Afrique

CHAN 2023 : pourquoi l'Algérie joue gros

AI / Reuters / Panoramic

La septième édition du Championnat d’Afrique des Nations, ce tournoi réservé aux joueurs locaux, s'ouvre vendredi en Algérie. Sur les rangs pour accueillir la CAN 2025, le pays hôte entend notamment profiter de l'événement pour faire la preuve de son savoir-faire en matière d'organisation. L

L'Algérie accueille l'Afrique. La septième édition du Championnat d'Afrique des nations, ce tournoi biennal lancé en 2009 et réservé aux joueurs locaux, débute ce vendredi à Alger. Sur la pelouse du flambant neuf stade Nelson-Mandela de Baraki, les Fennecs disputent le match d'ouverture face à la Libye. Au-delà de l'importance sportive de ce tournoi que le pays hôte n'a encore jamais gagné, ce CHAN est porteur de forts enjeux de diplomatie sportive pour l'Algérie, qui espère réussir son retour dans le concert des nations majeures du football africain. Depuis 1990 et une CAN remportée à domicile, le pays n'avait plus organisé de grande compétition sur le continent. La décennie noire, cette guerre civile qui embrasa l'ancienne colonie française entre 1992 et 2002, est passée par là.

Organiser un tournoi à dix-huit équipes, trois semaines durant, sur quatre sites différents, revêt aujourd'hui des allures d'affaire d'Etat au pays de Rabah Madjer. Les multiples déclarations de responsables gouvernementaux algériens, aux domaines de responsabilité souvent éloignées du sport, sont venues en attester ces derniers jours. « L’ambition, c’est d’aller de l'avant, c’est de mettre en exergue son potentiel sur tous les plans, que ce soit le pays lui-même, ses richesses, ses traditions, son peuple accueillant, etc., mais aussi le football qui nous réunit tous, le sport roi par excellence », détaillait mi-décembre le directeur de communication de la FAF, Salah-Bey Aboud, sur les ondes de Beur FM.

Un public en quête d'émotions


Sevré de victoires significatives depuis le début de l'année 2022, le très passionné et éruptif public sportif algérien est prêt à s'enflammer pour son équipe nationale. « Elkhedra » (littéralement « la verte ») est passée à côté de sa Coupe d'Afrique, abandonnant dès la phase de poules le titre dont elle était détentrice, avant de subir en barrages du Mondial 2022 une élimination aussi cruelle que controversée. Dans les semaines voire les mois qui suivirent cette courte défaite sur le fil face au Cameroun, la Fédération algérienne de football tenta d'infléchir le verdict sportif. Voué à l'échec, le dépôt d'un recours devant la FIFA ne calma pas la frustration d'une partie des supporters, nourrie par les déclarations incendiaires du sélectionneur Djamel Belmadi à l'encontre de l'arbitrage, et par des Youtubeurs et animateurs de réseaux résolument complotistes. Et ce n'est pas le Mondial au Qatar, avec la Tunisie et le Maroc mais pas leur voisin algérien, qui allait calmer ce manque. Bien au contraire.

Pendant ce temps-là, l'Algérie mettait les bouchées doubles pour doter le pays d'infrastructures en ligne avec les exigences de la Confédération africaine de football (et donc de la FIFA). Dès la fin 2021, le stade Miloud Hadefi d'Oran (40.000 places) voyait le jour. Le stade du 19-Mai d'Annaba, d'une capacité de 52.000 places, et le stade Chahid-Hamlaoui de Constantine, objets de travaux de profonde rénovation, étaient inaugurés par la suite. Enfin, le stade de Baraki (40.000 places), dans la capitale, sortait définitivement de terre dans les semaines précédant le CHAN. Et ce n'est pas tout : toujours à Alger, le stade de Douera, de même capacité, doit être achevé cette année.

L'enceinte sera dédiée au MC Alger, le club doyen, tandis que les deux autres grandes équipes de la capitale, l'USM Alger et le CR Belouizdad, destinés à migrer à Baraki, devraient abandonner progressivement les vétustes stades de Bologhine et de Belcourt, dans lesquels le public se sentait souvent à l'étroit. Enfin, la ville de Tizi Ouzou, berceau de la très populaire JS Kabylie, sera dotée d'un nouvel écrin ultra-moderne de 50.000 places.

Après le CHAN, la CAN ?


À l'image du CHAN, cette politique de mise à niveau des enceintes sportives poursuit une double visée : nationale et internationale. On l'a vu, il s'agit d'abord de donner aux clubs algériens des outils en rapport avec le potentiel de leur public et les ambitions de leurs dirigeants, désireux de combler le déficit de compétitivité qui les sépare des meilleurs représentants nord-africains en Ligue des Champions (Wydad et Raja Casablanca, Espérance de Tunis, Al-Ahly et Zamalek). « Cela permettra aussi aux grands clubs algériens de mieux exposer, et donc de mieux vendre, leurs meilleurs éléments », prédit un agent actif dans le pays. Mais ce CHAN, disputé dans ces stades dernier cri, est aussi et surtout perçu comme une répétition grandeur nature dans l'optique d'une future CAN. Suite au dessaisissement de la Guinée, l'Algérie s'est portée candidate à l'organisation de l'édition 2025.

« Nous avons réussi à accueillir de la meilleure manière les Jeux Méditerranéens et nous sommes prêts à rééditer le même succès lors du CHAN, tout en espérant d’avoir l’occasion pour réaliser la passe de trois si la CAN 2025 venait d’être attribuée à notre pays », a résumé le wali (équivalent du préfet, ndlr) d’Oran, Saïd Saayoud. « Le CHAN pourrait constituer un bon point pour l'Algérie, d'autant que les infrastructures footballistiques et hôtelières sont de très haut niveau, c'est très bien », a d'ailleurs déclaré le secrétaire général de la CAF, Véron Mosengo-Omba, en visite à Alger cette semaine. La décision sera rendue le 10 février prochain, date d'une réunion du comité exécutif de la Confédération relative à la désignation du pays hôte de la CAN 2025. Six jours plus tôt, le CHAN 2023 aura livré son verdict.