Afrique

France : la diaspora algérienne réagit à l’annonce de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie

Un manifestant brandi un drapeau de l'Algérie au milieu d'une foule réunie lors de la commémoration du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 commis par des membres de la police française. Paris, France - 17 octobre 2021.
Un manifestant brandi un drapeau de l'Algérie au milieu d'une foule réunie lors de la commémoration du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 commis par des membres de la police française. Paris, France - 17 octobre 2021.
AP/Christophe Ena

Emmanuel Macron sera en visite officielle en Algérie du 25 au 27 août. À la suite de cette annonce, une douzaine d'organisations de la diaspora algérienne exhorte le président français à "ne pas occulter" lors de son déplacement la question de la "dégradation" des droits humains dans ce pays. 

Le président français se rendra en visite officielle en Algérie du 25 au 27 août. Cette annonce a fait réagir des représentants du pays installés en France. 

Treize organisations - dont Debout l'Algérie, Action citoyenne pour l'Algérie, Groupe Algérie Droit Devant, le Collectif des Familles de disparus en Algérie ou la Coordination des Algériens du monde - ont envoyé à M. Macron cette lettre ouverte, dont l'AFP a eu connaissance dimanche.

Une visite dans le sillage du Hirak

Ces organisations disent "espérer" que cette visite "sera fructueuse pour les deux pays, fortement liés par l'histoire, la géographie, la culture, la langue et tous les échanges et partenariats tissés depuis l'indépendance", déclarent-elles dans la lettre ouverte.

"Monsieur le Président, il est néanmoins un sujet grave qui ne doit pas être occulté lors de cette visite: celui de l'état actuel des droits humains en Algérie", interpellent-elles.

"Près de dix mille arrestations suivies d'au moins un millier de détentions provisoires abusives en violation du code pénal sont à l'actif de ce régime depuis le début" des manifestations prodémocratie du Hirak (lancé en février 2019) qui ont ébranlé le pouvoir, dénoncent ces organisations.

les Algériens en France mais également les Franco-Algériens craignent des mesures de rétorsion dans leurs déplacements en Algérie et se trouvent ainsi limités dans leur liberté de circulation

Lettre ouverte de 13 organisations de la diaspora algérienne en France

"La réponse des autorités algériennes aux aspirations populaires a été une politique répressive inédite par sa stratégie de la terreur pour réduire au silence les populations en situation de rupture avec les tenants du système politique en place", selon la lettre.

Aujourd'hui, "les quelques acquis obtenus au prix de décennies de lutte et d'engagement citoyen (...) sur la liberté d'expression, d'organisation, de manifestation, de presse et de l'activité politique sont en net recul, voire en voie de disparition" et "toutes les formes d'expression en dehors de la ligne du pouvoir sont systématiquement réprimées", fustigent les organisations signataires.
 
Ce 2 avril 2021 des milliers d'Algérois manifestent non loin de la Grande poste pour réclamer plus de libertés démocratiques.
Ce 2 avril 2021 des milliers d'Algérois manifestent non loin de la Grande poste pour réclamer plus de libertés démocratiques.
AP Photo/ Fateh Guidoum, File

Une répression qui concerne aussi les Algériens installés à l’étranger

Elles notent que la "diaspora algérienne n'est pas épargnée en raison de son implication et de son soutien massif et continu au mouvement populaire", soulignant que les "Algériens en France mais également les Franco-Algériens craignent des mesures de rétorsion dans leurs déplacements en Algérie et se trouvent ainsi limités dans leur liberté de circulation".

Nous, organisations de la diaspora, fortement inquiètes de cette évolution très autoritaire du système politique algérien, avons le devoir de vous exprimer notre profonde préoccupation sur cette situation dangereuse des libertés fondamentales en Algérie sous le régime actuelLettre ouverte de 13 organisations de la diaspora algérienne en France

"Des voyageurs ayant comme seul tort d'avoir manifesté une opinion, ont été victimes d'arrestations et de décisions d'interdiction de sortie du territoire algérien. Des activistes, des militants politiques, des journalistes résidant sur le territoire français sont poursuivis par la justice algérienne et leurs familles résidentes en Algérie sont parfois inquiétées", fustigent ces organisations signataires.

"Monsieur le Président, vous ne pouvez cautionner cette dérive despotique du régime algérien", interpellent-elles. "Nous, organisations de la diaspora, fortement inquiètes de cette évolution très autoritaire du système politique algérien, avons le devoir de vous exprimer notre profonde préoccupation sur cette situation dangereuse des libertés fondamentales en Algérie sous le régime actuel", ajoutent-elles.

La charge mémorielle toujours au coeur des relations entre Paris et Alger 

La visite d'Emmanuel Macron intervient au terme d'une séquence chargée de symboles avec le 60e anniversaire des Accords d'Evian (18 mars 1962), qui mirent fin à plus de sept ans de guerre entre insurgés algériens et armée française, et de l'indépendance de l'Algérie (5 juillet 1962) après 132 ans de colonisation française.
 
Alger, 5 juillet 2022. Des enfants participent aux célébrations pour la commémoration du 60e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. 
Alger, 5 juillet 2022. Des enfants participent aux célébrations pour la commémoration du 60e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. 
Toufik Doudou / ASSOCIATED PRESS

Paris et Alger espèrent tourner la page d'une série de malentendus et tensions qui ont culminé avec le rappel de l'ambassadeur d'Algérie en octobre 2021 après des propos du président français sur le système "politico-militaire" algérien et la nation algérienne.