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Algérie : Dans les Aurès, la silicose fait une centaine de morts

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(C) TV5MONDE - Commentaire : Lynda Zerouk Images : Kamel Zaït

Pendant longtemps, on l'a appelée "la maladie du mineur". Une pathologie pulmonaire provoquée par l'inhalation de poussière de silice ou de charbon. Dans les Aurès, en Algérie, les carrières de pierre sont une des principales activités économiques. Et la silicose, une des principales maladies professionnelles qui a déjà fait près de 200 morts, dont un jeune de 19 ans, originaire de Tkout, il y a quelques mois.

 

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Une véritable hécatombe. Une centaine de victimes de la silicose repose dans le cimetière du village de Tkout. Il y a quelques mois, Messaouda Ben Khelouf
a perdu son fils. Il avait seulement 19 ans. La maladie l'a emporté, faute de prise en charge médicale adéquate.
 

"Je l'ai supplié d'arrêter ce travail, mais il disait qu'il n'avait pas d' autre choix pour nous nourrir."
Messaouda Ben Khelouf

"Il a travaillé dans la taille de pierre pendant des années, quand je l'entendais tousser,
je lui demandais d'aller voir un médecin
, se rappelle Messaouda Ben Khelouf, aujourd'hui assise sur la tombe de son fils défunt Houssam Guerbaii. Il me disait qu'il n'a pas le temps et qu'il devait travailler, et il n'a rien fait." "Je l'ai supplié d'arrêter ce travail, poursuit-elle, mais il disait qu'il n'avait pas d' autre choix pour nous nourrir.
Il a continué à faire ce qu'il devait faire jusqu'à ce que la pierre l'emporte."


La silicose est une maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de poussière silice dans les mines, dans les carrières, les percements de tunnel, ou encore dans les chantiers du BTP comme par exemple, lorsque les ouvriers taillent ou découpent des pierres silieuses. La maladie se manifeste après 10 à 30 ans d'exposition.
Elle provoque une dégradation progressive et irréversible des capacités respiratoires, à cause des inflammations chroniques et de la multiplication des tissus cicatriciels sur les poumons. C'est ce qu'on appelle la fibrose pulmonaire. Elle entraîne une altération du fonctionnement des poumons, détruire les alvéoles et provoquer une inflammation chronique.
 


Près de 200 morts dans la région


Au total, 130 personnes sont décédées de cette maladie dans le village de Tkout et près de 200 dans l'ensemble région depuis les années 200. Face à ce bilan qui ne cesse de s'alourdir, une véritable solidarité est née entre les habitants. Certains ont arrété de travailler pour s'engager. C'est le cas d'Abdelwahab Yezzi : "en tant que personne atteinte de cette maladie, j'ai décidé d'adhérer à l'association, il y avec nous des veuves et même des orphelins, nous sommes les mieux placés pour savoir ce qu'endurent les victimes de cette maladie et les familles des gens qui sont morts à cause de la silicose."  
 
J'ai été atteint de la silicose en 2006 mais je continue à faire ce métier car je n'ai pas le choix.
Khaled Othmani, malade atteint de la silicose

Mais tous ne sont pas comme Adelwahab. Khaled Othmani a lui aussi contracté la silicose mais il continue ce travail de forçat. Par crainte du chômage, il s'expose régulièrement à la poussière de silice.


"Je fais ce métier depuis 1999, explique Khaled Othmani. Et j'ai été atteint de la silicose en 2006 mais je continue à faire ce métier car je n'ai pas le choix.
j'ai cherché un travail partout... mais en vain."


En 2007, les autorités avaient promis d'ouvrir un hôpital, avec un service de pneumologie pour une meilleure prise en charge des malades. La promesse n'a jamais été tenu. A ce jour la région demeure l'éternelle oubliée des grands projets de développement du pays. Et la silicose continue ses ravages...