Comores : quel bilan pour Azali Assoumani à la tête de l’Union africaine ?

Le président des Comores, Azali Assoumani, achève son mandat à la présidence tournante de l'Union africaine. Il a fait part de sa "fierté" qu'un "petit pays" et État insulaire ait occupé pour la première fois cette place. Son mandat a été marqué par quelques avancées et des coups d’États sur le continent. 

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Azali Assoumani a G20

Le président des Comores, Azali Assoumani, assiste à une conférence de presse lors d'un Sommet du G20. Berlin, Allemagne - 20 novembre 2023. 

AP/Markus Schreiber
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"On nous a fait confiance, on n'avait pas intérêt à décevoir", reconnaît d’entrée Azali Assoumani. Dimanche 18 février,  dans un entretien à l'AFP, le président des Comores est revenu sur son année à la tête de l’Union africaine. Son élection en janvier 2023 avait suscité des doutes sur les capacités d'un "petit État" à assumer de telles responsabilités.

"S'il y a des petits pays, il n'y a pas de petit État. Aux Nations unis on a la même voix que la Chine et que les États-Unis", souligne le dirigeant, à la tête d'un petit archipel de l'océan Indien, de 2.000 km2 et environ 800.000 habitants.

En choisissant les Comores pour présider l'Union, "l'Afrique a démontré au monde qu'il respecte les droits" de n'importe lequel des États-membres, se félicite-t-il. "C'est une fierté pour les Comores" et "une fierté pour les petits pays" fait-il valoir, se prévalant d'avoir rempli les missions qui lui avaient été confiées.

S'il y a des petits pays, il n'y a pas de petit État.
Azali Assoumani, président des Comores

Avancées sur la zone de libre échange africaine

"J'avais comme missions l'accélération de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine), mais aussi le processus d'adhésion de l'Afrique au sein du G20, des thématiques que mes prédécesseurs avaient entamées. (...) Sur les deux questions, on a bien avancé", affirme-t-il. "Au G20, l'Union africaine est admise comme membre à part entière (depuis septembre). Mes prédécesseurs avaient pu convaincre huit pays. Il en restait 12 et j'ai pu les convaincre", détaille-t-il.

L'unité politique de l'Afrique n'a pas été réalisée, mais une unité économique et sociale est indispensable.
Azali Assoumani, président des Comores

Sur la ZLECAF, il se félicite des avancées réalisées pour permettre "d'enclencher le processus" de mise en oeuvre, alors que l'Erythrée reste le seul pays non signataire de l'accord de libre-échange continental, que seuls sept des pays signataires n'ont pas ratifié. "Tout le monde est d'accord que l'unité politique (de l'Afrique) n'a pas été réalisée, mais qu'une unité économique et sociale (...) est indispensable", ajoute Azali Assoumani. 

Nombreux enjeux sécuritaires 

Il regrette de n'avoir pu faire mieux en matière de paix et sécurité. "Sur le problème de la sécurité, malheureusement", de nouveaux problèmes se sont ajoutés durant le mandat comorien - coups d'État au Niger et au Gabon, conflit au Soudan, notamment - "qui ont fait qu'on n'a pas pu gérer tout cela", reconnaît-il.

Ancien militaire, lui-même arrivé au pouvoir en 1999 par un coup d'État - même s'il rejette le terme et assure que sa prise de pouvoir visait à assurer l'unité des Comores - Azali Assoumani s'estime un interlocuteur légitime auprès des récents putschistes africains. "J'ai beaucoup de conseils à leur donner. C'est pourquoi j'essaie de prendre contact avec eux, d'aller discuter avec eux, voir qu'est-ce qui les a poussés à faire ça", assure-t-il. "On a tout à fait intérêt à approfondir, pour savoir comment prévenir ce problème-là".

Si les responsables politiques ont "un comportement digne de politiques démocrates, cela pourrait dissuader les militaires" de prendre le pouvoir, juge ce dirigeant tout juste réélu, sur fond d'accusations de fraude qu'il conteste. Il rappelle avoir organisé des élections - remportées - trois ans après son coup d'État, puis avoir à l'issue de son mandat passé "dix ans dans l'opposition" avant d'être élu à nouveau en 2016 et 2019.

“Pragmatique” avec la France

À ceux qui déplorent qu'il n'ait pas, durant sa présidence de l'Union, remis sur le devant de la scène le dossier de Mayotte - île de l'archipel restée française à l'indépendance des Comores en 1975 et que Moroni continue de revendiquer - il répond : "c'est le piège dans lequel je ne voulais pas tomber". 

La France et les Comores sont des pays amis.
Azali Assoumani, président des Comores

"Il faut être pragmatique", "l'arme que j'ai c'est le dialogue" avec la France, dit-il rappelant les nombreuses résolutions envoyées en vain par les Comores "à l'ONU, à l'UA, à la Ligue arabe".

"La France et les Comores sont des pays amis", avec plus de 300.000 Comoriens en France, "on doit collaborer" et "trouver une solution à ce problème, qui puisse satisfaire aux intérêts des deux pays", plaide-t-il.