Afrique

Centrafrique : le gouvernement annonce que le Rwanda et la Russie ont envoyé des soldats

Les forces de l'ONU du Rwanda patrouillent dans les rues de Bangui, en République centrafricaine,  le 12 février 2016. (illustration)
Les forces de l'ONU du Rwanda patrouillent dans les rues de Bangui, en République centrafricaine,  le 12 février 2016. (illustration)
AP Photo / Jerome Delay

À moins d'une semaine des élections présidentielles et législatives, le Rwanda a annoncé ce lundi avoir envoyé des troupes en Centrafrique, où ses soldats servant sous mandat onusien ont été "pris pour cible par les rebelles" de l'ex-président François Bozizé. Le gouvernement centrafricain a aussi affirmé que la Russie avait envoyé "plusieurs centaines" de soldats dans le pays et des équipements lourds dans le cadre d'un accord de coopération bilatérale.

"Le gouvernement rwandais a déployé une force de protection en République centrafricaine, dans le cadre d'un accord bilatéral de défense. Le déploiement est en réponse au ciblage du contingent des Forces de Défense du Rwanda (RDF) sous la force de maintien de la paix de l'ONU par les rebelles soutenus par (l'ancien président) François Bozizé", indique le ministère dans un communiqué.

Aucun détail n'est donné sur la date du déploiement, le volume des effectifs déployés ou leur mission exacte. Le ministère précise seulement que les "troupes rwandaises contribueront également à assurer des élections générales pacifiques et sécurisées prévues le dimanche 27 décembre 2020".

Le Rwanda est l'un des principaux pays contributeurs de la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minusca) depuis son déploiement en 2014. La Minusca compte environ 11.500 Casques bleus. Le contingent rwandais de la Minusca est notamment chargé de la sécurité du président centrafricain Faustin Archange Touadéra et de la protection du palais présidentiel.

(Re)voir : Présidentielle en Centrafrique, mode d'emploi

Chargement du lecteur...

"Plusieurs centaines" de soldats russes et "des équipements lourds"


La Russie a envoyé "plusieurs centaines" de soldats en Centrafrique, a annoncé Bangui ce lundi aussi, trois jours après une offensive de trois groupes armés qualifiée de "tentative de coup d'Etat" par le gouvernement.

"La Russie a envoyé plusieurs centaines d'hommes des forces régulières, et des équipements lourds" dans le cadre d'un accord de coopération bilatérale, a déclaré Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain, sans préciser leur nombre exact ni la date de leur arrivée.  

(Re)voir : Troupes russes en République centrafricaine, vrai ou faux?

Chargement du lecteur...

En Centrafrique, des gardes privés employés par des sociétés russes de sécurité assurent la protection rapprochée du président Faustin Archange Touadera et des instructeurs forment les forces armées centrafricaines. Moscou n'a pas encore confirmé  l'envoi de soldats russes en Centrafrique.

"Les informations en provenance de ce pays suscitent une sérieuse inquiétude", a pour sa part déclaré ce lundi à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sans toutefois confirmer l'arrivée de renforts russes. "Pour l’heure, nous gardons silence sur ce sujet", a confié une porte-parole du ministère de la défense russe.  

Le porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), Vladimir Monteiro, a déclaré que les rebelles ont été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités.

La France favorable au maintien des élections

La France a estimé lundi que le maintien des élections présidentielle et législatives en Centrafrique le 27 décembre était nécessaire pour éviter toute "période d'incertitude",  après une offensive de groupes armés et l'envoi de troupes russes et rwandaises en soutien au gouvernement de Bangui.

"L'enjeu des jours à venir c'est que le scrutin puisse se tenir aux dates prévues pour qu'on n'entre pas dans une période d'incertitude qui pourrait réactiver les agendas des uns et des autres pour prendre le pouvoir par la force", selon une source à l'Elysée, interrogée par l'AFP.

"Les Nations unies ont pu continuer à livrer le matériel électoral et jusqu'à présent il y avait un consensus national pour tenir ces élections", a ajouté cette même source, précisant que "sur le plan organisationnel", les élections pouvaient se tenir dimanche.

La France, la Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et la Banque mondiale avaient appelé dimanche François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes.

Ces pays et institutions partenaires de la Centrafrique, membres du G5+, "demandent que Bozizé et les groupes armés alliés déposent immédiatement les armes, s’abstiennent de toute action de déstabilisation et respectent la décision de la Сour constitutionnelle du 3 décembre 2020". 
 

"Tentative de coup d'Etat" ? 

 

Vendredi 18 décembre au soir, trois des plus puissants groupes armés qui occupent plus des deux tiers de la Centrafrique avaient commencé à progresser sur des axes routiers vitaux pour l'approvisionnement de la capitale Bangui, après avoir annoncé leur fusion. Dans la foulée, le gouvernement a accusé François Bozizé de "tentative de coup d'Etat", lui prêtant l'"intention manifeste de marcher avec ses hommes sur Bangui", ce que son parti a démenti.

(Re)voir : Centrafrique, le gouvernement accuse François Bozizé d'être derrière les attaques d'une coalition de groupes armés

Chargement du lecteur...

La Coalition de l'opposition démocratique (COD-2020), dont l'ancien président François Bozizé était le chef de file jusqu'à récemment, "exige le report des élections présidentielles et législatives jusqu'au rétablissement de la paix et de la sécurité" dans un communiqué publié dimanche 20 décembre.

Arrivé au pouvoir en 2003 avant d'être lui-même renversé en 2013 par une coalition rebelle qui a plongé le pays dans la guerre civile, M. Bozizé, s'était déclaré candidat à la présidentielle - couplée aux législatives - et faisait figure de principal concurrent au chef de l'Etat actuel. Mais la Cour constitutionnelle a invalidé sa candidature, estimant qu'il était sous le coup de sanctions de l'ONU pour son soutien présumé à des groupes armés responsables de "crimes de guerre" et de "crimes contre l'Humanité". 

Samedi 19 décembre, M. Touadéra avait déjà évoqué une implication du Rwanda dans le combat contre les rebelles : "Nos soldats sont en alerte générale, appuyés par la Minusca, la Fédération de Russie et le Rwanda pour sortir de cette crise", avait-il lancé à ses partisans. 

Le gouvernement avait proposé qu'ils tiennent compte des cas de force majeure, et ils ont refusé, a déclaré ce lundi le porte-parole du gouvernement, M. Kazagui. "Il n'appartient pas à des candidats en lice de demander la suspension des élections, c'est la cour constitutionnelle et l'Agence Nationale des élections (ANE) qui décident", a-t-il souligné. "La position du gouvernement c'est que nous allons aux élections. Nous avons déployé énormément d'efforts pour ces élections. Les Centrafricains veulent aller voter", a-t-il conclu.