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CAN 2022 : Mohamed Salah, pharaon des temps modernes

Le joueur de Liverpool, Mohamed Salah, pendant l'échauffement avant le match Chelsea- Liverpool, à Londres, le 2 janvier 2022.
Le joueur de Liverpool, Mohamed Salah, pendant l'échauffement avant le match Chelsea- Liverpool, à Londres, le 2 janvier 2022.
AP/Matt Dunham

Le prodige égyptien a connu une ascension fulgurante : premier match professionnel à 17 ans, signature dans un club européen à 20 ans et deux ans plus tard dans un club de Premier League. Aujourd'hui ses qualités d’attaquant ne sont plus à démontrer à Liverpool. En sélection nationale, les médailles se font en revanche plus rares. Arrivera-t-il à décrocher son premier titre avec les Pharaons lors de la Coupe d’Afrique des nations?

Avec le maillot rouge de Liverpool, Mohamed Salah est souvent tout sourire sur le terrain. Et il a de quoi, au vu de son succès. Vainqueur de la Ligue des Champions en 2019, Champion d'Angleterre en 2020, mais aussi meilleur joueur africain à deux reprises et meilleur buteur du championnat d’Angleterre (2017 et 2019), les récompenses s'accumulent.

En revanche, le regard serait plus fermé en sélection nationale égyptienne, avec laquelle le champion n'a remporté aucun titre. Peut-être plus pour longtemps?  La star des Pharaons dispute la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Cameroun, une compétition qu'il n'a encore jamais gagnée. Lors de la dernière édition, Salah et ses coéquipiers s’étaient fait sortir, à la surprise générale, en huitième de finale par l’Afrique du Sud, et la victoire leur avait filé entre les doigts en finale en 2017 face aux Lions du Cameroun. 

À Liverpool, 32 buts en 36 rencontres

Le talent paie, et le travail encore plus. Adolescent, Mohamed Salah multiplie les heures de bus depuis son village de Basyoun situé dans le gouvernorat de Gharbeya, dans le nord du pays, jusqu'au Caire où il suit une formation aux Arab Contractors. Né en 1992, le jeune aspirant est issu d’une famille modeste et sait qu'il va devoir faire ses preuves. Il dispute alors son premier match professionnel à 17 ans dans le championnat égyptien.

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Il ne lui faut que quelques années pour que son talent attire ensuite l'attention des premiers clubs européens. Âgé d’à peine 20 ans, il s’envole pour la Suisse. Il joue alors pour le FC Bâle où il reste deux ans, et avec lequel il remporte en 2013 et 2014 le championnat national suisse. Il rentrera, pendant cette période, dans le top 15 des meilleurs jeunes attaquants du monde. 

Il est ensuite convoité par le club londonien de Chelsea qui finit par s'offrir le jeune prodige pour 16,5 millions d’euros. Seulement, après des débuts compliqués, Salah est prêté à un club italien, d’abord à la Fiorentina puis à l’AS Roma où il réalise une excellente première saison en 2015/2016 (14 buts et 8 passes décisives en 34 matchs). La deuxième est encore meilleure (15 buts et 11 passes décisives) et fait de lui l’un des meilleurs ailiers d’Europe. De quoi séduire une seconde fois les prestigieux clubs anglais qui n’avaient pas réussi à le recruter après ses années au FC Bâle.

Voir aussi : CAN : derniers préparatifs avant le coup d'envoi

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C’est alors Liverpool qui se montre le plus convaincant et signe un chèque de 42 millions d'euros pour faire venir le joueur et renforcer son collectif. Un transfert que le club londonien ne regrettera pas une seconde : lors de la saison 2017/2018, Mohamed Salah inscrira 32 buts en 36 rencontres de championnat. Des chiffres que seuls Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont dépassés durant leur carrière. 

- 18,9% d’actes islamophobes depuis son arrivée à Liverpool

Très en vue sur le terrain, Mohamed Salah est une source d’inspiration pour bon nombre de supporters des Reds. De confession musulmane, il ponctue chacun de ses buts par une prière. De quoi crisper les habitants de Liverpool où les tensions communautaires sont fréquentes ? Au contraire, depuis l’arrivée de Salah à l’été 2017, les comportements islamophobes auraient diminués dans les rues de la ville.

Une étude très sérieuse a été menée à ce sujet par des chercheurs de l'université de Stanford aux États-Unis, et a conclu à une baisse de « 18,9% d’actes islamophobes, dans le Merseyside, le comté de Liverpool», ainsi qu’à une baisse des tweets anti-musulmans écrits par les fans du club. Certains supporters ont même témoigné s’être convertis à l’islam, après avoir été fortement inspirées par le joueur égyptien.

Par ailleurs, le Pharaon s’est même fait une place au sein du plus célère des musées britanniques, le British Museum. Ses crampons ont fait leur entrée dans le musée de Londres en mai 2018, parmi les trésors égyptiens. Le conservateur anglais, Neal Spencer, avait alors déclaré : « Ces chaussures racontent l'histoire d'une icône égyptienne moderne, évoluant au Royaume-Uni, avec un impact véritablement mondial.»

Aussi populaire que le président égyptien

Dans son pays natal, l'Égypte, sa popularité est décuplée et les exemples sont nombreux. Son parcours est désormais enseigné dans les manuels scolaires des écoles primaires et secondaires. Mohamed Salah multiplie aussi ses engagements comme celui contre les violences et les inégalités infligées aux femmes en Égypte lors d’une campagne de l’ONU.

N’oubliant pas d’où il vient, il participe à de nombreuses oeuvres caritatives, comme la construction d’infrastructures dans son quartier. Dernièrement, il a fait le don de 20 000 mètres carrés de terre à son village natal de Basyoun afin de construire une station d’épuration.

Au-delà de la sphère footbalistique, certains seraient même tenté de prêter au joueur de 29 ans un futur politique. Lors des dernières élections de 2018, alors que le scrutin joué d’avance se disputait entre Abdel Fattah al-Sissi et Moussa Mostafa Moussa (un soutien du maréchal), Mohammed Salah avait recueilli un demi-million de votes (estimés) par des votants qui avaient préféré rayé le nom des deux autres candidats et y inscrire celui de l’international égyptien.

Tout le monde l'apprécie et reconnait sa simplicité en dehors des pelouses. Pour bon nombre de jeunes, c'est un modèle à suivre.

Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS

Pour Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), Mohamed Salah est une figure populaire en Égypte qui dépasse les frontières du football  : «Il incarne à sa manière l’Égypte contemporaine et la nouvelle génération de ce pays. Son aura dépasse donc à la fois le terrain sportif et le territoire égyptien. Tout le monde l’apprécie et reconnait sa simplicité en dehors des pelouses (aucune excentricité ou aucune frasque). Pour bon nombre de jeunes, c’est un modèle à suivre. »

Avant d'assumer des reponsabilités politiques, le joueur de Liverpool endosse déjà le rôle important, et non des moindres, de pièce maîtresse de l’équipe nationale. Sa performance est attendue pour la Coupe d’Afrique des nations, où les Pharaons figurent parmi les favoris. En 2017, l’Égypte s’était hissée en finale de la CAN grâce à la performance de Salah pendant la compétition : 2 buts et 2 passes décisives en 6 matchs. Son efficacité, son talent et son influence sur le terrain lui avaient d’ailleurs valu le titre de meilleur joueur africain cette même année. 

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En 2018, la qualification de la sélection égyptienne à la Coupe du monde en Russie était compromise, elle ne tenait plus qu’à un fil, quand Mohamed Salah a réalisé un doublé décisif face au Congo (2-1), faisant empocher à son équipe son premier ticket pour la Coupe du monde depuis 1990, et la troisième de l’Histoire.

Auréolé de tous ces succès, son palmarès ne semble aujourd’hui manquer que d'un premier titre avec son équipe nationale. Un rêve qui pourrait se réaliser au Cameroun dans les prochains jours.