Afrique

CAN 2021 : le Cameroun est-il avantagé ?

Depuis le début de la CAN, de nombreuses voix s'élèvent contre les traitements de faveur dont bénéficierait le Cameroun, pays hôte de la compétition.
Depuis le début de la CAN, de nombreuses voix s'élèvent contre les traitements de faveur dont bénéficierait le Cameroun, pays hôte de la compétition.
AP Photo/Themba Hadebe

Protocole Covid, arbitrage... de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les traitements de faveur dont bénéficieraient les Lions indomptables depuis le début de la compétition. Dernière polémique en date : l'absence de gardien professionnel dans l'équipe des Comores dans le huitième de finale remporté par le Cameroun lundi soir.

Vainqueur contre les Comores lundi soir, le Cameroun a validé son ticket pour les quarts de finale de la CAN 2022. Si les Lions indomptables livrent depuis le début de la compétition un niveau de jeu séduisant et de solides prestations sur le terrain, des voix s'élèvent régulièrement pour dénoncer le traitements de faveur dont bénéficierait la sélection camerounaise de la part de la Confédération africaine de football (CAF).

Le premier avantage des Lions indomptables se trouve en tribune. En raison de la pandémie de Covid-19, les jauges dans les différents stades camerounais ont été limitées à 60%. Mais il y a une exception : lorsque c’est le Cameroun, pays hôte, qui joue, la jauge est portée à 80%. Un avantage considérable quand on connaît l'effet décisif que peut avoir le "douzième homme" sur l'issue d'un match.

Les Comores privés de gardien contre le Cameroun

Ce week-end, de nouveaux faits sont venus renforcer les suspicions de traitements de faveur envers le Cameroun. Dimanche, soit un jour avant le huitième de finale des Lions indomptables contre les Comores, douze cas de Covid-19 ont été dépistés parmi la délégation comorienne, dont deux parmi les gardiens de but. Le troisième gardien étant blessé, les Comores ont dû se faire à l’idée qu’ils devraient mettre un joueur de champ dans les cages.

Lundi, nouveau coup de théâtre : Ali Ahamada, le gardien des Comores est finalement testé négatif au Covid-19. Mais le gardien n’a pas été autorisé à disputer la rencontre qui se déroulait le soir même. La raison ? Une nouvelle directive émanant de la Confédération africaine de football (CAF) qui oblige les joueurs ayant été testés positifs à s’isoler pendant cinq jours. Selon le journal L’Equipe, la directive aurait été décidée par la CAF dimanche dans la soirée. La décision de la CAF a fait polémique, tant sur les réseaux sociaux que sur les plateaux télé.

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Les Comoriens sont en droit se sentir floués : depuis le début de la CAN, de nombreuses équipes africaines ont fait jouer des joueurs testés positifs au Covid-19 quelques jours plus tôt et jusqu’ici, aucune directive n’imposait un isolement de cinq jours pour les joueurs testés positifs. Dimanche, Whabi Khazri est ainsi entré en jeu lors du match qui opposait la Tunisie au Nigéria moins de cinq jours après avoir été testé positif au Covid-19.

Par ailleurs, la fameuse directive brandie par la CAF lundi n’est pas mentionnée dans un texte émanant de la commission médicale de la CAF, que le journal L’Equipe s’est procuré. De nombreux observateurs ont estimé que ce revirement décrédibilisait le football africain.

Cette directive de la CAF a été particulièrement cruelle parce qu’elle a affecté l’effectif des gardiens et non celui des joueurs de champ, chez qui les postes sont davantage interchangeables. "On ne peut pas s'inventer gardien pour un 8e de finale", résumait le milieu de terrain comorien Nadjim Abdou en amont de la rencontre.

Lundi soir, c’est finalement le défenseur comorien Chaker Alhadhur qui a gardé les buts des Coelacanthes. Affublé d'un maillot portant le numéro trois dessiné au scotch dans son dos, le latéral droit de métier n'a pas démérité a même réalisé un superbe arrêt à la 48ème minute. Mais cela n'a pas suffi pour emmener la sélection comorienne, déjà héroïque dans cette CAN,  jusqu'aux quarts de finale.

Chaker Alhadhur (à gauche) a enfilé des gants de gardien de but pour défendre les cages des Comores contre le Cameroun lundi soir.
Chaker Alhadhur (à gauche) a enfilé des gants de gardien de but pour défendre les cages des Comores contre le Cameroun lundi soir.
AP Photo/Themba Hadebe

Élu homme du match, le Comorien Youssouf M’Changama a passé un message lors de la conférence de presse après le match : “Je veux faire passer un petit message à la CAF : Il y a des règles, mais on est tous dans le Covid, il y a des adaptations partout, c'est inadmissible qu'on ne s'adapte pas à notre situation, (il nous manquait) un gardien ! Nous on dénonce le manque d'éthique." Pour autant, le joueur n'a pas cédé à la polémique. "Être à la CAN est une grande fierté, être en 8e dans ces conditions est une fierté énorme. Il faut continuer à exploiter ce talent et travailler pour revenir", a-t-il poursuivi.

Les déboires des Comoriens avaient commencé en amont de la rencontre. Dans une vidéo tournée à bord de leur bus, on peut apercevoir des joueurs en train d'être strappés par des membres du staff. Un empressement lié aux embouteillages dans lesquels était pris le bus de la sélection.

Des internautes ont même accusé le Cameroun de ne pas avoir prévu d'escorte policière pour le bus des Comores. Une information contredite par les voitures de police que l'on peut apercevoir dans la vidéo et démentie par Chaker Alhadhur lui-même sur le plateau de beIN SPORTS.

L'abitrage des matchs du Cameroun, lui aussi, a suscité la polémique. Bamlak Tessema Weyesa, l’arbitre ethiopien du huitième de finale a sifflé la fin de la rencontre trois secondes avant la fin du temps additionnel alors qu’une action était en cours du côté des Comores. “Vous êtes nuls, nuls, nuls”, a crié aux arbitres le rappeur franco-comorien Rohff, présent dans les tribunes du stade d’Olembé. Finalement, les Coelacanthes se sont inclinés 2 buts à 1 face au Cameroun.

Aucun cas de Covid-19 dans l'équipe camerounaise

Depuis le début de la compétition, toutes les équipes ont déclaré des cas de Covid-19 sauf… le Cameroun. Une situation qui interroge, forcément. Le sélectionneur des Comores, Amir Abdou, s’est posé des questions sur la multiplication des cas dans son staff et sur l’absence de cas côté camerounais. “Franchement, ont-ils besoin de ça contre nous ? Ce qui est marrant, c’est qu’en faisant les tests, il prenait aussi des photos et avec un petit sourire, ce sourire qui te dit : il se passe quelque chose. Je l’ai déjà vécu. Le PCR peut devenir une arme supplémentaire pour un pays ou un club”, a-t-il confié au journal L’Equipe.

La sélection tunisienne est l'équipe qui a été la plus affectée par les cas de Covid depuis le début de la compétition. Etonnée par ce phénomène, jugé comme "incompréhensible" par l'entourage de la sélection, la Fédération tunisienne a fait repasser des tests Covid à ses joueurs par un laboratoire indépendant et certains résultats étaient différents de ceux obtenus par le laboratoire suisse mandaté par la CAF pour la compétition. Or, la CAF ne prend en compte que les résultats fournis par le laboratoire suisse.

Lors d'une conférence de presse donnée ce mardi, la CAF a balayé les accusations de manipulations des tests Covid-19 en soulignant l'indépendance du laboratoire chargé de tester les joueurs.