Afrique

Burundi : le gouvernement ordonne l'expulsion d'experts de l'OMS

Le président du Burundi Pierre Nkurunziza, ici le 26 décembre 2019.
Le président du Burundi Pierre Nkurunziza, ici le 26 décembre 2019.
© AP / Berthier Mugiraneza

Le gouvernement burundais a ordonné l'expulsion d'ici vendredi 15 mai de quatre experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) chargés de le conseiller sur l'épidémie de Covid-19. Des sources médicales accusent l'exécutif de minimiser sciemment son ampleur à quelques jours de l'élection présidentielle du 20 mai. L'ONU a dit "profondément regretter" ces expulsions.

Le ministère burundais des Affaires étrangères, dans une lettre adressée au bureau africain de l'OMS et consultée ce jeudi 14 mai  par l'AFP, a annoncé l'expulsion du docteur Walter Kazadi Mulombo, représentant de l'organisation au Burundi, et de trois autres experts.

Le ministère "a l'honneur de porter à (votre) connaissance que les personnes dont les noms repris ci-après sont déclarées persona non grata et que, par conséquent, elles doivent quitter le territoire du Burundi avant le 15 mai 2020", est-il écrit dans cette lettre.
Les autres experts sont deux employés de l'Organisation Mondiale de la Santé, le Dr Jean-Pierre Mulunda Nkata et le Dr Ruhana Mirindi Bisimwa, et un consultant, le Pr Daniel Tarzy.

"C'est toute l'équipe de l'OMS chargée d'appuyer le Burundi dans sa riposte contre le Covid-19 (...) Ils sont expulsés alors que le ministre de la Santé a exclu totalement l'OMS de celle-ci en l'accusant d'ingérence inacceptable dans sa gestion du coronavirus", a expliqué à l'AFP un responsable burundais, sous couvert de l'anonymat.

En avril, le ministère des Affaires étrangères avait déjà engagé la même procédure contre les quatre experts. Mais il l'avait suspendue après des échanges entre le chef de l'État Pierre Nkurunziza et le directeur général de l'OMS, selon des sources diplomatiques et administratives.

La campagne pour les élections présidentielle, législatives, et municipales du 20 mai au Burundi a eu lieux avec des rassemblements géants malgré les risques de contamination.

(Re)voir : Une campagne électorale en pleine pandémie
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Avec ces expulsions des experts de l'OMS, à quelques jours des élections présidentielle et législatives, le gouvernement burundais a déclenché des réactions indignées des autorités sanitaires africaines.
  "En ce que qui concerne la situation au Burundi, je la qualifierais de malencontreuse", a déclaré John Nkengasong, le directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l'Union africaine, estimant que la période appelait au contraire à une "coopération renforcée".

"Nous avons terriblement besoin d'expertise technique sur un continent qui a un système de santé très faible et des infrastructures fragiles, et nous ne pouvons nous permettre de mettre dehors l'OMS, un solide partenaire technique", a-t-il ajouté.
 

Les autorités accusées de cacher les cas de Covid-19


Le Burundi n'a pour l'heure officiellement recensé que 27 cas positifs, dont un décès. Mais les autorités sont accusées par des médecins et l'opposition de cacher des cas de Covid-19, en les attribuant à d'autres maladies comme la pneumonie.

Des sources médicales ont assuré à l'AFP que des personnes présentant tous les signes du coronavirus, dont la détresse respiratoire, étaient signalées dans plusieurs hôpitaux de Bujumbura, sans qu'elles soient testées.

"Six malades présentant tous les symptômes du coronavirus sont morts dans les urgences de deux des principaux hôpitaux privés de Bujumbura la semaine passée" sans avoir été testés, a accusé un médecin, également sous couvert de l'anonymat.

"La situation est grave car nous sommes depuis un bon moment dans une phase de contagion communautaire et les autorités ferment les yeux", a-t-il déploré.

La psychose a aussi commencé à s'installer à Bujumbura, en raison de rumeurs sur des morts à domicile du coronavirus. Une habitante de la capitale a raconté à l'AFP que le fils d'un de ses voisins, qui est médecin, avait "tout essayé" pour faire tester son père, en vain.

"Ce monsieur de 65 ans est mort à son domicile la semaine passée. C'est triste, personne ne va faire le deuil chez lui, car tout le monde sait qu'il est mort du coronavirus", a-t-elle regretté.

Des médias ont aussi révélé cette semaine que six membres de l'Institut national de la Santé publique (INSP) avaient été testés positifs. Dès lors, "toute l’activité de l'INSP est paralysée, aucun test ne peut plus être effectué, c'est une catastrophe", a confirmé à l'AFP un agent de cet institut.


Le Burundi protégé du virus par la "Grâce divine"


Le gouvernement burundais, qui estimait alors que le pays était protégé du Covid-19 par la "Grâce divine", a fermé à la mi-mars l'aéroport international de Bujumbura et les frontières terrestres, à l'exception de celle avec la Tanzanie.

Mais il n'a pris aucune mesure de confinement, contrairement à la plupart de ses voisins. Depuis le début de la campagne électorale, les meetings attirent ainsi des milliers de personnes, à qui on offre, pour toute mesure de prévention, que quelques seaux d'eau et un peu de savon.

"Nous avons vu dans les pays qui ont maintenu les élections ou ont permis aux gens de se rassembler dans des réunions politiques que le nombre de cas a augmenté. Il n'y a absolument aucun doute là-dessus", a mis en garde M. Nkengasong.