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Cameroun anglophone : vingt-quatre civils ont été tués et une soixantaine blessés dimanche 29 mai

Soldat assurant la sécurité lors du scrutin de 2018 qui a vu la réélection de Paul Biya, Yaoundé.<br />
 
Soldat assurant la sécurité lors du scrutin de 2018 qui a vu la réélection de Paul Biya, Yaoundé.
 
© AP Photo/Sunday Alamba, File

Vingt-quatre civils ont été tués et une soixantaine blessés le 29 mai par des séparatistes armés dans le sud-ouest anglophone du Cameroun, en proie à un sanglant conflit. Quelques heures auparavant, l'armée avait annoncé avoir libéré plusieurs otages, dont Elizabeth Regina Mundi, une sénatrice du parti présidentiel, enlevée il y a un mois par des rebelles indépendantistes anglophones. Les militaires assurent avoir tué une dizaine de ravisseurs dans l'opération de sauvetage.
 

Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun, sont peuplés principalement par la minorité anglophone dont une partie s'estime ostracisée par la majorité francophone de ce pays dirigé d'une main de fer par le président Paul Biya, 89 ans.

Ce qui s'est passé dimanche 29 mai est le nouvel épisode d'un drame qui se déroule depuis 2017. Groupes séparatistes et armée s'affrontent dans un sanglant conflit dont les civils sont souvent les victimes.

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Le maire Ekwalle Martin déclare à l'AFP que des rebelles armés ont "attaqué avec des armes à feu dimanche le village d'Obonyi II", à 560 km au nord-ouest de Yaoundé, près de la frontière avec le Nigeria. "Le bilan est de 24 morts et au moins 62 blessés", a-t-il ajouté. "Les séparatistes voulaient que les habitants leur versent chaque mois de l'argent, ils ont refusé et c'est pour cela qu'ils ont attaqué", selon l'élu.

L'attaque a été confirmée par un membre de l'administration locale, sous couvert d'anonymat, qui a évoqué au moins 15 civils tués.

"A la suite de cette attaque, les populations ont fui au Nigeria pour certaines et en forêt pour d'autres. Cette zone est difficile d'accès. Les bandes armées profitent de cet enclavement pour dicter leur loi", a expliqué cette source à l'AFP.

Refus de négocier

Le président Paul Biya se montre intraitable, même à l'égard des revendications des plus modérés pour une solution fédéraliste, et dépêche massivement des forces de sécurité pour tenter de mater la rébellion.

La sénatrice Elizabeth Regina Mundi, 79 ans, et son chauffeur avaient été kidnappés le 30 avril par des rebelles qui réclament l'indépendance des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

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Dans une opération de l'armée contre "un refuge terroriste" le soir du 30 mai à Ashong, dans le Nord-Ouest, "plusieurs otages ont été libérés, dont la sénatrice", assure le 31 mai l'armée dans un communiqué. "Un détachement militaire tentait une approche du repaire quand "des terroristes lourdement armés ont ouvert un feu nourri (...) tandis que leurs camarades tentaient de s'échapper avec les otages", détaille le communiqué.

"Une dizaine de terroristes ont été neutralisés", selon la terminologie des autorités pour évoquer des militants indépendantistes qui ont été tués. Rien n'a filtré sur le nombre ou l'identité des autres otages "libérés".

Accusés d'atrocités par l'ONU

Les séparatistes armés, comme les militaires et policiers, sont régulièrement accusés par l'ONU et les ONG internationales de commettre crimes et atrocités contre les civils, principales victimes du conflit.

Les groupes séparatistes les plus violents se livrent fréquemment à des kidnappings, le plus souvent contre rançon, notamment de fonctionnaires et plus particulièrement d'enseignants, mais en tuent certains qu'ils accusent de "collaborer" avec Yaoundé.
Quelques personnalités connues - ecclésiastiques et politiques notamment - ont également été enlevées depuis cinq ans mais relâchées.

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En janvier dernier, le corps d'un sénateur de l'opposition, l'avocat Henry Kemende, avait été retrouvé criblé de balles à Bamenda après l'attaque de sa voiture, qui avait disparu. Les autorités avaient accusé les séparatistes mais le meurtre n'a jamais été revendiqué.

Aussitôt après son enlèvement, la Sénatrice Mundi était apparue sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux lisant, manifestement sous la contrainte, un texte en anglais réclamant l'indépendance, devant les drapeaux des Ambazonian Defence Forces (ADF) et de la "République d'Ambazonie" autoproclamée le 1er octobre 2017 par des séparatistes dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

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Son kidnapping avait été revendiqué par deux groupes rebelles, dont les ADF, l'un exigeant une rançon, l'autre la libération de prisonniers, avait alors assuré à l'AFP un haut responsable des services de sécurité sous couvert d'anonymat.

La sénatrice Mundi, originaire du Nord-Ouest, est membre du bureau politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) de M. Biya.