Afrique

CAN 2021 : sur les traces de Wahbi Khazri, joueur tunisien et enfant de Corse

Le Tunisien Wahbi Khazri célèbre son but contre le Panama, lors de la Coupe du monde de football 2018, en Russie, le jeudi 28 juin 2018.
Le Tunisien Wahbi Khazri célèbre son but contre le Panama, lors de la Coupe du monde de football 2018, en Russie, le jeudi 28 juin 2018.
AP Photo/Darko Bandic

Sa technique légère et sa frappe lourde, le joueur tunisien Wahbi Khazri les a peaufinées sur un terrain improbable d'Ajaccio, où tout le monde se souvient d'un gamin gentil. Il représentera un peu la Corse à la Coupe d'Afrique avec la Tunisie en lice ce 12 janvier contre le Mali.

"Il a travaillé sa technique là-dessus", dit l'entraîneur de son enfance, Francis Thierry, 72 ans, en ouvrant le bras sur le terrain en stabilisé du stade du Binda, celui de la Jeunesse sportive ajaccienne, où Khazri a joué de 4 à 14 ans.

"Pas de pelouse, on n'en veut pas", snobe le manager général, qui entraîne... toutes les équipes de la JSA, de 5 à 18 ans. Sur ce stabilisé, "il faut vraiment apprendre la gestuelle du foot, surtout les contrôles, c'est plus difficile, alors on est plus concentré", développe le "Guy Roux de la JSA".

Dès ses 4 ans et demi, le petit Wahbi descendait de sa résidence, " À Mandarina", jusqu'au Binda. Le petit surdoué a vite joué dans deux catégories en même temps.
"Aligné en U13 contre l'Étoile filante bastiaise le samedi, il avait mis 4 buts. Je l'avais surclassé et à nouveau aligné le dimanche contre le Sporting, en U14, il avait mis 3 buts!" se souvient Francis.

Khazri rayonne, l'équipe est à son service. Cela créait bien "quelques jalousies chez des parents, mais ils savaient qu'il était le meilleur, c'est lui qui terminait les actions", justifie le coach.

Le buteur de la Tunisie n'a que des bons souvenirs d'Ajaccio. "J'étais heureux, je ne manquais de rien, raconte-t-il. On était une bande de copains. Souvent j'allais jouer avec les plus grands, ils tapaient à la porte pour savoir si je pouvais venir avec eux."

"Sans une égratignure!"

Un de ses grands frères, Foued, en rigole encore: "Ma mère se demandait: Qu'est-ce qu'ils veulent à mon petit? Vous le ramenez sans une égratignure!"

Et les terrains étaient encore pire que celui du Binda. "On jouait des 12x12, sans les lignes, il ne fallait rien lâcher!" se souvient amusé le grand ami de la famille, Anthony Bernardi.

Dans la résidence "A Mandarina", un assemblage de petits immeubles rose délavé, Wahbi a travaillé ses tours, sur des terrains non conventionnés: les bouts de jardins entre les bâtisses.

L'un d'eux est en "L" et en pente, dans un petit coin. "Une équipe joue en montant, l'autre en descendant, et les deux goals ne se voient pas", décrit Anthony Bernardi.
Quelques années plus tard, un city-stade est construit à l'entrée de la résidence, accaparant les heures d'après l'école. Ce nouveau terrain, "c'était du luxe pour nous!" s'exclame l'ami d'enfance.

Wahbi et les copains jouaient aussi sur le béton du terrain omnisports du lycée Filosello, tout proche, baptisé "Old Trafford" par les copains.
"On apprend sur ces terrains, dit Anthony Bernardi en écho à Francis Thierry. Sur le béton, on doit rester debout."

"Corse" et "Tunisien"

C'est comme ça que Khazri a développé ses qualités techniques, et sa botte secrète: "Une très grosse frappe de balle", dit son frère Foued, alors que l'attaquant stéphanois a par exemple inscrit en octobre à Metz un but sublime du milieu de terrain, un lob de 68 mètres dont les images ont fait le tour du monde.
Wahbi finit par taper dans l'œil de Bastia, le grand club de l'Île, son île.

"Moi je me sens corse, je suis né en Corse, j'ai les racines tunisiennes par mes parents, mais je suis né là-bas, j'ai la culture de là-bas", insiste Khazri. "Je n'ai jamais senti de racisme en Corse, assure-t-il, c'est une terre très accueillante, très chaleureuse."

"Et je me sens aussi tunisien", prolonge-t-il, "fier" de répondre à l'appel des Aigles de Carthage, qui viennent le chercher en 2013, alors qu'il avait joué une fois pour les Espoirs français.

A Bastia, Benoît Tavenot prend le relais de Francis. L'entraîneur se souvient du joueur comme "un talent pur".
Avec Khazri, "on n'a jamais eu le moindre souci de comportement. La plus grosse bataille, à 15 ans, c'était avec la nourriture, il doit se souvenir que je l'ai surpris en flag' dans sa chambre avec un paquet de chips!" raconte-t-il en riant.

"C'était un gentil garçon, prolonge Tavenot. Il n'avait pas encore trop la notion de l'effort. Mais il a avancé, il s'est pris en main seul, sa réussite, il est allé la chercher.

(Re)lire : CAN 2021 : le calendrier des matchs, tous les résultats et classements