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Au Sénégal, onze bébés meurent dans un incendie, l'hôpital public à nouveau pointé du doigt

L'hôpital de Tivaouane dans l'ouest du Sénégal. Onze bébés y sont morts dans un incendie ce 25 mai 2022.
L'hôpital de Tivaouane dans l'ouest du Sénégal. Onze bébés y sont morts dans un incendie ce 25 mai 2022.
© Capture d'écran AFPTV

Le président Macky Sall a limogé son ministre de la Santé jeudi 26 mai, après l'incendie ayant causé la mort de onze bébés dans un hôpital à Tivaouane, dans l'ouest du Sénégal. Le drame remet en lumière les graves carences du système sanitaire public sénégalais.

"Je viens d'apprendre avec douleur et consternation le décès de 11 nouveaux-nés dans l'incendie survenu au service de néonatalogie de l'hôpital" public de Tivaouane, a tweeté le président sénégalais Macky Sall. "A leurs mamans et à leurs familles, j'exprime ma profonde compassion", a-t-il ajouté. Un deuil national de trois jours a été déclaré à compter du jeudi 26 mai 2022.

"Trois bébés ont été sauvés", a précisé le maire de Tivaouane, Demba Diop. L'incendie a été causé par "un court-circuit et le feu s'est propagé très vite", a dit M. Diop, qui est également député et plus connu sous le nom de Diop Sy.

"Cette situation est très regrettable et extrêmement douloureuse. L'enquête est en cours pour voir ce qui s'est passé" à l'hôpital de Tivaouane, a déclaré mercredi le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr, sur la radio RFM. En voyage à Genève où il assistait à une réunion de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le ministre a annoncé son retour au Sénégal dès ce jeudi. Une équipe du ministère de la Santé, conduite par le directeur des établissements publics de santé Ousmane Dia, était en route pour Tivaouane, a-t-on appris auprès du ministère.

Le ministre de l'Intérieur Antoine Félix Abdoulaye Diome était lui aussi attendu dans la nuit de mercredi à jeudi à Tivaouane, selon la presse locale.  

Le responsable de la section sénégalaise d'Amnesty, Seydi Gassama, "exhorte le gouvernement à mettre en place une commission d'enquête indépendante pour situer les responsabilités et sanctionner les coupables", sur Twitter.

"Encore des bébés brûlés"

"Encore des bébés brûlés dans un hôpital public. C'est inacceptable Macky Sall", a tweeté un député de l'opposition, Mamadou Lamine Diallo.
Quatre nouveaux-nés avaient en effet déjà péri le 25 avril 2021 dans un incendie à Linguère, dans le nord du pays. Le maire et alors ministre de l'Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, avait évoqué un dysfonctionnement électrique d'une unité de climatisation dans la maternité, où se trouvaient six bébés.

Une autre affaire dans un hôpital public a fait scandale récemment. A Kaolack (centre), un nourrisson déclaré mort le 8 mai par une infirmière puis déposé à la morgue a été retrouvé vivant par son père quelques minutes après, avant de finalement décéder dans la journée, selon la presse locale.
Le parquet a requis une peine de six mois ferme contre l'infirmière lors du procès, a indiqué mercredi la presse locale. La date du verdict n'a pas été précisée.

L'hôpital public en question

Début avril, un autre drame survenu dans un hôpital public avait déjà bouleversé le Sénégal.

La presse avait rapporté qu'Astou Sokhna, une femme d'une trentaine d'années enceinte de neuf mois, était morte le 1er avril à l'hôpital public de Louga (nord) après avoir attendu dans de très grandes souffrances pendant une vingtaine d'heures la césarienne qu'elle réclamait.
Le personnel aurait argué que son opération n'était pas prévue et aurait menacé de la chasser si elle insistait.

► Ce décès avait suscité sur les réseaux sociaux et dans la rue une vague d'indignation contre les carences du système de santé publique. 

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Face au tollé provoqué par la mort de Mme Sokhna, le président Sall avait donné pour instruction de chercher les responsabilités. Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, avait reconnu le 14 avril que la mort de Mme Sokhna aurait pu être évitée. Le directeur de l'hôpital a été révoqué et remplacé.

Trois sages-femmes qui étaient de garde la nuit du drame ont été condamnées le 11 mai à six mois de prison avec sursis pour "non-assistance à personne en danger" par le tribunal de grande instance de Louga. Trois autres sages-femmes, de garde pendant la journée, ont été relaxées, selon un avocat de la défense.