Afrique

Burkina : faim et inquiétude pour les réfugiés fuyant les violences dans le Nord

Des déplacés devant une école de Ouagadougou qui leur sert de refuge, le 13 juin 2019
Des déplacés devant une école de Ouagadougou qui leur sert de refuge, le 13 juin 2019
afp.com - OLYMPIA DE MAISMONT
Des enfants devant une école servant de refuge pour les déplacés, à Ouagadougou le 13 juin 2019
Des enfants devant une école servant de refuge pour les déplacés, à Ouagadougou le 13 juin 2019
afp.com - OLYMPIA DE MAISMONT
Des déplacés burkinabè devant une école de Ouagadougou, le 13 juin 2019
Des déplacés burkinabè devant une école de Ouagadougou, le 13 juin 2019
afp.com - OLYMPIA DE MAISMONT

Des baluchons, des ustensiles vides, des nattes et matelas emportés à la hâte : fuyant les représailles contre leur communauté dans le nord du Burkina Faso, un millier de personnes ont trouvé refuge à Ouagadougou.

"Nous avons fui la commune de Tongomael sans rien. Le bétail et les récoltes y sont restées. On est là à Ouagadougou, on se débrouille pour survivre", explique Saidou Sawadogo, un des responsables du site d’acceuil de Pazani.

Dans ce quartier périphérique de l’arrondissement 9 de la capitale burkinabè, les salles de classe et autres sites d’accueil de fortune ne peuvent abriter la totalité des 1.200 déplacés, obligés pour certains de dormir à la belle étoile.

Ils fuient des affrontements intercommunautaires, qui ont déjà fait une centaine de morts en quelques semaines dans le nord du Burkina Faso.

"Nous sommes arrivés sur ce site depuis jeudi (6 juin) en provenance de Silgadji, dans la commune de Tongomael, où il y a des représailles contre des membres de notre communauté (mossi)", explique Saidou Sawadogo. "Il fallait fuir pour avoir la vie sauve".

"Ce ne sont pas les attaques (jihadistes) que nous fuyons mais des représailles perpétrées par les Peuls contre les Mossis", soutient Oumarou Tapsoba, commerçant de 38 ans.

Les Mossi sont le peuple majoritaire du Burkina, mais le nord du pays était historiquement peuplé par le peuple peul, des éleveurs semi-nomades présents dans toute la région sahélienne en Afrique de l'Ouest.

Les affrontements intercommunautaires sont liés aux attaques de groupes jihadistes qui frappent le Nord depuis quatre ans, de façon toujours plus fréquente et meurtrière. Comme au Mali voisin, les groupes jihadistes recrutent principalement chez les Peuls, qui se trouvent souvent en conflit pour l'utilisation des terres avec les agriculteurs d'autres communautés.

"Avant ce sont les hommes que les individus armés exécutaient. Puis ce sont des visites dans les familles où on abat tous les membres", explique M. Tapsoba, citant deux séries d’assassinats ayant fait 14 morts en avril.

- Nouveaux convois en route -

La dernière attaque qui a fait fuir la population a fait 13 morts à Silgadji, affirme-t-il.

"Il fallait fuir plutôt que d’attendre d’être abattu un jour", tranche M. Tapsoba, selon qui les déplacés viennent principalement de Silgadji, tandis que d’autres ont fui des localités comme Botogui et Arbinda.

A l’école primaire de Menefredecia, des hommes de tout âge devisent sur un banc, des femmes sont assises à même le sol, entourées d'enfants.

"Pour le moment rien n’a été fait pour répondre aux besoins urgents des déplacés, majoritairement des enfants. Ce sont des voisins et des bonnes volontés qui nous offrent souvent la nourriture", déplore Saidou Sawadogo, précisant avoir pourtant reçu la visite de membres du gouvernement.

"Nous voulons un lieu d’hébergement et des vivres parce que nous sommes dans la souffrance", plaide Karidjeta Badini, une veuve quinquagénaire. "J’ai sept enfants, six petits-enfants et deux orphelins à ma charge et je ne sais comment les nourrir", précise-t-elle, en regrettant d'avoir "dû abandonner tous ses biens".

Le maire de l’arrondissement 9, Albert Bamogo, explique la difficulté à faire face à cette arrivée soudaine et massive de déplacés.

"Ils nous ont envahis comme cela. Ce sont des frères, ils sont là et il faut maintenant trouver comment les héberger et les nourrir". C’est un problème d’Etat, cela dépasse le cadre d’un arrondissement", plaide l'édile.

Des mesures urgentes, dont la distribution de vivres et l’installation de tentes, sont en cours, selon lui, mais la situation risque de s"aggraver car "de nouveaux convois sont en route pour Ouagadougou".

"On a peur de retourner à Silgadji. Tant qu’il n’y a pas la sécurité personne ne va oser y retourner", confie Saidou Sawadogo.