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Affaire Drareni : le président Tebboune accuse Reporters Sans Frontières de "saper la stabilité du pays"

Devant le palais de justice d'Alger manifestation pour la libération de Khaled Drareni le 15 septembre 2020.
Devant le palais de justice d'Alger manifestation pour la libération de Khaled Drareni le 15 septembre 2020.
© AP photo/Toufik Doudou

L'Algérie est "ciblée" par des ONG qui tentent de "saper la stabilité du pays", a déclaré Abdelmadjid Tebboune dimanche 20 septembre lors d'une rencontre avec deux représentants de la presse écrite algérienne à la télévision. Le président algérien a encore une fois remis en cause le statut de journaliste de Khaled Drareni dénonçant la campagne de solidarité en sa faveur.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accusé Reporters sans Frontières (RSF), qui a lancé un mouvement de solidarité internationale pour son correspondant emprisonné Khaled Drareni, de vouloir "déstabiliser" l'Algérie. L'ONG juge cette attaque "à côté de la plaque".

"Les Etats ne nous attaquent pas frontalement mais chargent des organisations non gouvernementales de cette mission", a ajouté le président Tebboune, interrogé sur le sort du journaliste Khaled Drareni, fondateur du site d'information en ligne Casbah Tribune et correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision francophone TV5MONDE et RSF.

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Devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, M. Drareni, 40 ans, a été condamné en appel le 15 septembre à deux ans de prison ferme pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale". Ce verdict a soulevé l'indignation et de vives protestations en Algérie et au-delà.

En visant Robert Ménard - ancien secrétaire général de RSF qui a quitté l'organisme en 2008, M. Tebboune a affirmé que si RSF comptait "des journalistes respectables", il était toutefois "inadmissible de nommer un fils de colon qui tente à chaque fois de donner des leçons aux Algériens, d'où l'importance d'enquêter sur les fondateurs de ces organisations ainsi que sur les modalités de leur financement". M. Ménard est aujourd'hui maire de Béziers, en France, soutenu par le Rassemblement national.

"Ces attaques sont complètement à côté de la plaque", a réagi auprès de l'AFP le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, rappelant que Robert Ménard "n'a aucune influence sur l'organisation".

"Ce sont évidemment des accusations mensongères et dérisoires" qui "visent à camoufler au fond sa difficulté à défendre des violations de la liberté de la presse qui sont absolument évidentes pour des millions d'Algériens", a déclaré M. Deloire."On procède en Algérie comme on procède ailleurs, sur la base de principes qu'on défend partout, y compris en France", a-t-il rajouté.

(RE)voir : Liberté de la presse : "Khaled Drareni est unanimement reconnu comme journaliste, sauf par les juges algériens"

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Le président algérien a par ailleurs assuré qu'"aucune personne n'est incarcérée [en Algérie] pour un article qu'elle a rédigé". "Nous interdisons les injures et les atteintes aux affaires relevant de la sécurité de l'Etat", a-t-il, toutefois, nuancé.

Selon M. Tebboune, Khaled Drareni - dont il n'a jamais mentionné le nom durant l'entretien - a été condamné parce qu'il est "impliqué dans une affaire n'ayant aucune relation avec la presse".

Détenu depuis le 29 mars, Khaled Drareni a été arrêté après avoir couvert le 7 mars à Alger une manifestation d'étudiants, dans le cadre du "Hirak", mouvement de contestation pacifique né en février 2019 réclamant un profond changement à la tête de l'État depuis l'indépendance en 1962.

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Khaled Drareni est aussi accusé d'avoir critiqué sur Facebook "la corruption et l'argent" du système politique, selon RSF.

Le ministre algérien de la Communication Ammar Belhimer reproche au journaliste d'avoir travaillé sans carte de presse professionnelle et d'être à la solde "d'ambassades étrangères".

"Son maintien en détention est la preuve d'un enfermement du régime dans une logique de répression absurde, injuste et violente", a dénoncé le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, après la condamnation en appel du journaliste.

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.