Afrique

Bénin : levée de boucliers contre une nouvelle taxe sur les réseaux sociaux

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TV5MONDE | Reportage : E. SODJI • R. N'TALE

Le gouvernement béninois envisage de mettre en place une  taxe sur les réseaux sociaux et les usages à des fins ludiques. Le pays rejoint ainsi l'Ouganda, la Zambie et la Chine qui ont récemment durci leur fiscalité dans ce domaine.

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Avec son incubateur, Ulrich Sossou mise chaque année sur  la création  d’une trentaine d’entreprises à fort potentiel, pilotées par des jeunes.  

 Toutefois, le génie du digital au Bénin, craint que l’annonce d’une taxe sur les réseaux sociaux, brise les rêves des auto-entrepreneurs.

"Ça porte un grand coup aux personnes et aux potentiels qui se lancent dans l'économie numérique." précise le co-fondateur de l'incubateur TEKXL. "Pas aux acteurs déjà intégrés à cette économie."

Ulrich Sossou est depuis 2010, à l’origine d’un millier d’emplois. 

Des jeunes, moyenne d’âge 25 ans,  sont ici  pour booster leur entreprise. Yann Djossinou, est l'un d'entre eux. Il a aussi, son avis sur la question.

"Je préfère un monde sans taxe, car sans taxe, on a un grand flux. On a tout le monde," souligne le fondateur de la jeune pousse "Roar Clothing". "Quand il y a des taxes le flux est restreint, même si on a, affaire généralement dans ce cas, à des personnes ayant un meilleur pouvoir d'achat."

J'ai vu des jeunes débuter comme simples développeurs, comme rédacteurs et qui aujourd'hui gagnent pratiquement le million de franc CFA
Ulrich Sossou, co-fondateur de l'incubateur TEKXL

C’est une vidéo qui a mis le feu aux poudres.

Celle du ministre de l'Économie et des finances s'exprimant le 28 août 2018 au Benin Investment Forum. "Le coût change pour les réseaux sociaux et les usages ludiques" disait Romuald Wadagni." Et le ministre d'ajouter :"Vous faites des transferts d'images WhatsApp qui critiquent le gouvernement. Libre à vous de le faire ! Mais vous en payez le prix !"

Réseaux sociaux, instrument de veille citoyenne

Une position que Jerry  Sinclair ne comprend pas. Il est le promoteur de Waka Waka Médias.

"Contrairement à ce que pense le gouvernement, les réseaux sociaux, ce n'est pas pour du divertissement" soutient-il, un brin désabusé. "Nous bâtissons notre business sur les réseaux sociaux. Mais là, on est en train d'ébranler tout un système. Il y a une rupture au niveau de la chaîne." poursuit-il. Et d'ajouter enfin : "Les grandes entreprises, les services gouvernementaux vont continuer à être sur internet. Les consommateurs, eux... beaucoup moins !"   

Dans un pays ou le taux de pénétration d’internet est d’environ 12%  les webs activistes et les blogueurs,  affirment qu’ils sont en réalité, les principales cibles des autorités. 

Comlan-Hugues Sossoukpe est très clair sur ce qu'il attend d'internet : "Nous utilisons les réseaux sociaux pour faire de la veille citoyenne et dénoncer ce qui ne va pas !" Et le secrétaire général de ABWA, l’Association  béninoise des web-activistes liste: "les entraves à la démocratie, aux droits humains et à la liberté d'expression."

Ce décret attaque et menace les défenseurs des droits humains... 
Fidèle  Kikan, Directeur d’Amnesty International Bénin 

Selon les autorités, cette mesure comblerait le manque à gagner sur la téléphonie classique pour l’État et les fournisseurs des télécoms.

Si la hausse est appliquée, l’accès aux réseaux sociaux sera multiplié par cinq pour le  forfait journalier de base.