiers et manifestants

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©TV5MONDE / Commentaire : J. Muntzer - Images : S. Testud - Montage : J. Jolivet

Le calme est revenu dimanche à Antananarivo, où une centaine d'opposants se sont rassemblés dans le calme sur une place emblématique, au lendemain d'affrontements avec les forces de l'ordre qui ont fait deux morts et 16 blessés, selon un nouveau bilan hospitalier.

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Une manifestation interdite d'opposants, dénonçant de nouvelles lois électorales qu'ils accusent de favoriser le pouvoir à quelques mois des élections législatives et présidentielle, a dégénéré samedi 21 avril 2018 en affrontements avec les forces de sécurité.

Les victimes ont été touchées lorsque la foule a débordé les policiers et militaires déployés, à l'issue d'un face à face tendu de trois heures sur la place du 13 mai, lieu historique de toutes les grandes manifestations dans la capitale. Les forces de l'ordre avaient auparavant tiré des gaz lacrymogènes contre les manifestants, qui avaient répliqué en lançant des pierres.

"Parmi les blessés admis hier, nous en avons un qui vient de décéder aujourd'hui, ce qui amène à deux le nombre de décédés", a déclaré Olivat Alison Aimée Rakoto, chef de l'hôpital HJRA d'Antananarivo, dimanche à l'AFP. L'opposition pour sa part a fait état samedi de quatre morts, tués par balle. 

Hommage aux morts et appels à la démission

Dimanche 22 avril 2018, plusieurs dizaines de soldats ont bouclé l'accès à la place dans la matinée, avant de se retirer, laissant place aux opposants, a constaté un correspondant de l'AFP.  "Je veux rendre hommage aux personnes qui ont été tuées ici hier", a expliqué Nirina, une manifestante. "Et je suis venue pour demander à nos dirigeants de démissionner".

La manifestation avait été interdite par les autorités, mais l'opposition avait appelé à la maintenir pour dénoncer l'adoption récente de lois électorales controversées. Elle était organisée dans un climat politique délétère où l'opposition accuse le régime du président Hery Rajaonarimampianina de vouloir la museler, à quelques mois des élections présidentielle et législatives prévues pour la toute fin de l'année.
 
J'ai vécu les différents régimes successifs à Madagascar mais celui d'aujourd'hui est le plus mauvais.Aimé Abel Jocelyn, opposant

"On ne s'arrêtera plus. Maintenant, il y a des morts par balles réelles, il y a des blessés à l'hôpital, il y a des enfants en réanimation", a dénoncé devant la presse une députée du parti de l'opposition TIM, Hanitriniaina Razafimanantsoa.

Ouverture d'une enquête sur les décès

Le Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana a présenté samedi soir au nom des autorités ses condoléances aux familles des victimes "face à la triste situation".
Il a promis l'ouverture d'une enquête pour faire la lumière sur l'origine des décès et lancé un appel au calme.
 
Il faut maintenant supprimer de nos habitudes la recherche de solution par la violence. Je lance un appel à la population malgache à l'apaisement.Olivier Mahafaly Solonandrasana, le Premier ministre malgache

Le président malgache Hery Rajaonarimampianina se trouvait en déplacement à l'étranger, selon ses services, au moment des faits. "Le message pour le président qui est à l'étranger, c'est que ce serait bien qu'il reste là où il est", a affirmé Mme Razafimanantsoa.

"Un coup d'Etat", selon le président malgache 

Rentré au pays, le chef de l'Etat a appelé à la télévision et sur Facebook "tous les Malgaches au calme". "Madagascar respecte l'État de droit", a-t-il poursuivi, "alors je mets en garde les fauteurs de trouble et ceux qui insistent à la haine et aux affrontements, en quête d'un bain de sang ou de perte en vie humaine".

Nous respectons la démocratie. Mais ce qui s'est produit samedi dernier n'est rien d'autre qu'un coup d'État.Le président malgache Hery Rajaonarimampianina

Le chef de l'Etat a également demandé aux journalistes de ne pas devenir "un outil de provocation, ni d'inciter le peuple à la rébellion".

Elu en 2013, Hery Rajaonarimampianina n'a pas encore annoncé s'il allait briguer un second mandat. En revanche, deux anciens chefs de l'Etat ont déjà laissé entendre qu'ils se présenteraient: Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et Andry Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014. Tous les deux avaient été interdits de candidature en 2013.

Appels au calme de la commaunauté internationale

Les ambassadeurs de l'Union européenne et de la France ont appelé "tous les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité et de retenue et à privilégier le dialogue", rappelant sa position "en faveur d'élections présidentielles en 2018, crédibles, transparentes et inclusives", dans un communiqué commun.
                          
L'Union africaine a également appelé "au calme, à la retenue et à la responsabilité". "Madagascar n'a pas besoin de replonger dans une situation difficile à quelques mois des élections",  a souligné Ahmed Youssouf Hawa, représentante spéciale de l'UA à Madagascar.