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Burundi : qui est Évariste Ndayishimiye, candidat du "système CNDD-FDD" ?

Le général Evariste Ndayishimiye a été désigné candidat du parti au pouvoir (CNDD-FDD) à la présidentielle du 20 mai prochain.
Le général Evariste Ndayishimiye a été désigné candidat du parti au pouvoir (CNDD-FDD) à la présidentielle du 20 mai prochain.
AP Photo/Berthier Mugiraneza

Ce dimanche 26 janvier, le CNDD-FDD, parti au pouvoir au Burundi, a désigné le général Évariste Ndayishimiye pour porter ses couleurs à la présidentielle du 20 mai. Il tentera de succéder au président sortant, Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005.

De nombreux délégués du CNDD-FDD, parti au pouvoir, avaient rendez-vous, ce dimanche, à Gitega, afin de désigner leur candidat à la présidentielle du 20 mai prochain. C'est un proche de Pierre Nkurunziza, le général Évariste Ndayishimiye qui a été choisi. Un choix loin d'être anodin.
Retour, avec le journaliste Esdras Ndikumana, sur le profil de celui qu'il présente comme le candidat du "système CNDD-FDD".

TV5 Monde : Qui est Évariste Ndayishimiye, candidat du parti au pouvoir ?

Esdras Ndikumana : C’est un homme du sérail, qui appartient au cercle du pouvoir, un des hommes clés du système qui gouverne aujourd’hui. Il faut savoir qu’il a rejoint la rébellion du CNDD-FDD très tôt, en 1995, deux ans après le début de la guerre civile au Burundi. Il a ensuite gravi tous les échelons de ce mouvement pour en devenir un des principaux chefs militaires. A partir du moment où le CNDD-FDD prend le pouvoir en 2005, il va se mettre à occuper des places de premier plan : il a été ministre de l’intérieur, de la sécurité publique, chef de cabinet du président, chef de cabinet civil, chef du cabinet militaire… Tout cela avant de devenir secrétaire général et numéro 2 du CNDD-FDD.

Sa candidature est-elle une surprise ?

Il faut savoir que celui qui devait succéder à Nkurunziza  en tant que candidat du CNDD-FDD, devait provenir du rang des combattants de l’ancienne rébellion. C’était une condition sine qua non et c’est ce qui explique que l’issue du congrès était prévisible.
Il a été préparé pour ça. Depuis 2016 et sa nomination en tant que secrétaire principal du parti, il a dû prendre sa retraite et quitter l’armée. Or, la constitution burundaise prévoit qu’un militaire ne peut être candidat qu’un an après avoir pris sa retraite. De surcroît, c’est un proche et un fidèle de Nkurunziza, donc il remplissait toutes les cases.

Sa nomination est-elle une façon de prolonger le système du parti, alors que Pierre Nkurunziza promettait un changement historique ?

Il veut faire perdurer le système auquel il appartient et d’ailleurs, il ne s’en cache pas. C’est néanmoins un grand changement, car Nkurunziza, qui a plongé le pays dans une crise sans précédent en briguant un troisième mandat  en 2015 a décidé de passer la main. Si on compare la situation à ce qui se passe dans les pays voisins, où les dirigeants sont parfois au pouvoir depuis une trentaine d’années, malgré tout ce qu’on peut reprocher à Nkurunziza et notamment la crise de 2015, il s’en sort par le haut.
Il faut aussi souligner que c’est un autre homme qui va désormais être sur le devant de la scène et il y a peut-être une lueur d’espoir pour les burundais. C’est d’ailleurs mis en lumière par les opposants et les membres de la société civile en exil, qui rappellent que le général Ndayishimiye n’a jamais été cité dans les affaires de crimes et de malversations.
Mais c’est très compliqué, car même si les gens soulignent une possible lueur d’espoir, ils s’empressent de pondérer leur analyse en rappelant que Ndayishimiye est un candidat du CNDD-FDD et qu’il va être difficile pour lui de s’extirper de ce système.
  Qu’en sera-t-il de Pierre Nkurunziza, maintenant qu’Évariste Ndayishimiye est le candidat du CNDD-FDD ?

Le président Pierre Nkurunziza s’est prémuni de tous les risques. Il est question d’une retraite dorée et d’un salaire à vie mais aussi d’avantages sur le plan judiciaire. Il ne pourra, par exemple, être poursuivi que devant la Cour suprême et ce, même pour les infractions qu’il pourrait commettre après avoir quitté le pouvoir. C’est une sécurité judiciaire à la hauteur du chef de l’État.
Il a également été nommé "visionnaire permanent" et est président du conseil des sages, l’organe de décision de son parti. Il reste donc là et garde la primauté dans son système, malgré son départ.

Comment les Burundais ont-ils réagi à la candidature d’Évariste Ndayishimiye ?

Si l’on met de côté les manifestations des membres ou sympathisants du parti, qui étaient prévues, il n’y a pas eu de réaction particulière des Burundais. Néanmoins, ils étaient impatients de savoir qui serait désigné, car ils se rendent compte qu’il a toutes les chances de l’emporter lors de la prochaine présidentielle et donc, que c’est en partie l’avenir du pays qui se jouait aujourd’hui.