Afrique

CAN de football: plusieurs blessés dans des échanges de tirs dans l'ouest du Cameroun

Carte du Cameroun et de ses régions anglophones, localisant Buea
Carte du Cameroun et de ses régions anglophones, localisant Buea
afp.com - Valentina BRESCHI

Des tirs entre militaires et des hommes armés ont fait des blessés mercredi dans l'ouest du Cameroun en proie à un sanglant conflit entre l'armée et des séparatistes anglophones, un incident qui vient peser sur le climat la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de football.

Avant l'ouverture de la compétition-reine du football africain dimanche à Yaoundé, des rebelles indépendantistes avaient menacé de s'en prendre aux équipes qui jouent à Limbé et s'entraînent à Buea, dans l'ouest.

"Il y a eu des échanges de tirs à Buea hier et plusieurs personnes ont été blessées", a déclaré à l'AFP par téléphone le maire David Mafani Namange, évoquant toutefois des "incidents sporadiques". "Les forces de sécurité sont rapidement intervenues", a-t-il poursuivi.

L'attaque n'a pour l'heure pas été revendiquée. La Confédération africaine de football (CAF) organisatrice du tournoi a semblé peu troublée par l'incident, ignoré également par la quasi-totalité de la presse camerounaise.

"On sait qu'il y a eu un mouvement, loin de nos opérations, mais nous ne savons pas du tout précisément ce qui a pu se passer, s'il y a eu une attaque ou non", a commenté pour l'AFP un haut responsable de l'encadrement de la CAF qui a requis l'anonymat.

-Coups de feu nourris-

Les autorités, elles, sollicitées par l'AFP, n'ont ni confirmé ni infirmé. "Les séparatistes ont attaqué plusieurs quartiers de Buea, les renforts de l’armée sont arrivés et ont riposté", a simplement affirmé à l'AFP un haut responsable militaire sous couvert d'anonymat.

"Il y a eu des échanges de coups de feu nourris entre militaires et séparatistes", a pourtant affirmé à l'AFP Me Agbor Balla, directeur de l’ONG Centre for Human Rights and Democracy in Africa.

"Plus les séparatistes avançaient vers le centre-ville, plus c'était la panique", a précisé l'avocat, qui évoque un mort dans les combats, sans qu'aucune autre source ne le confirme.

Buea est le chef-lieu du Sud-Ouest qui, avec le Nord-Ouest, sont les deux régions habitées principalement par la minorité anglophone du Cameroun, vaste pays d'Afrique centrale peuplé à 80% de francophones et dirigé d'une main de fer depuis près de 40 ans par le même homme, le président Paul Biya, âgé de 88 ans.

Depuis cinq ans, après la répression de manifestations pacifiques accusant le pouvoir central d'ostracisme à l'égard des anglophones, séparatistes armés et militaires s'affrontent dans un conflit meurtrier. Des ONG internationales et l'ONU blâment régulièrement les deux camps pour des crimes et atrocités visant les civils.

Les groupes armés sécessionnistes les plus radicaux réclament l'indépendance des deux régions sous le nom d'"Ambazonie" et avaient menacé avant l'ouverture de la CAN dimanche de perturber son déroulement.

Le corps d'un sénateur a été retrouvé criblé de balles mercredi à Bamenda, chef lieu du Nord-Ouest. Henry Kemende, élu du Social Democratic Front (SDF), l'un des principaux partis de l'opposition, a été tué par les "Ambazoniens", avait aussitôt accusé son parti, pourtant dominé par les anglophones mais régulièrement la cible des séparatistes parce qu'opposé à toute partition et participant aux institutions centrales.

-deux camps intraitables-

Les combats ont tué en 5 ans "plus de 6.000 personnes et en ont déplacé environ un million d'autres, provoquant l'une des crises humanitaires les moins médiatisées au monde", écrivait l'ONG International Crisis Group (ICG) trois jours avant l'ouverture de la CAN, en blâmant les deux camps de refuser toute concession et dialogue.

Les "Amba-boys", surnom donné aux plus extrémistes des rebelles séparatistes commettent régulièrement des crimes et des atrocités visant les civils.

Les militaires ne sont pas en reste selon l'ONU qui, au diapason de pays comme la France et les Etats-Unis, reprochent à M. Biya de mener une répression implacable et de rester sourd à toute demande, même pour une solution fédéraliste réclamée par les plus modérés.

"Les attaques des séparatistes pendant le mois que durera le tournoi risquent d’entamer le capital de sympathie dont jouissent les Camerounais anglophones en Afrique et ailleurs, et les mesures draconiennes du gouvernement pourraient provoquer une réaction populaire et une escalade du conflit", redoute ICG qui appelle rebelles et gouvernement à un "cessez-le-feu" au moins le temps de la CAN.