Afrique

Algérie : la presse nationale réagit aux libérations de détenus

La Une du site du quotidien algérien Liberté, le 20 février 2021, annoçant la libération de Khaled Drareni.
La Une du site du quotidien algérien Liberté, le 20 février 2021, annoçant la libération de Khaled Drareni.
Capture d'écran

À la suite du discours de jeudi soir du président Abdelmadjid Tebboune, les libérations se sont faites au compte-gouttes vendredi 19 février, comptant notamment celle du journaliste Khaled Drareni. La presse algérienne a bien évidemment informé de ces remises en liberté, non sans rappeler l’ « injustice » de ces détentions pendant plusieurs mois. 

« Les détenus d’opinion seront graciés mais si Zeghmati [NDLR : le ministre de la justice algérien] décide de les arrêter dans deux jours, bah j’y suis pour rien ». Le journal satirique El Manchar n’hésite pas à railler les annonces de grâce présidentielle, en faisant mine de "traduire" les arrières-pensées du président.

Le quotidien généraliste Liberté consacre son éditorial aux annonces du président algérien. "En décidant de gracier les détenus et d’annoncer la dissolution de l’Assemblée populaire nationale et un remaniement du gouvernementAbdelmadjid Tebboune vise, selon tout vraisemblance, à répondre à deux impératifs immédiats : redynamiser sa “feuille de route”, plombée par le fiasco du référendum sur la Constitution et tenter de dissuader le “Hirak” de reprendre les manifestations de rue", analyse le quotidien. 

 « Ces annonces interviennent à moins d’une semaine du deuxième anniversaire de l’insurrection citoyenne dont les autorités redoutent la reprise, comme en témoigne le déploiement sans commune mesure des services de sécurité à Alger » poursuit le quotidien.

Toutefois, ce sont bien 17 détenus, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), qui ont été libérés à travers le pays, le 19 février.

Liste des détenus d'opinion par wilaya, mise à jour le 19 Février 2021. 1/ Alger : Boudah Nabil Mustapha...

Publiée par Comité National pour la Libération des Détenus - CNLD sur Vendredi 19 février 2021


Parmi eux, le journaliste et correspondant de TV5 Monde, Khaled Drareni qui « a été relâché au bout d’un suspense qui a tenu en haleine les Algériennes et Algériens » rapporte le journal Algérie Part, « plusieurs sources judiciaires ont laissé planer le doute sur la libération du journaliste algérien en raison de l’absence d’un décret officiel [...]. Finalement, la raison a triomphé et Khaled Drareni a été inscrit sur la liste des détenus à libérer.» Le média en ligne n'hésite pas à qualifier la détention de Khaled Drareni d'« une des injustices les plus révoltantes dans les annales de la justice algérienne.»

Le journaliste Khaled Drareni a été remis en liberté ce vendredi soir à la suite de la grâce présidentielle décidée par...

Publiée par Algérie Part sur Vendredi 19 février 2021


Un avis partagé par plusieurs médias algériens comme l'exprime le Matin d’Algérie sans détour: «  Le journaliste Khaled Drareni a été l'un des détenus d'opinion qui aura subi les attaques en règle du ministre de la Communication Amar Belhimer. Droit dans ses bottes, ce dernier a nié l'existence de détenus d'opinion en Algérie. Et pourtant… »

L'activiste Rachid Nekkaz a lui aussi retrouvé sa liberté. Opposant politique, cet homme d’affaires avait tenté de rassembler les 60 000 parrainages en 2019 pour se déclarer à la présidentielle. Après avoir subi « l’une des pires détentions arbitraires [...] imposée par le régime algérien » selon Algérie Part depuis son incarcération du 4 décembre 2019 pour "incitation au meurtre" et "appel à un attroupement non armé", Rachid Nekkaz a quitté, affaibli, ce vendredi, la prison d'El Bayadh.

Voir aussi : Présidentielle en Algérie : qui est Rachid Nekkaz, celui qui veut faire tomber Bouteflika ?

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« D'autres détenus sont encore malheureusement en prison. Si le chef de l'Etat joint le geste à ses paroles, la décision de leur libération s'impose »

Le Matin d'Algérie

Le média Tout sur l'Algérie a aussi suivi les multiples libérations et notamment celle de l’activiste Dalila Touat. Cette enseignante avait été condamnée le 18 janvier à 18 mois de prison par le tribunal de Mostaganem pour « outrage à corps constitué, diffamations et publications portant atteinte à l’ordre public », selon le CNLD. Elle était aussi accusée d’avoir incité les citoyens à ne pas voter lors du référendum sur la Constitution le 1er novembre, toujours selon le CNLD.

La liste des détenus libérés reste pour le matin d'Algérie « non-exhaustive », qui n'oublie pas les « autres détenus » qui  « croupissent encore dans les prisons pour leurs opinions. ». « D'autres détenus sont encore malheureusement en prison. Si le chef de l'Etat joint le geste à ses paroles, la décision de leur libération s'impose », souligne Le Matin d'Algérie.