Afrique

Burundi : massacre dans un village frontalier de la RDC

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©TV5MONDE / Commentaire : K.G. Barzegar - Montage : V. Perez

A moins d'une semaine du référendum constitutionnel contesté au Burundi, un groupe d'hommes armés a tué 26 personnes et blessé 7 autres ce vendredi 11 mai 2018, dans la commune de Buganda, dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la République démocratique du Congo. Le gouvernement dénonce une "attaque terroriste".

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Sur la route et autour des maisons de la colline de Ruhagarika, les habitants se sont rassemblés, comme pour faire corps après la terreur de la nuit passée. Vendredi vers 22h, un groupe d'hommes armés est entré dans la petite commune de Buganda, dans la province de Cibitoke, pour massacrer de sang froid la population.

"Parmi ceux qui sont morts dans cette maison, il y a le frère de mon mari. Ils l'ont tué. Sa femme enceinte et sa fille aînée ont été blessées par balle. Après, ils sont allés par là, ils ont tué un autre membre de ma famille avec sa femme, un enfant et un jeune homme", raconte une habitante du village.  
©AP Photo

Au moins 26 morts et 7 blessés

Hommes, femmes, enfants, adolescents, nourrissons : personne n'a été épargné par les assaillants qui selon les témoignages étaient armés de fusils, de grenades et d'armes blanches. Au moins 11 enfants et adolescents de moins de 15 ans font partie des victimes. Au total, 26 personnes ont été tuées et sept autres blessées.

Selon les témoignages, les assaillants sont allés de maison en maison pour commettre leur carnage. Certaines victimes ont été exécutées par balle, d'autres égorgées... Une famille aurait été brûlée vive...
 
Le bruit des armes était assourdissant... Les gens se barricadaient chez eux... On n'a vu aucune intervention, aucun militaire. Jusqu'au matin, nous n'avons eu aucune intervention, personne n'est venu nous secourir.Un rescapé du massacre de Buganda

Une "attaque terroriste" venue de la RDC? 

©AP Photo
Les autorités sont arrivées sur place bien plus tard, entouré par les forces de l'ordre, policiers et militaires. A la tête de la délégation, le ministre de la Sécurité Alain-Guillaume Bunyoni a pointé du doigt des "terroristes" venus de la République démocratique du Congo voisine. "Les auteurs ne devraient pas se réjouir. Même s'ils ont traversé la rivière Rusizi en se repliant vers la RDC, qu'ils sachent que la RDC est un pays ami. Nous sommes déjà en contact avec les autorités de ce pays pour voir comment combattre ensemble ces terroristes", a-t-il déclaré.
 
L'Etat ne peut pas rester les bras croisés quand sa population se fait massacrer. Ce groupe terroriste sera combattu. Alain Guillaume Bunyoni, ​ ministre burundais de la Sécurité
Un groupe "terroriste" dont l'identité et la motivation restent pour l'heure inconnues... Selon les autorités, une enquête est en cours pour déterminer l'identité des assaillants.

Tensions exacerbées à cinq jours du référendum

Coïncidence ou pas : le massacre de Buganda survient à cinq jours d'un référendum constitutionnel -très contesté- organisé par le pouvoir burundais, alors que le climat est de plus en plus tendu dans le pays. Le gouvernement a déployé ces dernières semaines des soldats dans les zones frontalières après avoir accusé des groupes de l'opposition en exil de chercher à perturber la consultation.

Le référendum prévu le 17 mai devrait permettre au président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020. Si cette réforme passe, le chef d'Etat actuel pourrait se maintenir au pouvoir jusqu'en 2034. L'annonce en avril 2015 de la candidature controversée de M. Nkurunziza, âgé de 54 ans, à un troisième mandat a plongé le Burundi dans une crise politique qui a fait au moins 1.200 morts et plus de 400.000 réfugiés, et sur laquelle la Cour pénale internationale a ouvert une enquête. 

L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé en avril une répression accrue dans le pays à l'approche du référendum. Dans un communiqué accompagnant la publication d'un rapport, elle avait accusé les forces gouvernementales et les membres du parti au pouvoir d'avoir "tué, passé à tabac et intimidé des citoyens perçus comme des opposants" afin d'assurer la victoire du président Nkurunziza au référendum.