Afrique

Au Mali, mandat d'arrêt international contre Karim Keïta, le fils turbulent de l'ancien président IBK

Karim Keita, alors député, pose dans l'enceinte du parlement malien, le 19 février 2014.
Karim Keita, alors député, pose dans l'enceinte du parlement malien, le 19 février 2014.
© REUTERS/Joe Penney

Selon l'Agence France-Presse, l'ancien député malien Karim Keïta, fils aîné de l'ancien président Ibrahim Boubacar Keita, fait depuis lundi l'objet d'un mandat d'arrêt international dans le cadre d'une enquête sur la disparition d'un journaliste en 2016. Longtemps intouchable, Karim Keïta a incarné les excès et les échecs de la présidence de son père.

L'homme est d'une grande discrétion depuis près d'un an. Sur Twitter, sa dernière publication, le 11 mars 2021, rendait un hommage vibrant au Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko mort quelques heures plus tôt. 

La Côte d'Ivoire, c'est là que Karim Keïta a trouvé refuge en août 2020 après le coup d'Etat qui a renversé son père Ibrahim Boubacar Keïta. Depuis plusieurs semaines déjà, la colère grondait à travers le pays. Un ras le bol emmené par l'influent imam Dicko et structuré autour d'un mouvement, le M5. L'armée se chargera de démettre le président.

Dans la ligne de mire à l'époque, le président IBK, certes, mais également son fils, incarnation des maux du Mali dont les manifestants ne voulaient plus entendre parler, qu'il s'agisse de la corruption ou de l'impuissance face à une insécurité toujours plus grande et s'étendant sur le territoire malien.

Moeurs légères

Elu député en 2013, l'année de l'arrivée au pouvoir de son père, et réélu en 2020, Karim Keïta a longtemps été considéré comme intouchable. L'auteur de ces lignes se souvient, en 2017, des portes se fermant une à une alors qu'il recherchait de simples témoignages, y compris élogieux, pour étayer un portrait du fils du président...  

Mais en 2020, changement d'ambiance à Bamako. Au plus fort de la contestation contre son père, Karim Keïta doit démissionner de la puissante présidence de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale.
Des manifestants avaient alors utilisé sous forme de posters des images le montrant lors de joyeuses fêtes à l'étranger avec des amis, en compagnie de jeunes femmes peu vêtues, pour le présenter comme un personnage aux moeurs légères pouvant se payer du bon temps alors que son pays souffrait.
Karim Keïta avait assuré qu'il n'avait pas été chargé de la liste des invités et que ce déplacement privé n'avait rien coûté au contribuable.

Son nom n'a pas encore rejoint officiellement la liste des 7680 "notices rouges" d'Interpol, l'Organisation internationale de police criminelle. Mais l'information émane de l'Agence France-Presse et de son journaliste -toujours bien informé- Serge Daniel qui cite notamment "un responsable du bureau de représentation d'Interpol au Mali, ayant requis l'anonymat". 

La disparition du journaliste Birama Touré

A la demande d'un juge d'instruction de la commune IV de Bamako, Karim Keïta devrait donc rapidement rejoindre cette liste qui compte le gratin des terroristes et traficants, "les fugitifs recherchés dans le cadre de poursuites ou afin qu’ils purgent leur peine"

L'enquête qui le vise concerne la disparition d'un journaliste d'investigation âgé d'une cinquantaine d'années, Birama Touré, qui travaillait pour l'hebdomadaire de Bamako Le Sphinx. Birama Touré n'a plus été vu depuis le 29 janvier 2016, selon sa famille et le directeur de la publication, Adama Dramé. Ces derniers disent craindre qu'il ait été enlevé, torturé et tué après plusieurs mois de détention.

Le directeur du Sphinx avait affirmé en 2018 que son ex-reporter avait auparavant approché Karim Keïta à propos d'un dossier qu'il présentait comme compromettant pour le fils du président.

Ce mardi, les confrères maliens de Birama Touré se sont félicités de cette avancée dans l'enquête sur la disparition du journaliste.

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Estimant avoir été diffamé par le Sphinx, Karim Keïta, qui a toujours fermement démenti toute implication dans la disparition du reporter, avait porté plainte en 2019 pour diffamation contre le directeur de la revue et contre un journaliste d'une radio privée de Bamako qui lui avait ouvert son antenne. Cette plainte en diffamation avait toutefois été jugée irrecevable pour des questions de forme par la justice malienne. Le directeur du Sphinx, craignant pour sa sécurité, a pour sa part trouvé refuge en France.