Centrafrique: l’ex-président François Bozizé en exil condamné à la perpétuité

L’ex-président de la Centrafrique François Bozizé, aujourd'hui à la tête de la principale coalition rebelle, a été condamné aux travaux forcés à perpétuité à Bangui notamment pour "complot" et "rébellion". Il est désormais en exil au Tchad.

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Le président Bozizé en 2013

Le président alors de la République centrafricaine François Bozizé le 8 janvier 2013 au palais présidentiel de Bangui.

AP Photo/Ben Curtis
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François Bozizé, qui s'était emparé du pouvoir en 2003 par un coup d’État avant d'être renversé 10 ans plus tard par des rebelles, a été condamné jeudi à cette peine par contumace comme deux de ses fils et vingt autres quo-accusés, dont des chefs rebelles importants.

Ils ont tous été condamnés aussi pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’État" et "assassinats", selon le jugement lu par Joachim Pessire, Premier président de la Cour d'appel de Bangui qui juge en première instance pour les affaires criminelles.

Exilé en Guinée Bissau

Le jugement ne précise ni les crimes ni la période concernés. François Bozizé, 76 ans, réfugié au Tchad jusqu'en mars 2023, date à laquelle il s'est exilé en Guinée-Bissau, est le coordinateur de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).

Il s'agit de la principale coalition rebelle centrafricaine formée en décembre 2020 et qui poursuit une guérilla dans le Nord du pays.

Ali Darassa, chef militaire en fuite de l'Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC), principale composante de la CPC, figure parmi les condamnés.

La guerre civile déchire la Centrafrique, pays parmi les plus pauvres du monde, depuis 2013 lorsqu'une coalition de groupes armés dominés par les musulmans, la Séléka, a renversé François Bozizé. Ce dernier a ensuite organisé et armé des milices dites anti-balakas, majoritairement chrétiennes et animistes, pour tenter de reprendre le pouvoir.

Voir : "Nous ne sommes pas contre la France" affirme le président Touadéra sur TV5MONDE

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Massacres

Des milliers de civils ont été massacrés jusqu'au paroxysme de la guerre en 2016 et l'Onu a accusé la Séléka et les anti-balakas de crimes contre l'humanité, malgré la présence d'une importante force de maintien de la paix de Casques bleus.

Le conflit, extrêmement meurtrier les premières années, a considérablement baissé d'intensité depuis 2018.

En décembre 2020, le président Faustin Archange Touadéra a appelé Moscou à la rescousse pour contrer une offensive de la CPC.

La Russie a envoyé des centaines de paramilitaires de la société privée Wagner, en renfort de centaines d'autres présents depuis 2018, qui ont largement contribué à repousser les rebelles.

Mais l'ONU et des capitales occidentales accusent l'armée centrafricaine et Wagner --comme les rebelles-- de commettre des crimes contre les civils, et le pouvoir de Faustin Archange Touadéra de rémunérer les paramilitaires et des sociétés russes avec les ressources minérales du pays, notamment l'or et le diamant.

Après plusieurs tentatives de putsch, François Bozizé était parvenu en 2003 à s'emparer du pouvoir par la force en chassant le président Ange-Félix Patassé. Son régime, miné par la guerre civil n'a jamais tenu ses promesses, l'insécurité empêchant tout décollage économique.

Le général Bozizé, ancien chef d’état-major de l’armée, avait tenté un retour, par les urnes cette fois-ci, en 2020 en se présentant à la présidentielle. Mais sa candidature avait été invalidée par la Cour constitutionnelle, au motif qu'il était poursuivi pour des crimes présumés.

Élu en 2016, Faustin Archange Touadéra a été réélu en 2020 dans un scrutin très contesté auquel deux électeurs inscrits sur trois n'avaient pas pu prendre part en raison notamment des violences.

Fin juillet, une nouvelle Constitution a été votée par référendum à plus de 95%. Cette modification de la loi fondamentale permettre au président Touadéra, 66 ans, de briguer un troisième mandat en 2025.