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Algérie : Amnesty appelle à la libération d'Abdellah Benaoum

Manifestation du Hirak à Alger le 17 janvier 2020.
Manifestation du Hirak à Alger le 17 janvier 2020.
© AP Photo/Toufik Doudou

Amnesty International demande la libération d'Abdellah Benaoum, militant des droits humains ayant activement participé aux manifestations du Hirak. L'homme, qui a eu 55 ans le 9 septembre, souffre de graves problèmes cardiaques. Il a été emprisonné en décembre 2019 pour des publications sur Facebook.

Amnesty estime que la vie de ce militant "est en danger" et qu’il "a besoin de toute urgence d'une opération du coeur"

L’ONG appelle à "l'abandon de toutes les charges" pesant sur M. Benaoum et à sa libération "immédiatement et sans condition car il est détenu uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression".

Abdellah Benaoum est poursuivi, entre autres, pour "délit de possession et diffusion de vidéos visant à porter atteinte au moral des troupes, à la sécurité de l'Etat, à l'unité et à l'intégrité de la Nation, outrage à corps constitué et incitation aux attroupements", selon le parquet.

Abdellah Benaoum - Capture d'écran Amnesty
Abdellah Benaoum - Capture d'écran Amnesty

Dans un communiqué diffusé le 4 octobre, le parquet général de Relizane (près d'Oran) avait affirmé que M. Benaoum était "sous surveillance médicale continue depuis son transfert à Oran le 30 juin", à la demande du médecin et "pour réaliser une échocardiographie". "On a tenté à six reprises de le transférer à l'hôpital, mais il a toujours refusé", selon le parquet.

Reporté à plusieurs reprises, le procès de M. Benaoum devrait avoir lieu le 27 octobre à Relizane.

Parmi les griefs retenus contre lui : "atteinte au moral de l’armée", "atteinte à l’unité nationale" et "incitation à attroupement non armé". Son procès a été programmé en juillet dernier avant d’être reporté à septembre. Malgré le mauvais état de santé de Benaoum, le juge chargé de son dossier a refusé de le remettre en liberté, invoquant la gravité des chefs d’inculpation, selon Human Rights Watch qui a contacté son avocat Abdarrahmane Laskar.
 

Plusieurs peines de prison et grève de la faim

Lorsque le procès s’est ouvert le 16 juillet devant un tribunal de Relizane, le juge a accédé à la demande de Benaoum de passer un examen médical, lequel a permis de déterminer qu’il n’était pas en état d’être jugé, toujours selon son avocat, Abdarrahmane Laskar. Le juge a accepté de reporter le procès mais pas de remettre Benaoum en liberté provisoire, décision qu’il a confirmée le 2 septembre.

Le 1er octobre, son avocat, Me Mohamed Kerma, a fait savoir via les réseaux sociaux qu'il avait tenté "de voir Abdellah Benaoum cet après-midi à la prison d’Oran. Après une heure et demie d’attente, le gardien est revenu pour m’informer qu’il refusait de se présenter en raison de son état de santé". Selon d’autres témoignages, la mère du détenu a eu la même réponse.

Abdellah Benaoum avait déjà été emprisonné avant cette affaire pour ses écrits et ses activités militantes. En avril 2018, il a été condamné à deux ans de prison ferme pour "outrage au président de la République", à l'époque où Abdelaziz Bouteflika était encore au pouvoir.

Benaoum avait été remis en liberté le 3 juin 2019. Il venait de subir 14 mois de prison et une longue et éprouvante grève de la faim qui a failli lui être fatale.

Les autorités l'ont de nouveau arrêté le 9 décembre 2019, trois jours avant l’élection présidentielle, dont les manifestants déclaraient souhaiter le report jusqu’à l’adoption de réformes démocratiques. La police a effectué une perquisition à son domicile et saisi son ordinateur et son téléphone portables, dont elle a inspecté les contenus.

Le dossier à charge instruit contre Benaoum contient essentiellement des reproductions d’affichages effectués par lui sur Facebook de septembre à décembre 2019, dans lesquels il dénonçait les personnes au pouvoir et encourageait à boycotter les élections prévues à l’époque, a affirmé son avocat, Abdarrahmane Laskar, à Human Rights Watch.

Les autorités ciblent depuis des mois militants, opposants politiques, journalistes et internautes, multipliant interpellations, poursuites judiciaires et condamnations alors que les manifestations du "Hirak" ont été suspendues par la crise sanitaire.

Selon un décompte du Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien, quelque 70 détenus du "Hirak" sont actuellement incarcérés, la plupart pour des publications sur Facebook.

Notre correspondant en Algérie, Khaled Drareni, a lui été condamné en appel à deux ans de prison ferme le 15 septembre dernier pour "incitation à attroupement non autorisé" et "atteinte à l'unité nationale".