Afrique

Centrafrique : "Nous, étudiants !", le film sur la vie du campus de Bangui interdit de diffusion

Sélectionné par plusieurs festivals de cinéma, comme la Berlinale et le Cinéma du Réel à Paris, le long-métrage «<em> Nous étudiants !</em> », du réalisateur Rafiki Fariala, est désormais interdit de diffusion en Centrafrique.
Sélectionné par plusieurs festivals de cinéma, comme la Berlinale et le Cinéma du Réel à Paris, le long-métrage « Nous étudiants ! », du réalisateur Rafiki Fariala, est désormais interdit de diffusion en Centrafrique.
Capture d'écran TVMONDE

Le film « Nous, étudiants ! », réalisé par Rafiki Fariala, vient d’être interdit de diffusion en République Centrafricaine par le gouvernement. La raison ? Le contenu du film incite à la haine, selon les autorités.

Sélectionné à la Berlinale, au Cinéma du Réel à Paris, mais interdit de diffusion dans son propre pays. « Nous, étudiants ! », film du jeune réalisateur Rafiki Fariala sur le quotidien des étudiants du campus de Bangui, ne peut plus être diffusé en République Centrafricaine. 

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« C’est ce que nous subissons à l’université de Bangui »

À travers ce long-métrage de 90 minutes, Rafiki Fariala, âgé de 27 ans, souhaite mettre en avant les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les jeunes centrafricains. C’est aussi l’histoire de sa propre expérience, car il est aussi acteur dans ce film, aux côtés des personnages principaux incarnés par ses amis.

On voit déjà qu’à l’université, les bâtiments sont beaux de l’extérieur mais il y a du désordre à l’intérieur.Rafiki Fariala, réalisateur de « Nous, étudiants ! »

Pendant trois ans, il a suivi leur quotidien pour mettre en lumière les difficultés auxquelles se heurtent les étudiants de l’université de Bangui. Le réalisateur raconte par exemple qu’il doit se réveiller à deux heures du matin pour prendre une place dans les salles de classe. « On voit déjà qu’à l’université, les bâtiments sont beaux de l’extérieur mais il y a du désordre à l’intérieur », décrit-il. Il raconte aussi la différence de traitement très marquée entre les étudiantes et les étudiants : « les filles sont très marginalisées et harcelées par les professeurs ».

Cependant, cela ne l’empêche pas d’être optimiste. « On espère que demain ça va changer. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas vraiment leur mot à dire et ne sont pas vraiment considérés », déclare Rafiki Fariala le 8 février 2022 sur le plateau du Journal Afrique de TV5MONDE. 

Une parole qui dérange

Le 30 avril, le long-métrage est programmé à l’Alliance française de Bangui. De nombreux dignitaires et membres du gouvernement assistent à la projection, comme la ministre des Arts et de la Culture Jennifer Saraiva-Yanzeré. Selon les informations du média francophone RFI, elle aurait quitté la projection, choquée par ce qu’elle a vu à l’écran. 

Nous avons vu des images très compromettantes qui ne reflètent pas les réalités du pays. Jennifer Saraiva-Yanzeré, ministre des Arts et de la Culture

Quelques jours plus tard, Rafiki Fariala et plusieurs producteurs du film sont convoqués par la ministre, qui demande des explications. « Nous avons vu des images très compromettantes qui ne reflètent pas les réalités du pays », indique la ministre des Arts et de la Culture sur le média centrafricain radio Ndeke Luka. Elle ajoute : « Nous voulons savoir pourquoi nous n’avons pas été consultés pour analyser le contenu avec le concours de nos techniciens. » 

Le film a ensuite été interdit de diffusion dans tout le pays jusqu’à nouvel ordre. Le gouvernement a aussi exprimé sa volonté de revoir le partenariat avec l’Alliance française de Bangui dans le cadre de la formation de jeunes cinéastes dans le pays. Selon radio Ndeke Luka, « le réalisateur et son équipe auraient, selon des indiscrétions, subi des menaces après l’interdiction de son film. »

La décision d'interdiction indigne 

Officiellement, le film est interdit de diffusion pour incitation à la haine. Sur les réseaux sociaux, les internautes témoignent leur soutien à Rafiki Fariala.
Sur Facebook, Abdoul Nassir Bello, membre du Conseil National de la Jeunesse Africaine et étudiant en droit, qualifie d'« hallucinant » ce qu'il se passe avec le film. Pour lui, cette « censure » montre, qu'« il y a bien quelques choses que se reprochent nos autorités ». L'étudiant en droit, qui a par ailleurs étudié à l'université de Bangui reproche à la ministre des Arts et de la Culture d'être « là juste pour pour détruire les talents qui se développent au lieu d'encourager les peu qui essayent de se battre pour honorer notre pays fièrement. »

Dans les commentaires du post Facebook d'Abdoul Nassir Bello, les internautes qualifient la situation de « triste. » Un internaute déplore que « nous n'encourageons pas les gens à aller au bout de leur passion ». Un autre regrette « aucune initiative pour encourager les jeunes dans leurs domaines respectifs. »

Ailleurs dans le monde, le film continue d'être visionné. Le 10 mai, il a remporté la mention spéciale du Fescaal (Festival du Cinéma d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine) en Italie. Il est également projeté ce 11 mai au Sénégal, dans le cadre du Festival international du film documentaire de Saint-Louis.