Burkina Faso : une ONG accuse l'armée et ses supplétifs "d'exécutions" d'au moins 21 civils et de "torture"

Une ONG de défense des droits de l'Homme du Burkina Faso a accusé l'armée et ses supplétifs civils d'avoir tué le 8 mars au moins 21 civils ainsi que d'avoir torturé des femmes, dans la région du Centre-Nord. Toutes les victimes, sauf deux, sont peules. Le porte-parole du gouvernement n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.
 
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Deux jeunes bergers Peuls à Bermo, au Niger photographiés en 2012.
Deux jeunes bergers Peuls à Bermo, au Niger photographiés en 2012. Ce peuple nomade vit depuis des siècles dans un équilibre fragile n'ayant comme toit que le ciel au dessus de sa tête. 
© Jérôme Delay / AP Photo
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"Le Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a été saisi pour des cas d'allégations de tortures, d'exécutions extrajudiciaires de civils" dont "les présumés auteurs de ce massacre seraient assimilés à des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) et à des éléments des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP, supplétifs civils de l'armée, ndlr)", selon un communiqué de cette ONG.

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"Le bilan serait de vingt morts dont une femme et trois enfants. Sept femmes seraient blessées et trois personnes sont portées disparues", précise l'ONG, qui affirme ce 11 mars qu'un nouveau corps, celui d'un homme, a été retrouvé.

Selon le CISC, les faits auraient eu lieu mercredi 9 mars "vers 9 heures dans le village de Toessin-Foulbè", dans la région du Centre-Nord.

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Le CISC affirme que "plus d'une centaine de membres des FDS et des VDP, vêtus de treillis militaires, tous encagoulés et armés", "auraient fait une descente" dans le village, "à bord de plusieurs pick-up et de motos" avant de "fusiller les hommes""Ce sont nos militaires et les VDP (...) Ils portaient la tenue de l'armée et avaient un drapeau du Burkina", a indiqué un témoin de l'attaque à l'AFP, qui assure également avoir compté "21 corps".

L'ONG précise que "toutes les victimes, à l'exception de deux hommes, sont d'ethnie peule".

Les Peuls, minoritaires au Burkina et dont certains appartiennent aux groupes djihadistes dont les attaques ensanglantent le pays, sont victimes d'amalgames et de tueries.

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Le CISC ajoute dans son communiqué que "des femmes ont été torturées" afin "qu'elles disent où se cachent les terroristes". Selon un habitant de la région, une partie de la population de la commune visée "est soupçonnée de collaborer avec les groupes armés terroristes". Le CISC "exige l'ouverture d'une enquête judiciaire indépendante et impartiale sur ces crimes".

Début février, la même ONG avait accusé l'armée d'avoir tué au moins 25 civils dans la région de l'Est et avait également demandé l'ouverture d'une enquête, annoncée par le gouvernement dans la foulée.

Le Burkina Faso est confronté depuis 2015 aux attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique qui se multiplient et ont fait plus de 10.000 morts - civils et militaires - selon des ONG, et quelque deux millions de déplacés.