Au Kenya, des gaz lacrymogènes contre un convoi de l'opposition lors d'une manifestation contre la vie chère

La police kényane a fait usage vendredi de gaz lacrymogène contre le convoi du chef de l'opposition Raila Odinga à Nairobi. Comme dans d'autres villes du pays, une manifestation anti-gouvernementale contre de nouvelles taxes s'y déroulait.

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La police kényane a fait usage vendredi de gaz lacrymogène contre le convoi du chef de l'opposition Raila Odinga. 

AP Photo/Brian Inganga
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Nairobi était placée sous haute surveillance policière, avec des patrouilles à pied, à cheval ou en voiture, tandis que plusieurs axes étaient fermés.

Raila Odinga, chef de l'opposition et candidat malheureux à la présidentielle de 2022 face à William Ruto, a annoncé lors du rassemblement son intention de recueillir 10 millions de signatures pour démettre de ses fonctions son rival.

"Les Kényans ont élu des dirigeants au parlement et ils les ont trahis", a-t-il lancé sous des applaudissements. "Ruto lui-même, qui a pris le pouvoir illégalement, a trahi les Kényans", a ajouté l'ancien candidat, selon lequel l'élection d'août 2022 lui a été "volée".

La police a également fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants dans la ville portuaire de Mombasa, selon des images diffusées par la télévision, tandis que les protestataires scandaient "la lutte n'est pas finie".

Dans un communiqué, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont la Commission kényane des droits de l'Homme, ont dénoncé les "blessures et arrestations arbitraires contre des manifestants pacifiques", évoquant certains manifestants qui ont été "traînés au sol" à Nairobi. 

L'alliance Azimio de Raila Odinga avait appelé à des manifestations anti-gouvernementales contre l'impact des nouvelles taxes sur les Kenyans.

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"Ruto nous impose des taxes sans notre consentement et fait des lois qui rendent la vie beaucoup plus compliquée", a dénoncé Azimio dans un communiqué publié cette semaine.

"J'espère que cette manifestation va changer quelque chose", a dit à l'AFP Alex Dwisa, un ouvrier de 24 ans. "Le coût de la vie est trop élevé, je n'ai pas 10 k (10.000 shillings kényans, 70 dollars) pour envoyer mes deux enfants à l'école", a-t-il déploré.

Entre mars et mai, la coalition d'opposition avait organisé des manifestations antigouvernementales qui ont fait, selon les autorités, trois morts.

Nouvelles taxes

La semaine dernière, le président a promulgué une loi de finances qui instaure de nombreuses nouvelles taxes, malgré les critiques de l'opposition et de la population de ce pays touché par une forte inflation.

Le texte prévoit notamment une hausse de la TVA sur les carburants de 8 à 16%, ainsi qu'un impopulaire prélèvement sur les salaires afin de financer un programme de logement à bas prix. Initialement prévu à 3%, il a été réduit à 1,5%.

Dans un contexte économique marqué par une inflation persistante (+7,9% sur un an en juin), William Ruto cherche à générer plus de 2,1 milliards de dollars afin de renflouer les caisses de l'État, lourdement endetté notamment par les grands projets d'infrastructure de son prédécesseur Uhuru Kenyatta, dont il fut le vice-président. 

Mais vendredi dernier, le tribunal de Nairobi a suspendu la mise en œuvre de la législation après qu'un sénateur eut déposé une plainte contestant sa légalité constitutionnelle.

En dépit de cette décision, le régulateur national de l'énergie a annoncé plus tard dans la journée une hausse des prix à la pompe pour tenir compte du doublement de la TVA à 16%, comme stipulé dans la loi.