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Attentat de 1994 contre Juvénal Habyarimana au Rwanda : la justice française confirme le non-lieu

Avril 1994, un rebelle du FPR près de la carcasse de l'avion du président hutu Juvenal Habyarimana. Attentat considéré comme déclencheur du génocide contre les Tutsi.
Avril 1994, un rebelle du FPR près de la carcasse de l'avion du président hutu Juvenal Habyarimana. Attentat considéré comme déclencheur du génocide contre les Tutsi.
© AP Photo/Jean-Marc Bouju

Après vingt ans d'enquête sur l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, épisode déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda, la Cour d'appel de Paris a confirmé ce vendredi 3 juillet le non-lieu rendu fin 2018. Les poursuites contre l'entourage de l'actuel président Paul Kagame devraient être abandonnées. Les avocats de la famille Habyarimana annoncent un pourvoi en cassation.

Après six mois de délibérations, les magistrats de la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel ont confirmé la décision des juges antiterroristes. Le 21 décembre 2018, ils avaient ordonné l'abandon des poursuites contre neuf membres ou anciens membres de l'entourage de l'actuel président rwandais Paul Kagame.

Les avocats de la famille Habyarimana et de celles de l'équipage français de l'avion ont immédiatement annoncé qu'ils formaient un pourvoi en cassation contre cette décision. A défaut d'un procès immédiat, ils espéraient a minima que la Cour ordonne la réouverture des investigations, afin que la justice française se fasse communiquer un rapport secret de 2003 du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui attribuait la responsabilité de l'attaque au clan Kagame.

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"C'est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement" mais "ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d'une vie", a réagi à la sortie de l'audience Me Philippe Meilhac, l'avocat d'Agathe Habyarimana, la veuve de Juvénal Habyarimana. Il a dénoncé une "chape de plomb" et "une connotation politique omniprésente" dans ce dossier, citant des propos récents du président Kagame.

"Une forme de soulagement"

"Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes", avait mis en garde cette semaine le président rwandais dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique, au sujet de cette affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.

Pour les avocats de la défense, Me Léon-Lef Forster et Bernard Maingain, cette décision de 64 pages, qui n'a pas encore été communiquée aux parties, "est une étape fondamentale".
"Parler de satisfaction serait aller trop loin, mais c'est déjà une étape qui est une forme de soulagement", a déclaré Me Forster, déplorant un pourvoi en cassation qui constitue, selon lui, une nouvelle "manoeuvre dilatoire" des parties civiles.

Qui ? 

Le 6 avril 1994, l'avion transportant Juvénal Habyarimana, un Hutu, et le président burundais Cyprien Ntaryamira avait été abattu, durant sa phase d'atterrissage vers Kigali, par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit plus de 800.000 morts au cours des trois mois suivants, selon l'ONU, principalement dans la minorité tutsi. Qui est l'auteur du tir fatal contre l'avion présidentiel ? Les enquêteurs français ont longtemps privilégié la responsabilité des rebelles tutsis, menés par Paul Kagame devenu président du pays en 2000, avant de s'orienter -sans davantage aboutir- vers une implication d'extrémistes hutus, soucieux de se débarrasser d'un président trop modéré à leurs yeux.

Le Rwanda a réagi par la voix de son ministre de la Justice qui, sur Twitter, évoque -à propos de l'enquête menée en France- une "parodie de justice".

"Ce non-lieu va refermer l'enquête"

L'ONG Survie se bat depuis 1994 pour connaître la vérité sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi. David Martin est membre de l'association. Invité de TV5MONDE ce vendredi 3 juillet, il déplore cette décision de justice qui, selon lui, "va refermer l'enquête".

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