Algérie : les incendies meurtriers éteints

Les violents incendies qui ont ravagé le nord-est de l'Algérie sont éteints ce 26 juillet. Ils ont fait 34 morts et décimé des familles notamment près de Toudja, où 16 personnes ont été brûlées vives dans leur fuite.

Image
Algérie incendies

Des gens inspectent des voitures brûlées après les violents incendies à Bouira, à 100km d'Alger, en Algérie le 24 juillet 2023.

AP Photo
Partager2 minutes de lecture

Voitures et champs calcinés, magasins en cendres, la région montagneuse et boisée de Béjaïa a été l'une des plus touchées par ces feux qui se sont propagés sous l'effet de la sécheresse et de la canicule, par des températures montées par endroits jusqu'à 48 degrés. Des témoins ont décrit des langues de feu, se déclenchant soudainement "comme un chalumeau". 

A Tighremt, près de Béjaïa, Kamal Takmount regarde sa maison détruite. "Les dommages matériels sont inimaginables, ils se chiffrent à des millions de dinars, on a tout perdu en un clin d'oeil", dit-il.  Au total, 97 feux ont ravagé depuis dimanche une quinzaine de préfectures du nord-est du pays, surtout celles de Bouira, Jijel et Béjaïa. 34 personnes ont été tuées et de premiers enterrements ont eu lieu ce 26 juillet. "Tous les foyers sont éteints" et un dispositif de surveillance a été mis en place, annonce la Protection civile.

Un manque de moyens déploré

Près de Toudja, une localité de la Béjaïa bordant la Méditerranée, 16 personnes ont péri en tentant de quitter, souvent à pied, le village d'Ait Oussalah, dans la nuit de du 23 au 24 juillet. "À trois heures du matin, on nous a dit de prendre tous nos objets précieux à cause d'un gros incendie. De retour chez nous, il n'y a plus rien et pas un mouton n'a survécu", raconte Taous Timizar, un rescapé.

Nous avons utilisé des seaux en plastique remplis grâce au camion d'un bénévole et nous sommes montés dans la forêt pour lutter contre les flammes.

Mohammed Said Omal, volontaire

Au moins trois témoins déplorent des retards dans l'intervention des secours et un manque de moyens. "La population locale a joué un rôle crucial pour éviter l'extension de certains foyers. Nous avons utilisé des seaux en plastique remplis grâce au camion d'un bénévole et nous sommes montés dans la forêt pour lutter contre les flammes", témoigne Mohammed Said Omal, un des volontaires.

Selon les autorités, les incendies ont été maîtrisés grâce à une dizaine d'avions et d'hélicoptères bombardiers d'eau. Plus de 8 000 agents de la Protection civile et 525 camions ont été mobilisés. Une baisse des températures et de la force du vent ont aussi contribué à éteindre les feux.

Dix soldats sont morts quand leur détachement s'est retrouvé encerclé par les flammes lors de son évacuation de Beni Ksila, près de Béjaïa, en même temps que des habitants. Les incendies ont également fait plus de 80 blessés, dont 25 militaires, toujours près de Béjaïa.

Un phénomène récurrent

Chaque été, le nord et l'est de l'Algérie sont frappés par des feux de forêt, un phénomène qui s'accentue d'année en année sous l'effet du changement climatique, entraînant sécheresses et canicules.  Dans le nord-ouest de la Tunisie, près de Tabarka, des centaines d'habitants ont été évacués à cause d'incendies lundi. Les pompiers sont aussi intervenus mardi pour éteindre des feux à Bizerte, Siliana, Beja et Semmama.

En Algérie, plus de 1 500 personnes ont été évacuées et des stations balnéaires du littoral ont été détruites.   Le procureur général de Béjaïa a ordonné l'ouverture d'enquêtes sur les causes des incendies. Cinq arrestations ont eu lieu à Bouira et Skikda. En août 2022, de gigantesques incendies avaient fait 37 morts dans la région d'El Tarf, dans le nord-est. L'été 2021 avait été le plus meurtrier depuis des décennies: plus de 90 personnes avaient péri dans le nord, en particulier en Kabylie.

Pour éviter de telles tragédies, les autorités s'étaient dotées de bombardiers d'eau, dont six loués en Amérique du sud, et avaient aménagé des aires d'atterrissage pour les hélicoptères.  Le site d'information TSA s'est toutefois interrogé sur un manque persistant de bombardiers d'eau, une faible protection des villages en lisière de forêts et des problèmes de "déforestation" et d'urbanisation anarchique.