Affaire Amira Bouraoui : la France répond à la colère de l'Algérie

Paris entend continuer à approfondir ses relations avec Alger malgré les frictions liées au retour en France de la franco-algérienne Amira Bouraoui qui devait être expulsée vers l'Algérie via la Tunisie. L'affaire a provoqué le rappel de l'ambassadeur algérien.

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E. Macron et A. Tebboune le 27 août 2022 à Alger
Les président français et algérien, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune à Alger le 27 août 2022.
© Ludovic Marin, Pool via AP
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Arrêtée en Tunisie vendredi d'où elle risquait d'être expulsée vers l'Algérie, la militante politique et journaliste Amira Bouraoui, a finalement pu embarquer lundi soir sur un vol à destination de la France.

Alger a jugé qu'il s'agissait d'une "exfiltration illégale" et a rappelé son ambassadeur "pour consultations". Cette Franco-algérienne faisait l'objet d'une interdiction de sortie du territoire en Algérie. 

Interrogé sur le fait que cette affaire était susceptible de dégrader les relations bilatérales, François Delmas, porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré: "pour notre part, nous entendons continuer à travailler à l'approfondissement de notre relation bilatérale". Il s'est en revanche refusé à tout commentaire sur le rappel de l'ambassadeur algérien, "une décision algérienne qu'il ne m'appartient pas de commenter".

"Situation individuelle"

Il n'a pas non plus voulu faire de commentaires "sur cette situation individuelle" mais a tenu à rappeler qu'Amira Bouraoui était "une ressortissante française et qu'à ce titre, les autorités françaises exercent leur protection consulaire". "Il s'agit d'une procédure qui ne ressort d'aucune manière de l'ordinaire", a-t-il également réagi.

Il n'a pas non plus voulu répondre à la possibilité que cette affaire remette en question la visite du président algérien Abdelmadjid Tebboune programmée pour le mois de mai.

Situation "préoccupante"

La situation des droits de l'Homme en Algérie devient "plus que jamais préoccupante", avec des "violations manifestes des droits et libertés fondamentaux", ont estimé fin janvier trois ONG de défense des droits de l'Homme.
La Ligue des droits de l'Homme (LDH), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénoncent dans un texte conjoint la restriction des libertés fondamentales depuis le mouvement du Hirak en 2019, aggravées selon elles par la politique de lutte contre l'épidémie de Covid en 2021.
Les ONG dénoncent la "répression" contre toutes les opinions opposées au régime, notamment sur les réseaux sociaux, "sans oublier la mise en détention, au prix d'allégations fallacieuses ou arbitraires, de journalistes, d'avocats, de syndicalistes et de défenseurs des droits humains".
Les signataires rappellent aux autorités algériennes "leurs obligations, en tant qu'Etat partie, dans le respect des droits humains contenus dans les conventions et traités internationaux que l'Algérie a signés et ratifiés".
Ils évoquent en particulier le cas du directeur de la station algérienne Radio M et du site d'information Maghreb Emergent, Ihsane El Kadi, interpellé fin décembre. 
Plusieurs médias ont également été fermés ces derniers mois, officiellement pour des motifs économiques. La Ligue algérienne de défense des droits de l'homme a été également éét dissoute. Les deux principaux dirigeants de l'ONG de défense des droits humains ont pris le chemin de l'exil.

Après un grave coup de froid à l'automne 2021, Paris et Alger avaient scellé un réchauffement de leurs relations à l'occasion d'un déplacement du président français Emmanuel Macron à Alger en août dernier. 

Les deux chefs d'Etat avaient signé en grande pompe une déclaration commune pour relancer la coopération bilatérale.