Afrique

Cameroun anglophone : au moins 30 morts dans une attaque de grande violence dans l'ouest du pays

Village de Bakinjaw de la commune d'Akwaya, à quelques kms de la frontière nigériane.
Village de Bakinjaw de la commune d'Akwaya, à quelques kms de la frontière nigériane.
© TV5 MONDE

Au moins 30 villageois - dont des femmes et des enfants - ont été tués dans l'ouest du Cameroun. Une attaque d’une grande violence menée ces 25-26 juin par une ethnie rivale. Certains ont été brûlés ou décapités.

Le massacre a été perpétré samedi 25 et dimanche 26 juin dans le village de Bakinjaw de la commune d'Akwaya, à quelques kilomètres de la frontière nigériane, a assuré à l'Agence France Presse par téléphone le révérend Fonki Samuel Forba, porte-parole de l'Église presbytérienne du Cameroun. "Plus de 30 personnes ont été tuées", a-t-il ajouté.

Ce drame, entre les ethnies Oliti et Messaga Ekol, a eu lieu dans la région du Sud-Ouest, l'une des deux régions anglophones du Cameroun où un conflit très meurtrier oppose depuis plus de cinq ans des groupes armés séparatistes aux forces de l'ordre et dont les civils sont les principales victimes. 

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Mais rien ne semble, pour l'heure, lier le massacre à cette guerre, selon l’ecclésiastique ainsi que le responsable d'une ONG et un officier supérieur de l'armée dans la zone, qui ont confirmé bilan et circonstances à l'AFP par téléphone, sous couvert d'anonymat.

Conflit foncier

"Tout a commencé par un conflit foncier entre les Oliti et les Messaga Ekol d'Akwaya (...) le 29 avril, les Oliti ont attaqué et tué plusieurs Messaga Ekol dans leurs fermes, les Oliti ont ensuite mobilisé et reçu le soutien d'hommes armés qu'ils avaient engagés et ils ont lancé de très violentes attaques inhumaines et destructrices contre les Messaga Ekol", a ensuite précisé le révérend Forba dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Dans ces attaques samedi et dimanche, des maisons ont été incendiées et des personnes brûlées dans leurs maisons, certaines ont également été décapitées", précise l'Église presbytérienne. Cinq Nigérians figurent parmi les morts, selon le communiqué, qui contient des photos des cadavres d'une dizaine de victimes, dont celles d'enfants, allongées sur le sol en terre battue d'un village, certaines calcinées ou mutilées.
 

L'Église presbytérienne assure que les clichés ont été pris dans le village après l'attaque.

"Des hommes armés ont lancé une attaque sur la communauté Messaga, des jeunes gens, des femmes, des enfants et même des personnes âgées ont été tués. Certaines ont été tuées dans leurs maisons, d'autres alors qu'elles se rendaient aux champs", a précisé à l'AFP l'officier de l'armée.

"Bain de sang"

"Il y a une guerre intercommunautaire qui dure depuis des années à Akwaya. Les Oliti, qui habitent le centre (du district) d'Akwaya, sont régulièrement victimes des attaques des populations voisines. Ils se sont révoltés et c'est ce qui a conduit au bain de sang", a assuré le responsable de l'ONG locale.

Les conflits entre communautés ou ethnies sont fréquents au Cameroun mais les plus meurtriers sont localisés plutôt dans l'extrême nord du pays.

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Fin décembre 2021, au moins 44 personnes avaient été tuées et 111 blessées en deux semaines dans la région de l'Extrême-Nord, enclavée entre le Nigeria, le Tchad et le Niger, une zone où ces affrontements sont relativement fréquents de part et d'autre des frontières.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre, depuis plus de cinq ans, d'un conflit meurtrier entre des groupes armés réclamant l'indépendance d'un Etat qu'ils appellent l'"Ambazonie" et des forces de sécurité massivement déployées par le pouvoir du président Paul Biya, 89 ans, qui dirige le Cameroun d'une main de fer depuis près de 40 ans.

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Une partie de la minorité anglophone de ce pays dominé par les francophones s'estime ostracisée et marginalisée. Le conflit a fait plus de 6.000 morts depuis fin 2016 et forcé plus d'un million de personnes à se déplacer, selon l'ONG International Crisis Group (ICG). 

Les rebelles comme les militaires et les policiers sont régulièrement accusés par les ONG internationales et l'ONU de commettre exactions et crimes contre les civils.

Ce 27 juin, l'ONG internationale Human Rights Watch (HRW) a de nouveau déploré dans un rapport que les rebelles séparatistes commettent des "violations graves des droits humains" dans les Nord-Ouest et Sud-Ouest. Elle a aussi accusé "les forces gouvernementales" des mêmes violations.