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Burkina Faso : à quoi sont liées les manifestations militaires ?

Les rues normalement très animées de la capitale du Burkina Faso Ouagadougou sont très calme ce 30 septembre 2022.Les résidents affirment avoir entendu des coups de feu tôt le matin.
Les rues normalement très animées de la capitale du Burkina Faso Ouagadougou sont très calme ce 30 septembre 2022.Les résidents affirment avoir entendu des coups de feu tôt le matin.
(AP Photo/Sophie Garcia)

Ce 30 septembre, des tirs ont été entendus avant l’aube à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Ils ont eu lieu dans le quartier abritant la présidence et le QG de la junte militaire au pouvoir. À quoi sont liés ces tirs ? Que demandent les manifestants ? Éléments de réponse.

Ouagadougou a des allures de siège, ce vendredi 30 septembre. Des tirs ont été entendus à proximité de la présidence et du QG des militaires au pouvoir, dans la capitale du Burkina Faso. L’accès aux bâtiments gouvernementaux était bloqué par des militaires. Selon une source gouvernementale citée par le média britannique BBC, une mutinerie est en cours. 

Qui l’a déclenché ? Pour quelles raisons ? Le nom du colonel Emmanuel Zoungrana est évoqué, parmi d'autres. Près de la place de la Nation à Ouagadougou, plusieurs centaines de personnes sont rassemblées pour demander, entre autres, la libération du colonel. Cela ne serait pas la première fois que ce militaire, actuellement emprisonné, tente d’interférer avec le pouvoir burkinabé. 

Qui est à l'origine de la mutinerie ?

Passé par le Pyrathée militaire du Kadiogo (PMK), le camp d’entraînement de Pô, le lieutenant-colonel Zoungrana a aussi dirigé le 25e régiment parachutiste commando (RPC). Le média français Jeune Afrique explique qu’il était aussi le chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando (RIC) à Ouahigouya, jusqu’au 16 décembre 2021. À cette date, il a été relevé de son poste par décret présidentiel car il faisait partie d’un plan de renouvellement de hiérarchie. 

Jeune Afrique décrit Emmanuel Zoungrana comme l’un des officiers prometteurs de l’armée du Burkina Faso. Par ailleurs, il se passionne pour l’écriture de romans dans son temps libre. Habitué de la Foire internationale du livre de Ouagadougou, il possède aussi sa propre maison d’édition. 

Le 10 janvier 2022, le lieutenant-colonel est arrêté, soupçonné de préparer une tentative de coup d’État. Sept autres militaires ont été arrêtés en même temps que lui. Cependant, deux semaines plus tard, dans une annonce à la télévision nationale, des militaires affirment avoir “mis fin au pouvoir” du président Kaboré. 

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Depuis son arrestation, Emmanuel Zoungrana a vu son mandat de dépôt annulé pour des faits d’atteinte à la sûreté de l’État. Cependant, comme la justice lui reproche un “blanchiment de capitaux”, sa demande de liberté provisoire lui a été refusée. Le lieutenant-colonel se tourne alors vers la Cour de cassation. Son verdict est attendu pour le 27 octobre.

Un contexte de tensions croissant

Depuis plusieurs années, le Burkina Faso est miné par des attaques djihadistes.  L’homme fort de la junte militaire au pouvoir, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, avait promis de faire de la sécurité sa priorité. Cependant, la situation ne s’est pas améliorée et les attaques meurtrières, touchant des dizaines de civils et soldats, se poursuivent.

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Sapa Kpagali, 75 ans, a fui son village au Burkina Faso à cause des djihadistes et s'est réfugié dans le camp de Porga au Bénin voisin.

Début septembre, le président Damiba avait salué une "relative accalmie" dans plusieurs localités. Mais les attaques ont continué dans le nord, où des villes sont désormais soumises à un blocus des jihadistes, qui font sauter des ponts à la dynamite et attaquent les convois de ravitaillement qui circulent dans la zone.

Le 5 septembre, un premier convoi avait sauté sur un engin explosif improvisé, provoquant la mort de 35 civils, dont de nombreux enfants.  Quelques jours après, le 13 septembre, le lieutenant-colonel Damiba avait limogé son ministre de la Défense pour assumer lui-même ce rôle.   La dernière semaine de septembre, un autre convoi, escorté par l'armée et qui devait ravitailler en vivres la ville de Djibo (nord), a été attaqué par des jihadistes présumés. Le bilan est très lourd : 11 soldats sont morts, 28 personnes ont été blessées et 50 civils sont portés disparus, selon les derniers chiffres officiels. 

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D'autres attaques ont particulièrement marqué l'opinion publique, comme le massacre de Seytenga (nord) en juin dernier, au cours duquel 86 civils avaient été tués.  Depuis 2015, les attaques récurrentes de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, principalement dans le nord et l'est du pays, ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes. Depuis l'an dernier, le Burkina Faso est devenu l'épicentre des violences dans le Sahel, avec plus d'attaques meurtrières qu'au Mali ou au Niger en 2021, selon l'ONG Acled.