Afrique

Burkina Faso : l'affable Roch Marc Christian Kaboré déchu par la spirale djihadiste

Le président Roch Marc Christian Kabore s'adresse à ses partisans à Ouagadougou après après avoir été réélu président du Burkina Faso, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale indépendante, le 26 novembre 2020.
Le président Roch Marc Christian Kabore s'adresse à ses partisans à Ouagadougou après après avoir été réélu président du Burkina Faso, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale indépendante, le 26 novembre 2020.
Sophie Garcia (AP)

Roch Marc Christian Kaboré, à la tête du Burkina Faso depuis 2015, se trouvait dans la tourmente lundi 24 janvier, après une mutinerie de soldats et des manifestations de colère de Burkinabés. Ceux-ci lui reprochent de ne pas avoir pu endiguer le cycle de violences djihadistes. 

Au soir du 24 janvier, la situation du chef de l'Etat burkinabè demeure confuse. Aucune information officielle n'a filtré sur sa condition. Selon des sources sécuritaires, Roch Marc Christian Kaboré serait détenu par les mutins.

(Re)voir : Burkina Faso : toujours aucune "information officielle" concernant le président Roch Marc Christian Kaboré
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La déchéance du président Kaboré s'est dessinée au gré des attaques djihadistes ciblant le pays. En 2015, un an après la chute de Blaise Compaoré, renversé par une insurrection populaire après 27 ans de pouvoir, l'accession au pouvoir de cet homme affable de 65 ans, avait suscité de grands espoirs de développement et de changement au "pays des hommes intègres".

Mais c'est précisément cette année-là que le Burkina Faso, jusqu'alors épargné, commence à subir les assauts de groupes djihadistes armés qui n'ont fait que s'amplifier au fil des ans.

Poursuite de la violence

Lorsqu'il est réélu pour un second mandat en 2020, le pays s'est enfoncé dans le chaos. Les attaques de groupes djihadistes deviennent quasi quotidiennes et font des centaines de morts. Des pans entiers du pays échappent à l'autorité de l'Etat et les forces de l'ordre semblent incapables d'enrayer la spirale de violences.

Il fait donc la promesse pendant sa campagne électorale que la lutte contre les djihadistes sera la première de ses priorités. Toutefois, les attaques et les massacres dans le nord se poursuivent, comme ceux du village de Solhan en juin 2021 au cours duquel au moins 132 civils sont tués, ou d'Inata mi-novembre de la même année quand 57 personnes meurent, dont 53 gendarmes.

Dès lors, les manifestations de colère de populations excédées par cette violence se multiplient pour dénoncer "l'impuissance" du pouvoir. Ces mouvements sont le plus souvent réprimées par la police.

Roch Marc Christian Kaboré, de l'ethnie majoritaire mossi, ancien banquier et homme réputé consensuel, n'a pas réussi à honorer sa promesse en dépit de plusieurs changements à la tête de l'armée et du gouvernment.

Ses partisans ont fait valoir son bilan, citant les réalisations en termes d'infrastructures routières, de santé, d'accès à l'eau potable, qui semble en décalage avec la réalité. 1,5 million de personnes ont été déplacées en raison des violences djihadistes tandis que des milliers d'écoles ont dû fermer.

(Re)voir : Burkina Faso : "la population soutient de moins en moins le chef de l'État"
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"Roi fainéant"

Fils de ministre, homme aux idéaux de gauche revendiqués à ses débuts en politique après des études en France, il profite dans les années 1980 de l'accession au pouvoir de Thomas Sankara, le père de la révolution d'inspiration marxiste, pour devenir directeur de la Banque internationale du Burkina avant même son trentième anniversaire.

Après l'assassinat de Sankara en 1987, il s'engage auprès du nouvel homme fort du Burkina, Blaise Compaoré. L'ascension est fulgurante: plusieurs fois ministre, Premier ministre, président de l'Assemblée... Il est un des hommes clés du régime.

Considéré comme probable successeur de Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré tombe brutalement en disgrâce en 2012 pour des raisons obscures. Il claque la porte du parti au pouvoir en 2014 au crépuscule du régime - se faisant taxer d'opportunisme par ses détracteurs - et fonde son propre parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).

Un an plus tard, après une transition, il prend les rênes du pays, agissant en prenant son temps. Un rythme d'action qui lui vaudra le surnom de "président diesel". Son "indolence" face à la menace sécuritaire est par la suite devenue un autre problème, selon ses opposants.

Il "est une sorte de roi fainéant qui multiplie les audiences et écoute dans son fauteuil sans prendre de décision", affirmait en 2020 une source diplomatique à Abidjan.