Afrique

Afrique : l'indice Mo Ibrahim est-il fiable ?

Évolution du degré de gouvernance en Afrique entre 2008 et 2017
Évolution du degré de gouvernance en Afrique entre 2008 et 2017
©TV5MONDE

Cette année encore, le rapport de bonne gouvernance en Afrique établi par la Fondation Mo Ibrahim montre l'évolution des dix dernières années sur le continent. Les 54 pays sont ainsi classés en fonction de leur développement économique, démographique, environnemental, les avancées politiques, l'éducation, la santé ou les droits humains... selon des critères bien spécifiques. Décryptage.

Que mesure cet indice ?


L'IIAG ou Indice Ibrahim de la Gouvernance Africaine permet de voir, grâce à des indicateurs établis par la fondation Mo Ibrahim l'évolution de la vie des Africains. Au total 100 indicateurs qui définissent la gouvernance globale. La méthodologie est toujours la même, quelque soit le pays. L'IIAG mesure les résultats et les conséquences concrètes des politiques entreprises par les gouvernements des 54 pays africains. Ce qui lui permet chaque année d'établir un classement des bons et des mauvais élèves. En 2018, les trois pays les plus performants en prenant en compte l'ensemble des indicateurs sont l'île Maurice (79,5 sur 100), les Seychelles (73,2 sur 100) et le Cap Vert (71,1 sur 100).

Le trio de tête du classement Mo Ibrahim 2018<br />
©TV5MONDE
Le trio de tête du classement Mo Ibrahim 2018
©TV5MONDE


Quels sont les indicateurs pris en compte ?


Les 100 indicateurs sont répartis en quatre grandes thématiques : sécurité et état de droit, participation et droits humains, développement économique durable et enfin développement humain. Concernant la sécurité par exemple, cela regroupe 26 indicateurs tels que l'indépendance de la justice, la corruption, les conflits armés internes ou les troubles sociaux. 26 critères également pour le développement humain de la qualité du système éducatif aux services soicaux en passant par accès au réseau sanitaire. C'est le développement économique durable qui regroupe le plus d'indicateurs, 29, comme la solidité des banques, la transparence des entreprises publiques, le soutien du système agricole ou encore l'état des diverses infrastructures.
Ainsi, le Maroc est le pays qui progresse le plus pour l'ensemble du développement économique durable, avec +14,1 points. Enfin, pour ce qui est des droits humains, la fondation Mo Ibrahim a établi 19 critères comme la liberté d'expression, l'égalité entre les sexes ou les élections libres et transparentes. 

Mo Ibrahim en 2015
Mo Ibrahim en 2015
©AP/Abdeljalil Bounhar

Qui est Mo Ibrahim ?


Milliardaire soudanais qui a fait fortune dans les télécommunications, Mohamed dit "Mo" Ibrahim revend en 2005 sa société Celtel, créée en 1998, avant de monter en 2006 sa fondation, dont le siège est à Londres. Sa fondation se donne pour mission de promouvoir la bonne gouvernance en Afrique avec des critères toujours plus en lien avec le quotidien des Africains. Objectif : mettre en exergue des besoins des populations pas forcément privilégiés par les analyses statistiques plus conventionnelles.

A travers sa fondation, Mo Ibrahim veut changer l'Afrique et ses élites. Une fondation d'influence plutôt que d'humanitaire auquel le milliardaire ne croit pas. Sa Fondation octroie ponctuellement un prix doté de 5 millions de dollars et une rente de 200 000 dollars par an à vie à un chef d'État africain ayant quitté le pouvoir et qui a fait preuve d'une bonne gouvernance. Le dernier gouvernant à avoir reçu le prix Mo Ibrahim est l'ancienne présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, également prix Nobel de la paix en 2011.

Trop de gouvernements ont échoué à convertir la croissance économique de leur pays en développement économique durable pour leurs concitoyensRapport Mo Ibrahim 2108

Quels sont les chiffres les plus notables ?


Si la gouvernance en Afrique est en lente amélioration sur les dix dernières années, avec un recul concernant la sécurité et l'Etat de droit, le rapport souligne les les nets progrès enregistrés par le Kenya (passé du 19e au 11e rang du classement global), le Maroc (de 25 à 15) et surtout la Côte d'Ivoire (de 41 à 22). Ce pays d'Afrique de l'ouest est aussi celui qui connait la plus grande progression en matière de gouvernance : soit +12,7 points entre 2008 et 2017.

Malgré une très mauvaise image à l'étranger, le Zimbabwe tire son épingle du jeu avec une amélioration de 10,8 points. Enfin le Maroc, locomative des pays d'Afrique du Nord, progresse de 7,3 points et gagne 10 rangs dans le classement global.
En revanche, la Libye a connu sur une décennie la plus grande détérioration avec 15,6 points en moins dans le classement global de la bonne gouvernance. Le pays traverse en effet depuis des années une situation, tant sécuritaire qu'humanitaire, chaotique. Elle reste néanmoins devant le Soudan du Sud et la Somalie, derniers au classement.
 
Meilleure progression 2008-2017 sur 100 points d'indice Mo Ibrahim<br />
©TV5MONDE
Meilleure progression 2008-2017 sur 100 points d'indice Mo Ibrahim
©TV5MONDE
 

Quelle méthodologie ?


On l'a vu la méthodologie est la même pour les 54 pays. Depuis 2007, les équipes qui établissent le classement prennent en compte une trentaine de sources comme la Banque africaine de développement, le Comité de l'ONU pour les réfugiés, l'UNICEF, l'OMS, l'ONUSIDA, Reporters sans frontières, la Banque Mondialde ou encore les enquêtes d'opinions Afrobaromètre (projet de recherche indépendant et panafricain).

Au total 150 000 données analysées par la Fondation Mo Ibrahim qui se veut totalement transparente : chacune des données traitées dans ses rapports annuels sont vérifiables sur son site internet.