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Afrique du Sud : quelle ANC après Jacob Zuma ?

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Les 6000 délégués de l'ANC se réunissent du 16 au 20 décembre pour élire leur nouveau chef. C'est lui, ou elle, qui représentera le parti majoritaire aux élections générales de 2019.

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A quelques heures de l'ouverture du congrès de l'ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir, les grands favoris à la succession de l'actuel président du parti majoritaire et chef de l'Etat Jacob Zuma restent son vice-président et son ex-épouse. Ils devront s'imposer dans un climat de tension, nourri d'accusations de corruption, à deux anx d'élections générales qui s'annoncent délicates

Un duel serré

La course pour la présidence de l'ANC se résume à un duel serré entre l'actuel vice-président Cyril Ramaphosa et l'ex-épouse du chef de l'Etat, Nkosazana Dlamini Zuma. Le vainqueur se retrouvera en bonne position pour devenir le prochain chef de l'Etat en 2019.

Nkosazana Dlamini-Zuma et Cyril Ramaphosa lors d'une conférence commune à Johannesburg le 5 juillet 2017.
Nkosazana Dlamini-Zuma et Cyril Ramaphosa lors d'une conférence commune à Johannesburg le 5 juillet 2017.
©AP/Themba Hadebe

L'ANC domine la vie politique sud-africaine depuis l'élection de Nelson Mandela en 1994, concrétisant la fin officielle du régime d'apartheid qu'il a combattu. Mais il est aujourd'hui profondément divisé et en perte de vitesse, affaibli par un taux de chômage record à 27,7% et les multiples accusations de corruption qui visent Jacob Zuma.

Stopper le déclin de l'ANC

"On a perdu notre rôle de meneur de la société" sud-africaine, déplorait Cyril Ramaphosa juste avant l'ouverture de la conférence, à Johannesburg. La frustration de millions de Sud-Africains noirs - laissés-pour)-compte de la nation "arc-en-ciel" - est telle que l'ANC pourrait perdre en 2019 la majorité absolue qu'il détient depuis 1994.

Les municipales en 2016 ont déjà servi d'avertissement à l'ANC : le parti a perdu Pretoria et Johannesburg, respectivement capitales politique et économique du pays. "Stoppons le déclin" de l'ANC, a lancé, en amont de la conférence, Frank Chikane, compagnon de lutte de Nelson Mandela.

Votes achetés

A 65 ans, Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste reconverti en richissime homme d'affaires, est soutenu par l'aile modérée du parti et très apprécié des marchés. Lors de sa campagne, il a dénoncé la corruption du clan Zuma. Ses détracteurs n'ont pas manqué de lui reprocher de ne pas avoir pris ses distances plus tôt avec le président.

Sa principale concurrente, Nkosazana Dlamini Zuma, ancienne ministre et patronne de l'Union africaine (UA), insiste sur la "transformation radicale de l'économie" au profit de la majorité noire. Un thème cher à Jacob Zuma. A 68 ans, elle a toutefois du mal à ne pas apparaître comme une "marionnette" de son "ex", selon Ben Payton, chercheur à Risk Brief. Ses détracteurs la soupçonnent d'avoir promis l'immunité judiciaire à Jacob Zuma, le père de ses quatre enfants.

<p>Le président Jacob Zuma lors d'une conférence de presse à Pretoria, le 24 novembre 2017 .</p>

Le président Jacob Zuma lors d'une conférence de presse à Pretoria, le 24 novembre 2017 .

©AP/Themba Hadebe

Cyril Ramaphosa se présente à la conférence du parti avec une petite longueur d'avance sur Dlamini Zuma en termes de nominations par les branches locales du parti. Une avance qui reste très théorique, car les délégués du parti peuvent voter comme bon leur semble.

A l'approche du vote, les rumeurs de corruption vont bon train. "C'est un secret de polichinelle que les votes peuvent être achetés", explique Amanda Gows, professeur de sciences politiques à l'université de Stellenbosch, même si le porte-parole du parti, Zizi Kodwa, l'assure : "Nous n'hésiterons pas à disqualifier des délégués de la conférence (...) l'indiscipline ne sera pas tolérée".

Menaces d'éclatement

Les élections dans les branches ont été entachées de nombreuses irrégularités et d'autant de contestations devant les tribunaux. L'hebdomadaire réputé Mail & Guardian conseille avec ironie aux délégués de l'ANC de s'armer pour la conférence d'un "kit de survie" avec "des tranquillisants pour gérer le stress d'avoir à refuser des pots-de-vin", "une passoire pour se protéger des chaises volantes" et "les livres des héros de l'ANC pour se rappeler ce que fut le parti".

Dans ce contexte nauséabond, Nkosazana Dlamini Zuma a appelé à la raison : l'élection du dirigeant de l'ANC "est un processus démocratique, il ne s'agit pas d'une bataille entre ennemis", a-t-elle assuré cette semaine. Les positions très éloignées des deux camps laissent pourtant planer, pour les experts, le risque d'un éclatement du parti. L'ANC espère cependant garder la face et éviter la rupture. "On souhaite sortir uni de ce congrès", a expliqué vendredi son secrétaire général, Gwede Mantashe.

Le scrutin à l'ANC marque la fin des deux quinquennats de Jacob Zuma à la tête du parti de feu Nelson Mandela. Son issue risque aussi de peser sur la suite de son mandat de chef de l'Etat, qui s'achève en 2019.

Si Cyril Ramaphosa devient le nouveau dirigeant du parti et ses proches décrochent des postes-clés, "cela lui donnerait les voix nécessaires pour remplacer Zuma" avant la fin de son mandat présidentiel, avance Ben Payton. En 2008, Thabo Mbeki, lâché par son parti, avait été contraint de démissionner de la présidence sud-africaine. L'artisan en coulisses de sa chute n'était autre que Jacob Zuma.