Afrique

Centrafrique: 10 Casques bleus blessés par la garde présidentielle

<p>Des casques bleus marocains patrouillent à Bangassou, en Centrafrique, le 15 février 2021.</p>

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Des casques bleus marocains patrouillent à Bangassou, en Centrafrique, le 15 février 2021.

AP/Adrienne Surprenant

Dix Casques bleus égyptiens non armés de la Mission des nations unies en Centrafrique (Minusca) ont été blessés lundi 1 novembre par la garde présidentielle. Les services du président Touadéra ont accusé les militaires d'avoir pris des photos de la résidence du chef de l'Etat, ce qui est interdit.

L'ONU condamne "une attaque délibérée et inqualifiable". Dans la journée du 1er novembre, une dizaine de Casques bleus égyptiens, transportés dans un bus, ont essuyé des tirs nourris de la part de la garde présidentielle.

Les services du président Faustin-Archange Touadéra ont en retour accusé les militaires égyptiens d'avoir pris des photos de la résidence du chef de l'Etat, ce qui est interdit, et d'avoir refusé d'arrêter leur véhicule. Une fille de 12 ans a été heurtée par le minibus et tuée "dans leur fuite", selon la présidence.

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Dans un communiqué, l'ONU a assuré que "Les éléments de l’Unité de Police Constituée égyptienne", qui circulaient dans un bus, ont été victimes de tirs de la part de la garde présidentielle "sans sommation préalable ni riposte aucune, alors qu’ils n’étaient pas armés". Deux d'entre eux ont été grièvement blessés.

Classée deuxième pays le moins développé au monde par l'ONU, la Centrafrique a été plongée dans une guerre civile sanglante après un coup d'État en 2013. Ce conflit perdure mais a considérablement baissé d'intensité depuis trois ans, même si des pans entiers de territoires continuent d'échapper au pouvoir central.

La Minusca, déployée dès 2014 et dont le mandat vient à échéance le 15 novembre, compte près de 12.000 militaires et représente une des opérations de maintien de la paix les plus coûteuses de l'ONU avec un budget annuel dépassant le milliard de dollars.

Bus identifié 

Les Égyptiens étaient arrivés à l'aéroport de Bangui dans le cadre de la rotation périodique des troupes. Ils se dirigeaient vers leur base dans des bus clairement identifiés "avec les initiales UN", selon Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca.

Le porte-parole de la présidence, Yaloké Mokpeme, a assuré que trois des quatre bus de ce contingent étaient entrés dans la base égyptienne à 500 mètres de la résidence de M. Touadéra. "Mais le quatrième continue pour remonter jusqu'au niveau de la résidence du chef de l'Etat", toujours selon lui. La garde présidentielle leur aurait alors "fait signe de faire demi tour", ce qu'ils font, mais l'un des passagers "sort son appareil photo et fait des photos de la résidence du chef de l'Etat, ce qui est formellement interdit", a ajouté le porte-parole.

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"Après le refus d'obtempérer, la Garde a fait des tirs de sommation et il se trouve que ces tirs ont fait des blessés", a poursuivi Yaloké Mokpeme, accusant le chauffeur du véhicule d'avoir "mortellement heurté une jeune fille de 12 ans (...) dans leur fuite".

Selon la Minusca, le bus "a heurté une femme qui a perdu la vie" en quittant la zone après les tirs. Une accusation qui insurge Yaloké Mokpeme : "Le communiqué (de la Minusca) parle finalement d'une attaque de la Garde présidentielle, de tirs sans sommation", (...) je suis désagréablement surpris. À quoi joue la Minusca ?"

Mi-octobre, le Sécrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait dénoncé "des incidents hostiles" ciblant des Casques bleus et impliquant "des forces de défense et de sécurité déployées bilatéralement" qui se poursuivaient à "un niveau inacceptable". M. Guterres avait réclamé à Bangui "des mesures concrètes" pour mettre un terme à ces actes "susceptibles de constituer des crimes de guerre".

"Graves violations" 

Sept attaques visant des membres de la Minusca et 18 cas de harcèlement routier par les forces de sécurité nationale ont notamment été enregistrés par l'ONU entre le 1er juin et le 1er octobre.

M. Touadéra a décrété le 15 octobre un "cessez-le-feu unilatéral" de son armée et ses alliés -paramilitaires russes notamment- dans leur guerre contre les rebelles pour favoriser l'ouverture prochaine d'un dialogue national.

En décembre 2020, une partie des groupes armés qui occupaient alors plus des deux tiers du pays avaient lancé une offensive pour empêcher la réélection de M. Touadéra. Celui-ci avait sollicité Moscou et Kigali, qui avaient dépêché des centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais à la rescousse d'une armée centrafricaine démunie.

Grâce essentiellement au soutien des Russes et des Rwandais, l'armée a, depuis, reconquis toutes les grandes villes et repoussé les rebelles dans les forêts. Mais ces derniers multiplient les attaques furtives ces dernières semaines, loin de la capitale Bangui.

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