Cameroun : lancement d'une commission d'historiens sur la colonisation

Les travaux d'une commission d'historiens français et camerounais chargée de "faire la lumière" sur l'action de la France au Cameroun pendant la colonisation, débutent le 3 mars 2023. Le président français Emmanuel Macron avait appelé cette action lors de ses vœux en juillet 2022.
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Nyobe
Une statue en hommage à Ruben Um Nyobé, chef indépendantiste tué par l'armée françaises en 1958 au Cameroun.
Capture d'écran AFPTV
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La commission est co-dirigée par l'historienne française Karine Ramondy et l'artiste camerounais Blick Bassy. Elle va se pencher sur le "rôle et l'engagement de la France au Cameroun dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d'opposition entre 1945 et 1971", précisent-ils devant une trentaine de journalistes réunis lors d'une conférence de presse au centre culturel Ubuntu à Yaoundé. La commission rendra ses travaux publics "fin 2024", ajoutent les deux co-présidents, qui ont fait la lecture d'un communiqué.

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Cette commission comprend un volet scientifique, pour "fournir une analyse de l'histoire de cette période", indique Karine Ramondy. Elle coordonnera une équipe de 15 chercheurs camerounais et français qui auront accès "à la totalité des archives publiques françaises, y compris celles encore classifiées". 

Une histoire sanglante

Après la défaite de l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, la Société des Nations (SDN, ancêtre de l'ONU) avait confié la majeure partie de la colonie allemande du Kamerun à la tutelle de la France et le reste - la partie occidentale bordant le Nigeria - au Royaume-Uni. 

Avant l'indépendance du pays en 1960, les autorités françaises ont réprimé dans le sang les "maquis" de l'UPC (Union des populations du Cameroun), un parti nationaliste fondé à la fin des années 1940 et engagé dans la lutte armée contre le colonisateur et ses alliés camerounais, particulièrement en pays Bamiléké.  Plusieurs dizaines de milliers de militants pro-UPC, dont le leader indépendantiste Ruben Um Nyobè, ont été massacrés d'abord par l'armée française, puis après l'indépendance par l'armée camerounaise du régime d'Ahmadou Ahidjo (1960-1982).

Je ne vais pas travailler avec les historiens, mais plutôt avec les associations et les gens de terrain

Blick Bassy, co-président de la commission

Une certaine critique

Le second volet de la commission, animé par Blick Bassy, se penchera sur les enjeux "patrimoniaux et artistiques", notamment l'étude du "patrimoine oral et matériel" de cette période. 

La désignation des co-présidents avait suscité les critiques d'une partie de la communauté scientifique camerounaise.  Le professeur Daniel Abwa, président de la Société camerounaise d'histoire (SCH), avait notamment regretté "une volonté française d'écrire l'histoire du Cameroun sans les historiens camerounais", dans un communiqué. "Les gens se sont appuyés sur une rumeur pour faire des débats", répond Blick Bassy. "Je ne vais pas travailler avec les historiens, mais plutôt avec les associations et les gens de terrain".