Afrique du Sud: l'ANC dit vouloir former un gouvernement d'union nationale

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Un meeting de l'ANC à Johannesburg, le 25 mai 2024 en Afrique du Sud

Un meeting de l'ANC à Johannesburg, le 25 mai 2024 en Afrique du Sud

AFP/Archives
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L'ANC, qui reste le plus important parti sud-africain en dépit de son revers électoral aux législatives la semaine dernière, a indiqué mercredi discuter avec divers partis d'opposition pour former un gouvernement d'union nationale.

Au pouvoir depuis la fin de l'apartheid, le Congrès national africain (ANC) a, avec 159 députés sur 400 (contre 230 dans le Parlement sortant), perdu sa majorité au parlement.

Ces résultats "montrent que les Sud-Africains veulent que tous les partis travaillent ensemble", a déclaré sa porte-parole Mahlengi Bhengu-Motsiri.

L'ANC a tenu des "pourparlers exploratoires" avec plusieurs formations aux programmes radicalement différents, entre l'Alliance démocratique (DA, centre libéral), premier parti d'opposition, et les Combattants pour la liberté économie (EFF, gauche radicale), quatrième force politique, a-t-elle précisé.

Le parti, qui dirige le pays depuis l'élection de Nelson Mandela en 1994, veut "œuvrer à construire un consensus national sur la forme de gouvernement la plus adaptée", a-t-elle ajouté lors d'un point-presse.

La piste d'un gouvernement de coalition comme l'option d'un gouvernement minoritaire --deux scénarios démocratiques totalement inédits après trente ans d'hégémonie du parti fossoyeur de l'apartheid-- sont sur la table.

Mais le parti envisage "un gouvernement d'unité nationale" dont la composition finale dépendra des "négociations en cours", a-t-elle ajouté.

Nouvelle Assemblée nationale sudafricaine

Composition de l'Assemblée nationale d'Afrique du Sud, chambre basse du Parlement, après les élections du 29 mai

AFP

Mardi, les principaux dirigeants du parti se sont réunis et jeudi, son tout-puissant Comité exécutif national (NEC), composé de quelque 80 membres, se retrouve à huis clos toute la journée dans un hôtel près de Johannesburg.

Une majorité de ses membres soutient le président Cyril Ramaphosa mais certaines factions plus conservatrices, à la gauche du mouvement, pourraient créer des tiraillements.

Et notamment refuser toute alliance avec la DA, un parti libéral sur le plan économique, qui s'oppose à la discrimination positive à l'égard des Noirs et critique régulièrement les programmes sociaux de l'ANC qui pèsent lourd sur le budget de l'Etat. Et qui reste souvent perçu comme un parti de Blancs.

Calendrier serré

L'ANC affiche sans doute l'idée d'un large front tous partis confondus pour apaiser certains de ses cadres, souligne le politologue Daniel Silke. "Ils ont besoin de diluer l'idée d'un accord plus étroit avec la DA car certains ne trouveraient pas cela à leur goût".

Le président sud-afracain Cyril Ramaphosa, le 25 mai 2024 à Johannesburg

Le président sud-afracain Cyril Ramaphosa, le 25 mai 2024 à Johannesburg

AFP/Archives

L'ANC "avance ses premiers pions", renchérit sa consoeur Susan Booysen. "S'ils reviennent un peu plus tard avec une coalition plus serrée, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas avoir essayé de tenter d'autres options".

"Ca remue pas mal au sein de l'ANC, l'idée d'un accord limité avec la DA passe mal, voire suscite un tollé", ajoute-t-elle.

L'ANC, au fonctionnement collectif hérité de son passé de mouvement de libération, veut assurer une transition stable. Et son très populaire président, Cyril Ramaphosa, stratège redoutable sous ses apparences bonhommes, devra convaincre à la fois son parti et ses futurs alliés en négociant serré sur les contreparties attendues par ces derniers.

"Nous avons rencontré tous les partis désireux d'apporter des idées sur la façon dont nous pouvons collectivement faire avancer notre pays" et pour "sortir de l'actuelle potentielle impasse électorale", a avancé la porte-parole de l'ANC.

L'ancien président sud-africain Jacob Zuma au Centre national des résultats de la Commission électorale à Midrand, le 1er juin 2024

L'ancien président sud-africain Jacob Zuma au Centre national des résultats de la Commission électorale à Midrand, le 1er juin 2024

AFP

Le parti au pouvoir a également contacté "à plusieurs reprises" l'uMkhonto weSizwe (MK) de l'ancien président renégat Jacob Zuma, devenu la troisième force du pays, mais n'a reçu "aucune réponse".

Le MK a rejeté les résultats des élections et menacé de boycotter le Parlement. Il a aussi fait savoir qu'il ne discuterait pas avec l'ANC, tant que M. Ramaphosa serait à sa tête.

La Constitution prévoit que le nouveau Parlement siège dans les 14 jours qui suivent la proclamation des résultats, pour élire le président, soit d'ici une dizaine de jours.

Cyril Ramaphosa devrait rester chef d'Etat, selon tous les pronostics. Reste à déterminer avec quel type de gouvernement et quelles alliances.