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Assassinat d'un leader étudiant au Burkina en 1990: 10 à 30 ans de prison pour les trois accusés

Le général Gilbert Diendéré, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou
Le général Gilbert Diendéré, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou
afp.com - OLYMPIA DE MAISMONT
Capture d'image du colonel Mamadou Bamba lors d'un message télévisé, le 17 septembre 2015 à Ouagadougou, au Burkina Faso
Capture d'image du colonel Mamadou Bamba lors d'un message télévisé, le 17 septembre 2015 à Ouagadougou, au Burkina Faso
afp.com - ISSOUF SANOGO

Le tribunal de grande instance de Ouagadougou a condamné, dans la nuit de mercredi à jeudi, à des peines allant de 10 à 30 ans de prison trois accusés, dont le général Gilbert Diendéré, dans le procès de l'assassinat en 1990 du leader syndical étudiant Boukary Dabo.

Leader de l'Association nationale des étudiants burkinabè dans les années 1990, à la pointe des manifestations contre le président d'alors, Blaise Compaoré, Boukary Dabo, étudiant en 7e année de médecine, avait été enlevé le 19 mai 1990 par des hommes armés.

Il avait ensuite été conduit dans les locaux du Conseil de l'Entente, premier camp de l'ex-régiment de sécurité présidentielle, où il a été torturé à mort, puis inhumé à Pô, à 150 km de la capitale.

Le tribunal a reconnu le général Gilbert Diendéré "coupable des faits de complicité d’arrestation illégale et séquestration aggravée" et condamné "à 20 ans ferme et une amende d'un million de francs CFA" (1.500 euros).

Le verdict dépasse largement la réquisition du parquet qui avait réclamé sept ans ferme.

D’autres charges comme "complicité de coup et blessures ayant entraîné la mort" et "recel de cadavre" ont été abandonnées pour "prescription".

- "Pardon" -

Gilbert Diendéré, figure militaire bien connue au Burkina Faso, a déjà été condamné cette année à perpétuité pour son rôle dans l'assassinat de l'ex-président Thomas Sankara et de douze de ses compagnons, en 1987, dans un putsch qui a porté au pouvoir Blaise Compaoré. Il avait aussi écopé de 20 ans de prison, en 2019, pour sa participation à une tentative de coup d'Etat quatre ans plus tôt.

S'exprimant avant la décision de justice, le général Diendéré, qui avait plaidé "non coupable", a "solennellement et humblement demandé pardon à la famille de Dabo Boukary, pour tout ce qu’elle a subi, au nom des auteurs de l’assassinat".

"Je n’ai pas participé à l’arrestation et la torture de Dabo Boukary", a-t-il assuré à la barre.

Lors de sa déposition il avait indiqué que l’ordre "d’enlever les étudiants" était venu du cabinet de la présidence et affirmé avoir seulement été "informé du décès de l’étudiant dont il ignorait l'arrestation".

Le colonel Mamadou Bamba, accusé de "complicité d’arrestation illégale et de séquestration" pour avoir indiqué à l'époque aux soldats quels étudiants devaient être arrêtés après une manifestation, a écopé de 10 ans de prison ferme et d'une amende d'un million de francs CFA (1.500 euros).

Enfin un troisième accusé, le sergent Victor Magloire Yougbare, absent du procès et jugé par contumace, pour avoir conduit le véhicule transportant le corps de l'étudiant, a été condamné à 30 ans de prison ferme et à une amende 5 millions de francs CFA (7.500 euros). Un mandat d'arrêt a été émis contre lui.

"Surpris" par les peines, Me Latif Dabo, avocat de Gilbert Diendéré, a indiqué que la défense aviserait sur un éventuel appel après un échange avec leurs clients.

"Pour nous, la justice c'était que ce procès se tienne un jour", a réagi Me Prosper Farama, avocat de la partie civile.

"On nous a fait croire pendant longtemps que c'était une bavure. Mais on se rend compte que ce n'était pas le cas" a-t-il ajouté, regrettant que Blaise Compaoré n'ait pas été poursuivi.

Après une procédure ouverte en 2000, il a fallu attendre la chute du régime de Blaise Compaoré, renversé par la rue fin 2014, pour voir les premières inculpations dans ce dossier, prononcées en janvier 2017.

En 2017, la justice avait annoncé avoir localisé la tombe présumée de Boukary Dabo à Pô, une ville abritant le centre d'entraînement commando où étaient formés les hommes de l'ex-garde prétorienne du président Compaoré.